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« Si nous étions convaincus que le président n’avait pas commis de crime, nous l’aurions dit » - Robert Mueller

Robert Mueller n’a pas voulu prendre les questions des journalistes présents sur place, estimant que son rapport est en soi son témoignage.

Photo : The Associated Press / Carolyn Kaster

Delphine Jung

Dans une brève déclaration publique, le procureur spécial Robert Mueller n'a pas dérogé des affirmations déjà contenues dans son rapport sur l'ingérence russe qu'il a publié en avril dernier. Il a cependant rappelé que, légalement, il n'était pas possible d'entamer des poursuites contre un président en exercice et que, « si nous étions convaincus que le président n'avait pas commis de crime, nous l'aurions dit ».

Le procureur spécial est revenu pendant près de dix minutes sur le résultat de ses travaux, menés sur 22 mois par 19 procureurs et 40 agents du FBI, dans le cadre de sa première déclaration publique depuis la publication de son rapport.

Robert Mueller a fait un résumé des 448 pages du document en rappelant que deux volets y étaient abordés : celui de l’éventuelle ingérence russe lors de la campagne présidentielle de 2016 et d’une possible entrave à la justice de la part du président Donald Trump.

Pour le procureur spécial, il était notamment important de décrire et de comprendre les tentatives d’ingérence de la part de la Russie.

M. Mueller a rappelé que « des agents militaires de l’unité d’espionnage russe se sont attaqués aux ordinateurs et aux serveurs du Parti démocrate » et que « tout était coordonné pour s’immiscer dans notre campagne électorale et pour faire du tort à Mme Clinton ».

« Des agents russes se sont fait passer pour des citoyens américains afin d’influencer les élections », a-t-il encore précisé en rappelant que son équipe n’a pas le mandat de se prononcer sur la culpabilité ou l’innocence de tout accusé.

Toutefois, pour M. Mueller, ces tentatives d’ingérence « méritent l'attention de tous les Américains ».

Le deuxième volet concernant d'éventuelles tentatives d’entrave à l’enquête même du procureur spécial.

« Quand il y a une entrave à une enquête, cela frappe au cœur même les efforts du gouvernement à vouloir révéler la vérité », a-t-il martelé.

Après avoir rappelé qu’un président en exercice ne peut pas être accusé d’un crime fédéral, car c'est contraire à la Constitution, il a assuré que « si nous étions convaincus que le président n’avait pas commis de crime, nous l’aurions dit. »

Ce serait injuste d’accuser quelqu’un d’un crime potentiel quand il ne peut pas y avoir de procès.

Robert Mueller, procureur spécial

M. Mueller n’a pas voulu prendre les questions des journalistes présents sur place. Il a justifié cette décision en expliquant que son rapport est en soi un témoignage et que son bureau ne peut pas aller au-delà.

Il était un moment question qu'il soit auditionné par le Congrès américain.

Le rapport, c’est mon témoignage, je ne vais pas offrir d’autres renseignements que ceux que le rapport contient.

Robert Mueller, procureur spécial

Il a également annoncé qu’il quittait son poste au sein du département de la Justice pour retourner à la pratique privée.

« L’affaire est close », dit Trump

Fidèle à lui-même, Donald Trump a rapidement réagi à l’intervention télévisuelle de Robert Mueller.

Dans un tweet, il a réitéré que les preuves étaient insuffisantes et que rien n'a changé depuis la publication du rapport Mueller. « L’affaire est close, merci », a-t-il conclu.

Jerry Nadler, le chef démocrate de la commission judiciaire de la Chambre des représentants, est d'un tout autre avis.

Le chef démocrate de la puissante commission judiciaire de la chambre basse, Jerry Nadler, parle aux médias.

Le chef démocrate de la puissante commission judiciaire de la chambre basse, Jerry Nadler, a rappelé que personne n’est au-dessus de la loi, pas même le président des États-Unis.

Photo : Associated Press / Carolyn Kaster

Dans un communiqué de presse, il explique que « puisque le procureur spécial Mueller n'a pas été en mesure d'engager des poursuites pénales contre le président, il revient au Congrès de répondre aux crimes, mensonges et autres méfaits du président Trump ».

À l'occasion d'une conférence de presse, M. Nadler a précisé : « Si M. Mueller voulait exonérer le président, il l'aurait fait. Au lieu de cela, il a rappelé qu'il y avait des preuves substantielles d'obstruction à la justice. »

Il a également ajouté que personne n’est au-dessus de la loi, pas même le président des États-Unis.

Interrogé quant au lancement d'une éventuelle procédure de destitution, le chef démocrate a assuré que toutes les options étaient envisagées.

Il était important que M. Mueller résume de vive voix le contenu de son rapport, estime quant à lui le politologue Pierre Martin.

C'est important d'avoir une personne qui le dit. C'est différent que d'avoir une brique de 488 pages devant soi.

Pierre Martin, directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines du CÉRIUM

La balle est désormais dans le camp du Congrès, estime le politologue. « La Constitution donne au Congrès la responsabilité de faire ce qu'il n'a pas été en mesure de faire », détaille-t-il, en évoquant une éventuelle poursuite au criminel pour M. Trump.

Donald Trump, lors d'un point de presse, jeudi.

Donald Trump a rapidement rebondi sur l'annonce de Robert Mueller.

Photo : Associated Press / Andrew Harnik

Le procureur spécial avait été chargé d’enquêter sur l’ingérence russe dans la campagne présidentielle de 2016 et sur une éventuelle coordination entre Moscou et les membres de l’équipe de campagne de Donald Trump.

M. Mueller et son équipe ont été incapables d’affirmer qu’il y a eu une entente entre l’entourage de Donald Trump et la Russie, malgré de nombreux contacts, mais ils ont tout de même pu déterminer qu’une organisation russe a mené une campagne sur les réseaux sociaux en sa faveur.

M. Mueller n’a toutefois pas été en mesure de blanchir totalement le président américain d’entrave à la justice, mais il a évoqué de multiples pressions exercées sur des témoins clés.

« Si ce rapport ne conclut pas que le président a commis de délit, il ne l’innocente pas non plus », avait dit M. Mueller.

Finalement, le procureur général des États-Unis, William Barr, avait estimé que rien dans ce rapport ne lui permettait de poursuivre criminellement Donald Trump.

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