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Il faut débattre de la notion d'appropriation culturelle, disent des chercheurs

Un visage composé de plusieurs photos différentes pour illustrer différents attributs de genre et de diversité.

L'appropriation culturelle, c'est quoi?

Photo : Radio-Canada / Infographie : Simon Blais

Angie Bonenfant

La poussière est peut-être retombée, après les annulations des pièces SLAV et Kanata, à Montréal, mais les discussions entourant la notion d'appropriation culturelle, elles, se poursuivent. Au congrès de l'Acfas, qui se tient toute la semaine à Gatineau, le concept a fait l'objet de discussions qui laissent entendre que le débat sur ce sujet est loin d'être clos.

L’historienne et coauteure de l’ouvrage La place des Autochtones dans l’enseignement de l’histoire nationale du Québec, Helga Elisabeth Bories-Sawala, porte un regard critique sur les débats qui ont soulevé les passions sur cette question, l’été dernier.

Alors que le sujet faisait les manchettes et alimentait les bulletins de nouvelles, personne ne semblait s’entendre sur une définition commune.

Finalement, le concept qui a été retenu et qui a nourri le débat public, scientifiquement, ne tenait pas debout, estime Mme Bories-Sawala.

L’appropriation culturelle est parfois mise à toutes les sauces. Toutes ces sauces-là ne conviennent pas, selon moi.

Helga Elisabeth Bories-Sawala, lauréate de la bourse John-G.-Diefenbaker

Comme beaucoup d’autres notions, il est très difficile d’employer la notion d’appropriation culturelle dans un contexte [qui n’est pas le sien], explique l’historienne.

Comme, par exemple, la notion juridique bien ancrée d'accommodement raisonnable a été employée dans des contextes qui n’avaient rien à voir avec son emploi original.

On assiste à la même chose, aujourd’hui. La notion d’appropriation culturelle qui devait surtout mettre en garde contre la spoliation culturelle de la communauté noire aux États-Unis est aujourd’hui appliquée à d’autres contextes.

La semaine des sciences à Radio-Canada

Sa collègue professeure à la Faculté des sciences de l'éducation à l’Université Laval, Catinca Adriana Stan, abonde dans le même sens. Il y a eu beaucoup de discussions sur la notion d’appropriation culturelle et une cacophonie d’opinions. Il est nécessaire, selon elle, de débattre un peu plus sur ce concept pour mieux le comprendre.

L’appropriation culturelle est de plusieurs types, rappelle Mme Stan, qui a distingué quatre catégories :

  1. L’échange culturel où il y a une réciprocité. Tout le monde est gagnant dans cet échange-là.
  2. La domination culturelle où une culture plus forte essaie de s’imposer par rapport à une autre.
  3. L’exploitation culturelle qui est économique. Il s’agit de prendre des éléments et de les valoriser au profit de la culture dominante.
  4. La transculturation où on ne sait plus quelle est la source d’influence ou l’origine qui nous a donné un produit.

Le fait de prendre un symbole considéré comme sacré dans une culture et l’utiliser dans un autre contexte peut avoir des significations très différentes, renchérit Helga Elisabeth Bories-Sawala. Ça peut avoir une connotation négative comme se moquer de la culture, mais ça peut aussi être utilisé dans un contexte d’appréciation.

On ne peut pas simplement penser qu’un enfant qui met sur sa tête une plume d’Indien veuille forcément se moquer de l’Indien.

Helga Elisabeth Bories-Sawala, lauréate de la bourse John-G.-Diefenbaker

Il faudrait avant tout voir l’attitude et l’intention de la personne qui utilise le symbole, juge Mme Bories-Sawala.

Sur la même lignée, l'humoriste comédienne d'origine tunisienne Nabila Ben Youssef croit que l'appropriation culturelle peut faire partie intégrante de l'art Mme Ben Youssef a été invitée à se prononcer sur le sujet au cours du congrès de l'Acfas.

On ne heurte pas un peuple ou une culture quand on utilise son oeuvre. Au contraire, on lui rend hommage, a t-elle déclaré sur les ondes de l'émission le 15-18. Je rêve de jouer l'une des belles-soeurs de Michel Tremblay.

Chose certaine, ce que l’on nomme appropriation culturelle n’est pas nécessairement de mauvaise foi, avance Mme Stan. D’où l’importance d’en discuter. Qu’est-ce que c’est? Dans quelle circonstance elle se produit et se reproduit? Et qu’est-ce qu’on pourrait faire collectivement pour être respectueux?

Multiculturalisme

Société