•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Algérie : l'armée appelle au « dialogue » et à des « concessions mutuelles »

Plan rapproché d'Ahmed Gaid Salah portant un képi et des verres fumés.

Gaid Salah prône un « dialogue sérieux, rationnel, constructif et clairvoyant » et « des concessions mutuelles » pour résoudre la crise.

Photo : Associated Press / Anis Belghoul

Agence France-Presse

Le chef d'état-major de l'armée algérienne a réclamé mardi un dialogue fait de « concessions mutuelles » pour résoudre la crise en Algérie née de la contestation contre le régime, mais il a continué de prôner « dans les plus brefs délais » une présidentielle refusée par les manifestants.

« La priorité aujourd'hui » est « d'aller vers un dialogue productif qui permette de sortir notre pays » de la crise et d'assurer ainsi « la voie vers la tenue des prochaines élections dans les plus brefs délais possible, loin des périodes de transition aux conséquences incertaines », a déclaré le général Ahmed Gaïd Salah.

Devenu de facto le véritable homme fort du pays depuis la démission le 2 avril du président Abdelaziz Bouteflika, le général Gaïd Salah défendait jusqu'ici, comme seule voie de sortie de crise, la « solution constitutionnelle » passant par l'élection convoquée le 4 juillet par le chef de l'État par intérim, Abdelkader Bensalah, pour élire un nouveau président.

Mais seules deux personnalités sans envergure ont déposé leur candidature, rendant plus qu'incertaine la tenue du scrutin, massivement rejeté par le mouvement de contestation tant que sont en place les figures de l'appareil hérité des 20 ans de présidence de M. Bouteflika.

Celles-ci sont jugées incapables de garantir un scrutin libre et équitable, et les manifestants réclament avant toute élection le départ de toutes les personnalités liées à l'ancien régime et la mise en place d'institutions de transition ad hoc pour réformer profondément le système politique.

L'établissement d'un dialogue signifie la disponibilité de tous à s'entendre et s'écouter mutuellement, avec pondération, sérénité, engagement et une aspiration sincère vers la nécessité, voire l'impératif, de trouver les solutions idoines sans délai.

Le général Ahmed Gaïd Salah, dans un discours publié par le ministère de la Défense

Le général Gaïd Salah a prôné un « dialogue sérieux, rationnel, constructif et clairvoyant » et « des concessions mutuelles » grâce auxquelles « on outrepasse les divergences [...] ou, du moins, on réduit les écarts entre les points de vue contradictoires ».

« Le peuple algérien ne veut pas oublier » la sanglante guerre civile qui a déchiré l'Algérie « au cours des années 1990 », a-t-il rappelé, appelant à « tirer les leçons des expériences précédentes et des événements passés, où la raison était absente », avant de répéter n'avoir « aucune ambition politique ».

En 1992, face à l'écrasante victoire annoncée des islamistes aux premières législatives pluralistes du pays, l'armée avait suspendu le scrutin, plongeant l'Algérie dans un conflit entre forces de sécurité et groupes armés islamistes, qui a fait officiellement environ 200 000 morts, dont de très nombreux civils.

Entre 1992 et 1995, des institutions de transition ont pallié l'absence d'Assemblée nationale (dissoute et non renouvelée en raison de l'annulation des législatives) et de chef de l'État, contraint à la démission par l'armée.

Le général Gaïd Salah n'a pas indiqué la forme que pourrait prendre le dialogue proposé ni quels en seraient les participants, estimant simplement que « les personnalités et les élites nationales fidèles à la Nation et à son intérêt suprême sacré doivent [y] participer ».

Le 20 mai, le général Gaïd Salah avait appelé la contestation à désigner des représentants pour un éventuel dialogue avec les « institutions de l'État », en excluant que l'armée – que le rôle dans le départ de M. Bouteflika a replacé au centre du jeu politique – en soit « partie prenante ».

Mais il avait au préalable rejeté les deux principales revendications de la contestation : le report de la présidentielle et le départ des personnalités liées au « système » politique en place, parmi lesquelles il figure lui-même pour avoir été durant 15 ans un pilier du régime Bouteflika.

Le Conseil constitutionnel doit se prononcer d'ici le 4 juin sur la validité des deux dossiers déposés, mais peu d'observateurs parient sur un scrutin le 4 juillet comme prévu.

Si la présidentielle ne peut se dérouler dans les délais, l'Algérie entrera dans une période d'incertitude politique et juridique.

Selon la Constitution, M. Bensalah, désigné le 9 avril comme président par intérim, assume la charge de chef de l'État pendant « 90 jours maximum », avant de transmettre ses pouvoirs au nouveau président élu dans l'intervalle.

Les étudiants encore dans la rue

Des étudiants algériens portent une banderole portant la mention «Étudiant gréviste», en haut, à Alger, le mardi 28 mai 2019.

Étudiants et enseignants sont sortis par milliers mardi à Alger, scandant des slogans hostiles au chef d'état-major de l'armée.

Photo : Associated Press / Fateh Guidoum

Des milliers d'étudiants et enseignants ont défilé comme chaque mardi à Alger, scandant des slogans hostiles au chef d'état-major de l'armée, homme fort de facto du pays, et réitérant leur refus de la présidentielle prévue le 4 juillet, selon un journaliste de l'AFP.

Après s'être rassemblés près de la Grande Poste, point de ralliement des manifestations contre le pouvoir depuis le 22 février, dont l'accès est désormais barré par des palissades, les étudiants ont pris le chemin de la place des Martyrs, vaste esplanade en contrebas du quartier de la Casbah, à environ 1,5 km.

Face à un imposant cordon de police leur barrant le chemin, les étudiants ont fait demi-tour avant d'arriver à destination et sont retournés défiler sans incident dans le centre, où de nombreux policiers étaient aussi déployés.

La semaine précédente, ils étaient parvenus devant le Palais du gouvernement, qui abrite les services du premier ministre et le ministère de l'Intérieur, mais des échauffourées avaient éclaté avec la police.

Mardi, de nombreux policiers, munis de casques et de boucliers, avaient été déployés dans les rues menant à l'Assemblée nationale et au Palais du gouvernement, proches.

« Pas d'élections, bandes de mafieux », ont scandé les manifestants, rejetant comme le reste du mouvement de contestation tout scrutin organisé par l'appareil hérité des 20 ans de présidence d'Abdelaziz Bouteflika, contraint à la démission le 2  avril et dont le successeur doit être élu le 4 juillet.

À Alger et dans plusieurs autres villes du pays, selon les médias et réseaux sociaux, ils ont également réclamé « un État civil, pas un État militaire » ou conspué le général Gaïd Salah.

Certains brandissaient également des pancartes en hommage à Kamel Eddine Fekhar, militant des droits humains et de la cause mozabite, une minorité berbérophone d'Algérie, décédé mardi en prison, où il était en grève de la faim depuis son arrestation fin mars.

« Ce pouvoir assassin a tué », proclamait ainsi à Alger une pancarte portant la photo du militant.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Politique internationale

International