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Johnson & Johnson se défend d'avoir contribué à la crise des opioïdes

Un homme debout en cour de  justice en pleine envolée oratoire, ses lunettes à la main.

L’avocat de la défense Larry Ottaway à l’ouverture du procès intenté par l’Oklahoma à Johnson & Johnson.

Photo : The Associated Press / Sue Ogrocki

Anne Marie Lecomte

Meurtrière au Canada comme aux États-Unis, la crise des opioïdes est au coeur d'un procès qui s'est ouvert mardi et qui oppose l'État de l'Oklahoma à Johnson & Johnson. L'issue de cette cause pourrait déterminer le sort de quelque 1500 poursuites intentées contre des pharmaceutiques en raison de cette crise.

Les procureurs de l'Oklahoma allèguent que Johnson & Johnson a contribué à créer « une nuisance publique en faisant, de diverses façons et avec d'autres, la promotion des opioïdes de manière trompeuse pour le traitement de la douleur chronique non cancéreuse ».

Le procureur général de l'Oklahoma, Mike Hunter, accuse Johnson & Johnson d'avoir agi par pur « appât du gain » en minimisant les risques associés aux opiacés.

De 2007 à 2017 en Oklahoma, 4653 personnes ont succombé de manière non intentionnelle à des surdoses liées à des opioïdes prescrits par ordonnance.

« Pour dire les choses brutalement, cette crise est dévastatrice pour l'Oklahoma », a déclaré le procureur Hunter.

Il s'agit de la pire crise de santé publique engendrée par l'homme dans l'histoire des États-Unis. 

Mike Hunter, procureur général de l'Oklahoma

L'Oklahoma tente d'obtenir des milliards de dollars en indemnités pour cette crise qui pourrait lui coûter jusqu'à 24 milliards de dollars d'ici 20 à 30 ans.

Johnson & Johnson sur la défensive

Mais l'avocat de Johnson & Johnson et de sa filiale Janssen, Larry Ottaway, rejette les allégations de la poursuite en rétorquant qu'en 2009, tant Janssen que la Food and Drug Administration des États-Unis (FDA) avaient soutenu que les opioïdes « entraînaient rarement une dépendance ».

Janssen et Johnson & Johnson affirment en outre que leur produit consistant en un timbre de fentanyl - et vendu sous le nom de Duragesic - n'était qu'une infime part des opiacés vendus en Oklahoma et qu'il ne se retrouvait guère dans le marché illicite.

Dans l'ensemble de ce dossier, les compagnies pharmaceutiques maintiennent que leur industrie est assujettie à un contrôle fédéral strict et que ce sont les médecins qui prescrivent les médicaments. Une bonne partie de la crise des opioïdes, affirment-elles, est due à de l'activité illégale, comme lorsque les médicaments sont volés ou obtenus de manière frauduleuse.

Dans ce procès qui s'est ouvert en Oklahoma, deux entreprises ont évité de faire face à la justice en concluant des ententes à l'amiable. Celle conclue par Purdue Pharma (fabricant de l'OxyContin) s'élève à 36 millions de dollars canadiens et celle de Teva Pharmaceutical, à 114 millions.

Mise en marché « agressive »

Reste Johnson & Johnson qui, selon un avocat privé embauché par l'État de l'Oklahoma, a fait une mise en marché « agressive de ses produits à tout un chacun ». Cet avocat, Brad Beckworth, a décliné les chiffres suivants relativement à la crise des opiacés en Oklahoma :

  • il y a eu sur le marché 135 comprimés d'opioïdes pour chaque adulte vivant dans le comté de Cleveland, où se tient le procès;
  • plus de 139 000 vies ont été perdues à la suite de surdoses causées par des opiacés prescrits sur ordonnance;
  • entre 1999 et 2005, des médecins ont reçu plus de 149 000 visites de la part de représentants pharmaceutiques.
Un homme vu debout et de profil en cour de justice.

Le procureur général de l’Oklahoma, Mike Hunter, à l’ouverture du procès intenté par cet État à Johnson & Johnson.

Photo : The Associated Press / Sue Ogrocki

Un procès qui pourrait faire école

Si les yeux sont rivés sur ce procès tenu sans jury en Oklahoma, c'est que d'autres causes du genre pourraient être entendues dans d'autres États relativement à la crise des opioïdes. De plus, un juge fédéral de l'Ohio préside à plus de 1500 poursuites consolidées provenant d'États, de gouvernements locaux et de nations autochtones.

Le Centre de contrôle et de prévention des maladies des États-Unis affirme que la crise des opioïdes a entraîné le nombre record de 47 600 décès liés à des surdoses en 2017 seulement.

Les avocats représentant certains des plaignants dans ce dossier établissent des analogies avec la bataille menée par des États contre l'industrie du tabac; litige qui s'était soldé par un règlement s'élevant à 331 milliards de dollars, en 1998.

Avec les informations de Associated Press, Reuters, Washington Post, CNN, et AFP

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