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Où le Canada peut-il envoyer ses déchets?

La ministre malaisienne de l'Environnement, Yeo Bee Yin, montre un des conteneurs remplis de déchets de matières plastiques souillées qui ont été envoyés dans son pays par des pays riches dont les États-Unis, l'Australie, le Royaume-Uni et le Canada.

Photo : The Associated Press / Vincent Thian

Delphine Jung

Après les Philippines, la Malaisie a annoncé son intention de renvoyer 3000 tonnes de déchets de plastique non recyclables dans des pays développés, dont le Canada. D'autres pays d'Asie pourraient leur emboîter le pas.

« Bientôt, ce sera au tour du Vietnam, de la Thaïlande ou encore du Bangladesh et de tous les pays du monde qui réaliseront qu’on leur a laissé des corps morts de matières organiques un peu partout », prédit Marc Olivier, professeur et chercheur au Centre de transfert technologique en écologie industrielle à l’Université de Sherbrooke.

La situation est bien connue. Nombreux sont les pays industrialisés à envoyer leurs déchets dans les pays en voie de développement. Si l’Asie est la destination que privilégie l’Amérique du Nord, M. Olivier explique que l’Afrique, quant à elle, retient l’attention de l’Europe.

Face à ce problème, la Chine avait carrément pris la décision de fermer ses frontières à l’achat de matières recyclables en provenance des centres de tri des autres pays en 2018. Le pays était le premier marché des déchets recyclables.

D’après l’AFP, l’Union européenne exportait alors la moitié de ses plastiques collectés et triés, dont 85 % vers la Chine. Les États-Unis quant à eux avaient envoyé en 2016 plus de la moitié de leurs exportations de déchets de métaux non ferreux, papiers et plastiques, soit 16,2 millions de tonnes, vers la Chine également.

Yeo Bee Yin, ministre malaisienne de l’Environnement, pense elle aussi que la situation à laquelle fait face son pays s'explique par la décision des autorités chinoises.

Ce n’est probablement que la pointe de l’iceberg. Une situation qui résulte de l’interdiction des déchets plastiques par la Chine.

Yeo Bee Yin, ministre malaisienne de l’Environnement

D’après elle, cette décision a également « ouvert les yeux du monde sur le fait qu’il y a un énorme problème de déchets et de recyclage ».

En avril dernier, le président philippin, Rodrigo Duterte, avait menacé le Canada de lui renvoyer les tonnes d'ordures acheminées à Manille sous des déclarations trompeuses.

Finalement, Ottawa avait décidé de mandater un transporteur maritime pour rapatrier ces 69 conteneurs de déchets qui pourrissaient depuis 2014 dans un port de Manille.

Dernièrement, la Malaisie a également signifié son intention de renvoyer au Canada des déchets contaminés entrés clandestinement au pays.

Le ministère de l'Environnement assure prendre le problème plus sérieusement que son prédécesseur.

« L’ancien gouvernement conservateur ne respectait pas les normes internationales et autorisait l’exportation des déchets canadiens sans permis ni garanties. C’est pourquoi, en 2016, nous avons modifié notre réglementation afin de se conformer à la Convention de Bâle et de renforcer le contrôle des exportations de déchets », explique la ministre Catherine McKenna dans un courriel.

Toutes les entreprises canadiennes doivent respecter la loi et toute infraction entraînera des sanctions pénales. Des responsables canadiens communiquent avec la Malaisie pour obtenir plus d’informations.

Catherine McKenna, ministre de l'Environnement
Des hommes, de enfants et des femmes tiennent des affiches devant un immeuble.

Des écologistes philippins manifestent contre la présence de dizaines de conteneurs de déchets en provenance du Canada dans leur pays.

Photo : The Associated Press / Aaron Favila

Le marché juteux des déchets

Ces situations courantes s’expliquent par l’apparition, « il y a une quinzaine d’années », de courtiers en matières résiduelles, d’après M. Olivier.

« Certains se sont dit qu’il y avait de l’argent à se faire en achetant des ballots de matières résiduelles et recyclables et en trouvant preneurs dans les pays en voie de développement », ajoute le chercheur pour qui le traitement de ces déchets se fait finalement dans une « espèce de sauvagerie capitaliste ».

Ces courtiers, qui agiraient dans l’ombre, se feraient des contacts dans les centres de tri, entre autres.

De l’autre côté, il y a des entrepreneurs « qui espèrent se faire de l’argent avec la récupération et le recyclage », détaille M. Olivier.

Parfois, ils agissent en toute illégalité, comme en Malaisie où les autorités ont fermé 150 usines de recyclage de plastique. Celles-ci se sont en effet multipliées dans le pays.

L’opération d’envoi serait simple : des conteneurs arrivent d’Asie avec une grande quantité de marchandises, puis « les pays comme le Canada profitent de cargos vides pour exporter des conteneurs remplis de déchets, et ce, à des tarifs préférentiels », dit le chercheur.

Le problème est que tout ce qui ne se recycle finalement pas sera abandonné dans la nature.

Boîtes de carton et papiers empilés

Il y a des obligations de récupération des déchets, mais pas de recyclage des matériaux récupérés et triés.

Photo : Radio-Canada / Rose St-Pierre

Manque de données et de traçabilité

Le chercheur déplore le manque de données concernant ce problème, ce qui l’empêche de mener des études plus approfondies.

Pour lui, il y a un réel manque de traçabilité des déchets.

On a confié à des organismes d’agrément ou des entreprises une mission de récupération des déchets, mais elles n'ont aucune obligation de recyclage des matériaux récupérés et triés. Et c’est ce qui nous manque.

Marc Olivier, professeur et chercheur à l’Université de Sherbrooke

Et si les pays industriels envoient leurs déchets ailleurs, c’est parce qu’ils n’ont pas toujours les capacités logistiques de tous les recycler ou bien parce que les coûts d’exploitation sont trop élevés, croit M. Olivier.

« L’échec du gouvernement canadien à prendre des mesures efficaces pour réduire notre empreinte a pour conséquence que nous envoyons nos déchets plastiques dans d’autres pays qui sont déjà accablés par leur propre crise de pollution plastique », avait déclaré Sarah King, responsable de la campagne Océans et plastiques de Greenpeace Canada en janvier dernier.

La ministre de l'Environnement répond plutôt que « le Canada a une industrie du recyclage fantastique avec tant de potentiel si les plastiques sont correctement recyclés. Le Canada collabore avec les provinces et les territoires pour responsabiliser les producteurs de produits en plastique et d’emballages en vue de leur recyclage et de leur réutilisation ».

Avec les informations de Associated Press

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