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Michel Cadotte condamné à deux ans moins un jour d'emprisonnement

Reconnu coupable d'homicide involontaire en février, Michel Cadotte (au centre) est de retour au palais de justice de Montréal pour connaître sa peine, mardi 28 mai 2019.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Romain Schué

Reconnu coupable d'homicide involontaire en février pour avoir étouffé sa femme Jocelyne Lizotte atteinte de la maladie d'Alzheimer, Michel Cadotte a été condamné à deux ans moins un jour de détention, mardi, au palais de justice de Montréal. La Couronne et les avocats de la défense n'excluent pas de porter cette décision en appel.

Près d’une heure après le début de l’audience, Michel Cadotte, installé derrière le banc réservé aux accusés, esquisse un sourire. Debout, menotte aux poignets, il discute calmement avec ses deux avocats. L’homme de 57 ans, cheveux tirés vers l’arrière, semble soulagé.

Quelques instants plus tôt, M. Cadotte, chemise blanche sous une veste grise, a pris connaissance, sans le moindre mouvement ni bruit, de la sentence de la juge Hélène Di Salvo.

Cette dernière, la voix remplie d’émotion, a évoqué des circonstances « aussi tragiques que tristes, pathétiques et uniques » qui l’ont poussée à prendre « la décision la plus difficile » de sa carrière.

Bien que M. Cadotte ne soit pas une personne criminalisée ni violente, [...] le message doit être clair.

Hélène Di Salvo, juge

« Nul doute que le destin tragique de Mme Lizotte restera gravé dans les mémoires », a-t-elle indiqué, avant de condamner M. Cadotte à une peine de deux ans et 204 jours d’emprisonnement, tout en souhaitant à la famille de la victime de « trouver un peu de paix » avec l’issue de ce procès.

Puisque l’accusé a déjà été détenu préventivement durant 205 jours, il devra purger une peine de deux ans moins un jour dans un centre de détention provincial. Si la peine avait dépassé deux ans, il aurait dû se rendre dans un pénitencier fédéral.

Le visage de Jocelyne Lizotte

Jocelyne Lizotte était atteinte de la maladie d'Alzheimer à un stade avancé lorsque Michel Cadotte l'a étouffée avec un oreiller.

Photo : Radio-Canada

Un « quasi-meurtre », dit la juge

Devant une soixantaine de personnes installées dans la salle d’audience, dont les deux fils de Mme Lizotte, la juge a décrit une affaire qui « a soulevé les passions » et des thèmes qui « ne laissent personne indifférent ».

L’aide médicale à mourir, les CHSLD, les aidants naturels, la maladie d’Alzheimer ont propulsé le procès de Michel Cadotte, bien malgré lui, au premier rang de l’actualité judiciaire et au coeur d’un débat de société.

Hélène Di Salvo, juge

Tout en évoquant les difficultés de Mme Lizotte, qui était incontinente, ne pouvait se déplacer seule ni reconnaître quiconque, elle a néanmoins précisé que l’accusé avait commis « l’irréparable ».

Au cours de son procès, M. Cadotte avait avoué avoir étouffé sa femme âgée de 60 ans, le 20 février 2017, près de 20 ans après leur rencontre, en mai 1997.

Ce drame s'est déroulé dans le centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) Émilie-Gamelin, à Montréal, où résidait son épouse, alors qu'elle recevait des traitements contre la maladie d'Alzheimer, dont elle était gravement atteinte. Les premiers symptômes étaient apparus en 2008.

Un an avant les faits, M. Cadotte avait appris que sa conjointe, hospitalisée depuis 2013, ne pouvait pas bénéficier de l'aide médicale à mourir, car elle ne pouvait pas y consentir et qu'elle n'était pas en fin de vie.

Selon ses propos, M. Cadotte, qui était son aidant naturel, a voulu mettre fin aux souffrances de sa conjointe. Il a beaucoup pleuré et tenté à plusieurs reprises, en vain, de placer l'oreiller sous la tête de sa femme, qui était couchée sur son lit, avant de l'appuyer sur son visage, a-t-il admis.

Lorsqu'il a retiré l'oreiller, il a vu sa femme sereine, a-t-il dit. Elle « ne souffrait plus », selon lui.

On peut qualifier les gestes de quasi-meurtre. […] La motivation de l’accusé était, même si son état d’esprit était altéré, de mettre fin aux souffrances de Mme Lizotte.

Hélène Di Salvo, juge

« Il s’agit d’un homme amoureux, épuisé, usé, souffrant de dépression, qui a donné neuf ans de sa vie pour que son épouse conserve une certaine dignité, qu’elle ne souffre pas trop et qu’elle obtienne les soins nécessaires », a ajouté la juge, en précisant que, « contrairement à ce que d’aucuns pourraient penser », donner la mort « ne fait pas de lui un héros ».

« Causer illégalement la mort d’un être humain constitue et constituera toujours un acte répréhensible qui doit être sanctionné », a-t-elle mentionné.

Entrevue avec l’avocat-criminaliste Walid Hijazi.

La Couronne fera « un examen minutieux de la décision »

Geneviève Langlois, la procureure de la Couronne au procès de Michel Cadotte

Geneviève Langlois, la procureure de la Couronne, au procès de Michel Cadotte

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À la sortie de l’audience, les avocats des deux parties étaient partagés.

La Couronne, qui avait réclamé huit ans d’emprisonnement, a indiqué, par la voix de la procureure Geneviève Langlois, vouloir procéder à « un examen minutieux de la décision détaillée qui a été rendue afin de déterminer si des erreurs de droit ont été commises nous permettant de porter l’affaire en appel ».

Les représentants de la défense ont quant à eux confié être « surpris », alors qu’ils avaient proposé une peine de six à douze mois de détention.

Est-ce que nous sommes satisfaits par rapport à ce qu’on a demandé? On doit être francs et vous dire non.

Elfriede Duclervil, avocate de Michel Cadotte

« On espère que les gens vont pouvoir passer à autre chose, que la famille va passer à autre chose », a réagi Me Nicolas Welt.

Sa consœur, Me Elfriede Duclervil, l’a ensuite repris. « J’ai du mal à penser qu’on va passer à autre chose suite à cette tragédie », a-t-elle clamé, affirmant « qu’on fait face clairement à un problème de société », en évoquant les soins donnés dans les CHSLD.

Elfriede Duclerville, l'avocate de Michel Cadotte, commente la peine infligée à son client

Elfriede Duclerville, l'avocate de Michel Cadotte, commente la peine infligée à son client

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

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