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Acfas : la réalité virtuelle pourrait-elle combattre la dépendance aux jeux de hasard et d’argent?

Une personne porte des lunettes fumées sur lesquelles ont peut lire le mot casino.

Les recherches ont démontré que l’utilisation de la réalité virtuelle dans le cadre d’une thérapie cognitive comportementale est bénéfique et sécuritaire.

Photo : getty images/istockphoto / Tero Vesalainen

Angie Bonenfant

Les bienfaits de la thérapie par réalité virtuelle dans le traitement de troubles anxieux se manifestent de plus en plus. Depuis quelques années, une équipe de chercheurs de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) tente de déterminer si cette technologie est aussi efficace auprès de ceux qui souffrent de dépendance aux jeux de hasard et d'argent.

Lundi, dans le cadre du 87e congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas), qui se tient à Gatineau, le chercheur et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en cyberpsychologie clinique, Stéphane Bouchard, a présenté les résultats de ses expériences sur les dépendances au jeu.

Les taux de succès pour les dépendances au jeu sont intéressants, mais on n’est pas dans le 100 %, loin de là, a-t-il expliqué.

On est plus dans le 40-50-60 % taux de succès, soit des gens qui sont capables d’arrêter de jouer ou qui jouent de façon contrôlée pendant plusieurs années, par la suite.

Ce qui nous intéressait, c’était de savoir si on pouvait se servir de la réalité virtuelle comme outil d’intervention en thérapie.

Stéphane Bouchard, Laboratoire de cyberpsychologie de l’UQO

Dans tous les cas, les résultats sont suffisamment bons pour passer à l’étape suivante, qui consiste à mener des essais cliniques dont le but sera de démontrer « rigoureusement » l’impact direct de cette technologie dans le processus de guérison.

Parce que, pour le moment, les recherches ont seulement démontré que l’utilisation de la réalité virtuelle dans le cadre d’une thérapie cognitive comportementale est bénéfique et sécuritaire.

Deux hommes qui discutent à l'avant-scène.

Le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en cyberpsychologie clinique, Stéphane Bouchard (à droite)

Photo : Radio-Canada/Michel Aspirot

Comment cela fonctionne-t-il?

Lorsque les joueurs sont en contact avec ce qui crée leur dépendance ou qu'ils le voient, ils deviennent actifs émotionnellement et ils ont le goût de consommer.

Lorsqu’on fait la thérapie dans notre bureau de professionnel de la santé mentale, on est souvent loin de la tentation. Donc ce que l’on fait dans notre bureau ne cadre pas tout à fait avec ce qui va se faire ou ce que le client va vivre dans son quotidien, précise M. Bouchard.

Dans le contexte d’une thérapie par réalité virtuelle, on expose volontairement le patient à ce qui déclenche sa tentation, mais dans un environnement contrôlé. Le thérapeute accompagne virtuellement son patient au casino et examine ses capacités à résister au jeu ou à s'extirper de la situation.

Quand on fait de la réalité virtuelle, on se met des lunettes 3D. Je vois ce que mon client voit et cela me permet de recréer des situations où il y a des tentations pour le client, poursuit M. Bouchard.

Une fois qu’il pense avec ses émotions comme si c’était vrai, on peut pratiquer en thérapie, dans la sécurité de mon bureau, le travail qu’on voudrait faire.

La semaine des sciences à Radio-Canada

Une « expérience intéressante »

L’aspect immersif de l’approche virtuelle est ce qui séduit le plus les adeptes de cette forme de thérapie.

Ce n’est pas la réalité virtuelle qui fait le traitement, mais c’est comment on l’utilise avec la personne, affirme Yasser Khazaal, médecin-chef au Département de psychiatrie du Centre hospitalier universitaire vaudois, en Suisse.

Ça peut être très utile pour explorer les croyances que la personne a pendant l’expérience de jeu », poursuit-il. « C’est une approche qui peut être complémentaire de ce qu’on peut faire en dehors de l’environnement virtuel.

Sans aucun doute pour moi, cela demeure un outil percutant.

Lynda Poirier, chargée de cours à l’Université de Sherbrooke

Je dirais même que c’est un outil nécessaire pour identifier les pensées erronées [...] lorsque les joueurs ont une tentation de jouer, lance Lynda Poirier, une chargée de cours de l’Université de Sherbrooke qui se spécialise dans l’étude des dépendances liées au jeu pathologique.

Il y a quelques années, alors que j’étais au centre de thérapie Casa, nous avons été un des projets pilotes pour tester la réalité virtuelle auprès des joueurs. Ç’a été une expérience très, très intéressante. On a pu voir la différence entre les joueurs qui n’avaient pas suivi d’activités en lien avec la réalité virtuelle et ceux qui ont participé au projet.

Avant de crier victoire, Stéphane Bouchard soutient qu’il reste encore beaucoup de travail à faire.

Depuis 7-8 ans, on a fait des travaux sur la réalité virtuelle pour démontrer que c’est sécuritaire et ça va bien chercher les émotions [dont] on a besoin, dit-il. Les prochaines séries de travaux seront les essais cliniques pour démontrer l’efficacité de façon rigoureuse.

Dépendances

Science