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Meurtre de Daphné Huard-Boudreault : une policière avait insisté pour l'accompagner

Elle fait un égoportrait.

Daphné Huard-Boudreault,18 ans, a été assassinée par son ex-conjoint, Anthony Pratte, alors qu'elle se rendait à leur appartement de Mont-Saint-Hilaire pour récupérer ses affaires.

Photo : Radio-Canada / Facebook

La Presse canadienne
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La jeune Daphné Huard-Boudreault n'a malheureusement pas attendu la policière avant de rentrer chez son ex-conjoint, qui l'a tuée en mars 2017 à Mont-Saint-Hilaire, confirme le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) dans un communiqué. Une policière avait pourtant insisté pour l'accompagner ce jour-là, rapporte-t-il.

Le DPCP avait déjà fait savoir en mars dernier qu'aucune accusation criminelle n'allait être déposée contre les policiers dans cette affaire.

Dans un communiqué transmis mardi, il a révélé beaucoup d'informations qu'il n'avait pas encore divulguées.

Entre les dates des deux communiqués, Anthony Pratte-Lops a plaidé coupable à un chef de meurtre au deuxième degré. Il avait été accusé à l'origine de meurtre prémédité. Il a enregistré ce plaidoyer à quelques jours du début prévu de son procès et un juge l'a condamné à passer 18 ans en prison avant de pouvoir demander une libération conditionnelle.

Après la mort de la jeune femme de 18 ans, le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) s'était penché sur le travail des policiers. Les enquêteurs devaient notamment évaluer si les policiers avaient agi adéquatement lors de leur intervention.

Après avoir reçu le rapport du BEI, le DPCP avait conclu que « l'analyse de la preuve ne révèle pas la commission d'une infraction criminelle » par les policiers de la Régie intermunicipale de police de Richelieu-Saint-Laurent.

À ce moment, le DPCP avait écrit dans son laconique communiqué qu'il ne souhaitait pas commenter davantage « afin de ne pas nuire à l'équité et à l'intégrité du processus judiciaire ».

Mardi, il a offert plus de détails sur ce qui s'était passé, expliquant les motifs au soutien de sa décision.

Une visite au poste de police

Après une première intervention policière en matinée sur son lieu de travail, où son ex-conjoint l'avait suivie, Daphné Huard-Boudreault se rend peu avant midi au poste de police. Elle indique qu'elle veut fermer son compte Facebook, car « son ex-conjoint a volé son téléphone, changé ses mots de passe et y diffuse des messages à son sujet ».

Selon ce que la policière a plus tard déclaré au BEI, la jeune femme ne veut pas porter plainte. À aucun moment son ex-conjoint n'a été violent, mais elle veut qu'il la « laisse tranquille ». Elle veut aussi récupérer ses effets personnels.

Cela fait alors quelques jours qu'elle a quitté la résidence familiale.

La policière lui dit qu'elle pourrait aussi porter plainte plus tard et que la police l'accompagnera pour récupérer ses effets personnels. La jeune femme déclare que « les policiers iront pour rien s'il n'est pas présent », une connaissance lui ayant confirmé qu'Anthony Pratte-Lops sera absent à ce moment, est-il rapporté dans le communiqué du DPCP.

« La policière insiste : ils iront avec elle », est-il aussi écrit.

La jeune femme fournit l'adresse et décrit son véhicule à la demande de la policière, qui lui donne rendez-vous là-bas.

Or, les choses ne semblent pas se passer comme prévu. La jeune femme quitte le poste de police en premier par la porte de devant, et la policière le quitte par la porte arrière.

Daphné arrive sur les lieux la première. Lorsque la policière arrive à son tour, peu après, elle voit le véhicule de la jeune femme, mais pas cette dernière. Voyant des traces de pas menant à l'arrière de la maison, elle s'y rend, mais ne décèle rien par la porte-fenêtre.

Selon son résumé de la situation, elle constate ensuite qu'il y a une entrée indépendante au sous-sol, qui ne porte pas d'adresse civique distincte. Elle frappe et n'obtient aucune réponse. Elle communique sur les ondes radio de la police pour avoir une adresse valide et retourne à la même porte.

Lorsqu'elle tente de l'ouvrir, elle voit une ombre au bas de la fenêtre. La porte s'ouvre alors et l'ex-conjoint dit : « Arrête-moi », en laissant voir ses mains ensanglantées. L'homme est alors mis en état d'arrestation pour tentative de meurtre.

Daphné est retrouvée avec de graves blessures causées par une arme blanche. Elle meurt peu après.

Anthony Pratte-Lops, accusé d'avoir tué son ex-petite amie, Daphné Huard-Boudreault.

Anthony Pratte-Lops a reconnu avoir tué son ex-petite amie, Daphné Huard-Boudreault.

Photo : Facebook/Daphné Boudreault

Aucune négligence criminelle

Le DPCP estime que les policiers n'ont pas été négligents lors de la première intervention au lieu de travail : ils se sont assurés que la jeune femme soit en sécurité et que l'homme quitte les lieux.

Il n’y a pas de négligence criminelle non plus pour la seconde intervention, qui a débuté au poste de police.

« Il ne peut être conclu que la policière a omis de se conformer à une obligation légale, selon le DPCP. Au contraire, elle a insisté pour que la femme soit accompagnée par la police afin de récupérer ses effets personnels. »

Dans les circonstances révélées par la preuve, il ne pourrait être démontré que les policiers impliqués ont omis de respecter leur obligation légale qui consistait essentiellement à assurer la sécurité de la jeune femme qui a fait appel à eux.

Une citation de : Le Directeur des poursuites criminelles et pénales, dans son communiqué

La preuve ne révèle pas la commission d'un acte criminel par les policiers de la Régie impliqués dans cet événement, conclut-il.

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