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L'art latino-américain et ses bonnes affaires attirent les collectionneurs

Le tableau représente 2 Frida Kahlo dont les cœurs sont reliés.

L'œuvre Las Dos Fridas de l'artiste mexicaine Frida Kahlo.

Photo : AFP/Getty Images / ALEJANDRO ACOSTA

Agence France-Presse

Un chef-d'œuvre pour moins de 1 million de dollars? Impensable pour de l'art européen ou américain, mais c'est possible en art latino-américain, où des tableaux des plus grands sont encore abordables.

La dernière saison d'enchères ce mois-ci à New York a montré que si le prix des œuvres de Jeff Koons pouvait désormais atteindre presque 100 millions de dollars américains – un seuil dépassé par Claude Monet –, une toile de Diego Rivera, le plus célèbre homme peintre mexicain au monde, se négociait pour 106 000 $ US (143 000 $ CA) seulement.

Avec 1 million de dollars, vous pouvez vraiment vous acheter un chef-d'œuvre, affirme Virgilio Garza, responsable de l'art latino-américain pour la maison d'enchères Christie's à New York.

Diego Rivera et Frida Kahlo, les plus connus

Diego Rivera, qui a été l'époux de Frida Kahlo, détient le record pour une oeuvre latino-américaine vendue aux enchères, mais le tableau en question, intitulé Los Rivales et peint en 1931, n'a été vendu, en mai 2018, que 9,7 millions de dollars américains (13 millions de dollars canadiens).

Le tableau <i>Los Rivales</i> de Diego Rivera où, en bas à gauche, deux hommes avec chapeau se font face lors d'une célébration traditionnelle mexicaine.

Le tableau Los Rivales de Diego Rivera.

Photo : AFP / HECTOR RETAMAL

Frida Kahlo elle-même, mondialement connue et qui a déjà eu droit à des expositions solos majeures à Londres, à New York ou à Berlin, n'a jamais fait mieux que 8 millions de dollars américains (10,8 millions de dollars canadiens), pour Dos desnudos en el bosque, en mai 2016.

Le tableau représente deux femmes nues.

Le tableau Dos desnudos en el bosque a été peint par Frida Kahlo.

Photo : AFP/Getty Images / KENA BETANCUR

Un intérêt qui se réveille tardivement

L'éveil tardif des grands musées occidentaux aux artistes latino-américains explique en partie le décalage avec l'intérêt pour leurs homologues européens ou américains, qu'ils ont pourtant parfois côtoyés.

Le peintre mexicain Rufino Tamayo a ainsi été le professeur de la peintre abstraite américaine Helen Frankenthaler, tandis que Diego Rivera s'est lié d'amitié, à Paris, avec Amedeo Modigliani ou Chaïm Soutine.

En 2018, le MoMA de New York a consacré une rétrospective à la peintre brésilienne Tarsila do Amaral, et le Victoria & Albert Museum de Londres a mis à l'honneur Frida Kahlo dans une exposition récemment visible au Brooklyn Museum.

Le principal musée de Brooklyn a également organisé, l'an passé, l'exposition Radical Women: Latin American Art, l'une des premières à mettre en avant le rôle des femmes artistes latino-américaines durant la période allant de 1960 à 1985.

Des records récents

L'appétit pour l'art latino-américain est en hausse chez les collectionneurs européens et américains, explique Anna Di Stasi, directrice du département consacré à cet art chez Sotheby's à New York.

Quelques records ont été battus récemment à New York, notamment pour la Cubaine Zilia Sanchez, dont le Topologia Erotica a atteint 236 000 $ CA chez Sotheby's au début mars.

L'artiste de 93 ans aux tableaux en relief vient de voir sa première rétrospective à la Phillips Collection de Washington.

L'Asie est aussi de plus en plus à l'affût des artistes latino-américains, avec une préférence pour le sculpteur et peintre colombien Fernando Botero, l'une des rares références à être encore en vie. Samedi, sa toile The Card Players s'est vendue environ 844 000 $ CA lors d'une vente à Hong Kong.

Lors de la même vente, la sculpture El rapto de Europa est, elle, partie pour environ 1 million de dollars canadiens.

La sculpture de couleur foncée représente une femme assise sur un animale.

La sculpture El rapto de Europa de l'artiste Fernando Botero.

Photo : AFP/Getty Images / EMMANUEL DUNAND

Une clientèle plus variée pour l'art latino-américain

La composition de notre clientèle a changé, explique Virgilio Garza.

Ce ne sont plus des Latino-Américains qui achètent de [l'art] latino-américain. Ils sont plus divers.

Virgilio Garza, responsable de l'art latino-américain chez Christie's

Pour Henrique Faria, propriétaire d'une galerie new-yorkaise spécialisée, les prix encore modérés du marché de l'art latino-américain reflètent ce que la plupart de nos pays vivent sur les plans économique et politique, et sont le résultat d'un manque de soutien des institutions culturelles et des collectionneurs eux-mêmes à la marque Amérique latine.

Pour le galeriste, les artistes issus d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud ont un rôle à jouer pour décentraliser les visions européenne et américaine de l'art. C'est ça, collectionner : trouver des pièces [...] pour que le dialogue s'ouvre.

La démarche rejoint, dit-il, ce à quoi nous aspirons dans le monde d'aujourd'hui : faire tomber les barrières, promouvoir l'égalité, [...] l'inclusion, le pluralisme, la diversité. Collectionner, ce n'est pas accumuler.

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