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Assurances : des tests pour le cancer de la prostate à l’insu des patients

Une travailleuse médicale analyse un échantillon de sang.

Photo : getty images/istockphoto

Jonathan Lavoie

Une médecin de Québec, la Dre Hélène Landry, affirme que de plus en plus de patients subissent à leur insu un test de dépistage du cancer de la prostate au moment de demander une assurance vie. Elle dénonce le manque d'informations fournies aux patients quant à ce test qui est loin d'être sans danger.

Selon la médecin de famille, il arrive trop souvent que des compagnies mesurent le taux d’antigène prostatique spécifique (APS) dans l’échantillon de sang d’un client sans en avoir discuté avec lui au préalable. Ce test permet de détecter le cancer de la prostate à un stade hâtif.

Elle souligne que les risques de faux positifs et de surdiagnostic pour ce cancer sont particulièrement élevés. Dans le cas d’un surdiagnostic, le patient sera traité pour un cancer qui ne se serait jamais développé.

D’ailleurs, l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux du Québec ne recommande plus de dépister le cancer de la prostate chez les hommes qui ne présentent aucun symptôme.

« Peut-être que [les compagnies d’assurance] ne sont pas à jour avec les nouvelles recommandations, et ça, c'est lourd de conséquences », dénonce la Dre Hélène Landry.

Hélène Landry, médecin de famille et professeure clinique au GMF-U Laurier

Hélène Landry est médecin de famille et professeure clinique au groupe de médecine de famille universitaire (GMF-U) Laurier.

Photo : Radio-Canada

Le patient se retrouve à avoir eu un dépistage à son insu. Dans le cas du dépistage du cancer de la prostate, on sait que ce n'est plus recommandé. [Le patient] devra vivre avec les conséquences d'un faux positif et peut-être d'un surdiagnostic.

La Dre Hélène Landry

Des tests à l'insu des clients?

C’est ce qui est arrivé à Charles Pastori, 65 ans, quand il a souscrit une assurance vie avec l'entreprise Manuvie.

Il raconte qu’une infirmière s’est présentée chez lui pour obtenir un échantillon d’urine et effectuer une prise de sang. Elle a brièvement mentionné un test de dépistage du VIH avant de lui faire signer un formulaire de consentement.

Charles Pastori

Charles Pastori a appris qu'il y avait un résultat anormal dans son test médical effectué pour une compagnie d'assurances.

Photo : Radio-Canada

Ce formulaire comporte bel et bien une case concernant la mesure de l’APS, mais elle n’avait pas été cochée par l’infirmière lors du test de M. Pastori. Il affirme que cette dernière n’en a pas discuté avec lui.

« Je ne suis pas surpris qu’une entreprise qui essaie de couvrir tous les angles pour réduire les risques se préoccupe de ces tests. Ce qui est préoccupant, c’est la manière dont ça a été fait », commente-t-il.

Un formulaire de consentement à un examen médical. Un doigt montre la case PAS pour indiquer qu'elle n'a pas été cochée.

Charles Pastori n'a jamais été prévenu que son taux d'APS (PSA en anglais) serait mesuré dans son échantillon sanguin.

Photo : Radio-Canada

Peu de temps après les tests, il a été invité à consulter son médecin en raison d’un résultat anormal. Ce n’est qu’en se présentant au bureau de la Dre Landry qu’il a appris que le taux d’APS dans son sang était trop élevé.

Depuis, il a dû se soumettre à un toucher rectal, et une autre mesure du taux d’APS dans son sang sera prise dans quelques semaines.

Il vit désormais avec la préoccupation de peut-être avoir un cancer, même si le test de dépistage donne souvent de faux positifs.

« C’est ce genre de chose que vous ne pouvez pas sortir complètement de votre esprit, jamais », clame-t-il.

Dans certains cas, l’ignorance est une bénédiction, et c’est le cas ici.

Charles Pastori

Pour un consentement éclairé

La Dre Hélène Landry rappelle l’importance du consentement éclairé avant de faire passer un test à un patient, peu importe si les examens sont faits à la demande d’un médecin, d’un employeur ou d’une compagnie d’assurances.

« M. Pastori, ce n'est pas un nerveux, et malgré ça, il y pense. [...] C'est fréquent, les gens qui se mettent à ne plus dormir, qui tombent en burn-out, qui ne sont plus capables de se concentrer au travail, qui en fin de compte, n'avaient rien de grave. »

Elle met aussi les compagnies d’assurances en garde contre d’éventuelles poursuites judiciaires si elles n’abordent pas en profondeur avec les clients les conséquences possibles des tests médicaux qui sont effectués.

« Le patient, quand il va comprendre que peut-être tout ça a été fait pour rien et qu'il y a des conséquences psychologiques, ou des complications associées [au test], il va peut-être se dire : "Moi, finalement, je vais aller en poursuite contre la compagnie d'assurance qui l'a fait contre mon gré" », expose la professeure de clinique au GMF-U Laurier.

Le Collège des médecins du Québec abonde dans le même sens. Le secrétaire Yves Robert insiste lui aussi sur l’importance de donner le choix au patient.

« Ce n'est probablement pas un test qui devrait être inclus de façon systématique soit à l'embauche ou soit pour une compagnie d'assurance. Du moins, ça devrait être fait avec énormément de prudence », recommande-t-il.

Dans une réponse par courriel, l'entreprise Manuvie affirme, sans plus de détails, que les tests médicaux que l'entreprise fait passer à ses clients sont « conformes aux meilleures pratiques de l'industrie canadienne de l'assurance ».

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