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Incursion dans la tête des jeunes prodiges de la musique

La jeune violoniste prodige Hannah Tam

Photo : Radio-Canada

Normand Grondin

On estime qu'il faut 10 000 heures de répétition à un musicien pour devenir professionnel. Mais les prodiges y parviennent beaucoup plus rapidement et parfois à un très jeune âge. On commence à comprendre pourquoi.

Elle a à peine 13 ans, mais la jeune Hannah Tam a la technique et la maîtrise d'une violoniste professionnelle. Originaire de Hong Kong, elle fait partie du groupe sélect des prodiges de la musique, ces surdoués qui performent à un très haut niveau dès leur plus jeune âge.

À 5 ans, elle donnait son premier concert en public, et à 12 ans, elle était invitée à jouer en solo avec l'Orchestre philharmonique de Hong Kong.

Son secret : l'amour de la musique et la concentration. « Je suis toujours très concentrée, ce qui me permet de mieux mémoriser et d'apprendre plus rapidement », dit-elle.

Invitée dans le cadre du Concours musical international de Montréal, Hannah a accepté de participer à une étude clinique en cours au Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son de l'Université de Montréal. Elle a passé différents tests psychologiques et psychométriques, et on a observé son cerveau à l'aide d'un appareil de résonance magnétique.

On cherche à voir si les prodiges ont un cerveau différent des autres. Donc, est-ce qu'ils sont nés avec un cerveau différent, avec des prédispositions à apprendre rapidement la musique et à se démarquer des autres?

Chanel Marion-St-Onge, doctorante

Jusqu'ici, les cerveaux de 17 jeunes prodiges et de 17 musiciens professionnels ont été analysés. La recherche sera bientôt terminée, mais en attendant, il est déjà possible de dégager quelques pistes.

L'analyse d'un cerveau à l'aide d'un appareil de résonance magnétique.

Les cerveaux de 17 jeunes prodiges et de 17 musiciens professionnels ont été analysés dans l'étude.

Photo : Radio-Canada

Premier constat : qu'ils soient prodiges ou musiciens professionnels, les deux groupes ont à peu près le même quotient intellectuel et plus ou moins les mêmes capacités de mémorisation.

« Il y a une étude qui a démontré que les prodiges musicaux avaient un quotient intellectuel très supérieur à la moyenne, mais pour l'instant, ce n'est pas ce qu'on observe », précise Chanel Marion-St-Onge, qui participe aux travaux. « En fait, les gens n'ont pas besoin d'être exceptionnellement intelligents ou d'avoir un haut quotient intellectuel pour se démarquer des autres en musique. »

Sur le plan physiologique, les cerveaux des prodiges se démarquent légèrement.

Tout le cerveau semble engagé chez les prodiges, et pas principalement les connexions entre le cortex auditif et moteur, comme on l'aurait pensé, explique Isabelle Peretz, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neurocognition de la musique. « C'est plus vaste et ce serait surtout lié à la transformation de l'attention et de l'aspect sensorimoteur. On voit une connectivité différente. En bout de ligne, ils apprennent beaucoup plus vite. »

Apprentissage deux fois plus rapide

C'est surtout la capacité de travail et la concentration qui départage les prodiges des professionnels.

Hannah répète cinq heures par jour et apprend deux fois plus rapidement qu'un musicien chevronné. « Ce n'est pas magique, ce n'est pas Dieu qui leur parle, dit Mme Peretz. Donc, il doit y avoir des mécanismes qu'ils mettent en route, qui sont chez eux vraiment exacerbés et qu'on aimerait bien connaître. »

Le revers de la médaille : si les prodiges atteignent rapidement les plus hauts standards, une fois au sommet, ils ont tendance à plafonner. À preuve, lorsqu'on fait écouter des extraits audio de prodiges et de professionnels de la musique à des non-musiciens comme à des musiciens, une fois sur deux, ou presque, ils sont incapables de les différencier.

À un moment donné, à la fin de l'adolescence, les prodiges se font rattraper par les musiciens professionnels. D'ailleurs, ça en décourage certains de continuer à être virtuoses, parce qu'il y en a d'autres aussi bons qu'eux, ils ne sont plus les seuls à briller.

Isabelle Peretz, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neurocognition de la musique

Habitués à toujours être en tête de peloton durant leur jeunesse, certains prodiges développent même de l'anxiété lorsque leur étoile pâlit.

Mais la jeune Hannah a confiance. Depuis l'âge de cinq ans, elle éblouit son public. Et elle est convaincue qu'elle pourra continuer à le faire.

« L'apprentissage du violon n'a pas de limites et j'espère simplement que je pourrai continuer de m'améliorer tout au long de ma vie », dit-elle.

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