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Chartwell améliore les procédures de sécurité après le décès d’une personne âgée

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Une dame assise dans un fauteuil adapté.

Une résidente de la Villa Jonquière

Photo : Radio-Canada

Une septuagénaire retrouvée agonisante quelques jours après avoir fait un AVC dans sa chambre au Saguenay a semé tout un émoi au sein du Groupe Chartwell. Dans son rapport, le coroner Marc Boudreau explique que la procédure du suivi des absences « n'a pas été respectée ». Le groupe a depuis implanté un système de prise de présences téléphoniques à Villa Jonquière et améliore ses systèmes dans ses 200 autres résidences au pays.

Depuis mai 2017, les quelque 200 résidents de Villa Jonquière reçoivent chaque matin un appel dans leur appartement. Faute de réponse, le système téléphonique les relance à deux reprises.

« Ça nous permet de nous assurer que tous nos résidents à chaque jour vont bien. On l'appelle notre appel de bien-être », explique Julie Desgagné, directrice de Villa Saguenay. Et on visite les chambres des résidents qui ne donnent pas signe de vie. Un système gratuit instauré à la Villa Jonquière dans la foulée du décès de Marie Chiasson en août 2016.

Feu Mme Chiasson y avait emménagé quelques années auparavant. « Les avantages étaient grands, surtout au niveau de la sécurité », affirme son neveu Carol Côté. Cette résidence pour personnes âgées semi-autonomes offre des soins infirmiers et des services d'hygiène. Un système de prise des présences aux repas et des sorties était en place.

Marie Chiasson prenait la plupart de ses repas du soir à la cafétéria. Mais le samedi 27 août 2016, elle ne se présente pas au souper. Et contrairement à son habitude, elle manque la messe du dimanche et le repas de ce soir-là.

« Dimanche le 28 [août], on a constaté l'absence, mais on n'a pas fait de vérifications. Lundi le 29 non plus », observe le coroner Marc Boudreau.

Mardi le 30 août, une amie, inquiète, alarme la direction de la résidence. Marie Chiasson est découverte inconsciente au sol dans sa chambre en fin de journée, mardi. Transportée à l'hôpital, elle décède quelques heures plus tard.

Marie Chiasson assise dans un fauteuil.

Marie Chiasson qui habitait la Villa Jonquière a perdu la vie en 2016.

Photo : Radio-Canada / Famille Chiasson

La direction admet des erreurs

« Il y avait des procédures établies qui n'ont pas été appliquées correctement », indique le coroner.

La directrice de Villa Jonquière, Julie Desgagné, affirme que l'enquête de l'entreprise a révélé des problèmes de communication. « Les gens de sa table ont mentionné qu'elle était partie dans un restaurant. L'autre soir, c'était qu'elle était partie en voyage. »

Mais la direction reconnaît certaines erreurs. « Ce n'était pas assez rigoureux au niveau du registre à la sortie. Pas assez rigoureux non plus au niveau de la prise de présence pour les soupers », dit Lucie Labbé, vice-présidente santé et relations gouvernementales pour Chartwell.

L'avocat Jean-Pierre Ménard a pris connaissance du dossier et il estime, comme le coroner, que le système de contrôle a connu des ratés.

Une journée, on aurait pu dire c'est un oubli. Mais trois jours, ça implique beaucoup de monde et peut-être un niveau plus important de manquements.

L'avocat Jean-Pierre Ménard

Rien ne prouve cependant que Marie Chiasson aurait pu être sauvée si on l'avait trouvée plus tôt. Mais sa famille estime que c'est une fin de vie qui aurait dû être évitée. « C'est indigne pour une personne de mourir de cette façon-là », croit son neveu Carol Côté.

« On tient à s'excuser auprès de la famille de cet événement-là », affirme la directrice de Villa Jonquière, Julie Desgagné.

Marc Boudreault en entrevue.

Le coroner Marc Boudreault a publié un rapport relativement à la mort de Marie Chiasson.

Photo : Radio-Canada

Un nouveau système pour renforcer la sécurité

Après le décès de Marie Chiasson, Chartwell a lancé un projet pilote pour renforcer les procédures de contrôle. C'est de cela qu'est issu le système de prises de présence téléphoniques instauré en 2017 à la Villa Jonquière.

« On est en processus pour le reste du Québec et dans les autres provinces », relate Lucie Labbé, vice-présidente aux relations gouvernementales chez Chartwell, qui compte 200 résidences à travers le Canada.

La nature des systèmes peut varier en fonction de différents facteurs. La famille de Marie Chiasson trouve un peu de réconfort dans le fait que son décès a contribué à renforcer les mesures de contrôle. « Marie était une catholique convaincue. Je suis certain qu'elle est contente de voir ce qui se passe où qu'elle se trouve actuellement », souligne son neveu.

Entre sécurité et vie privée

La présidente de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), Judith Gagnon, voit d’un bon œil le recours à des systèmes automatisés afin de s’assurer de la présence de ses résidents. Même si certains considèrent qu’il s’agit d’une intrusion dans leur vie privée.

Quand tu vas en résidence, tu veux de la sécurité, profiter doucement de ta vie, tu veux avoir des choses en place pour te permettre d’être en sécurité. C’est important, selon moi, d’avoir un système. Ce n’est pas d’aller contre la confidentialité des résidents.

Judith Gagnon, présidente de l’AQDR

Au Réseau Sélection, qui regroupe plus de 40 complexes d'habitation, on reconnaît le défi entre sécurité et vie privée. « Comme nos résidences sont destinées principalement à des gens autonomes et semi-autonomes, leur appartement est leur lieu de résidence, ainsi nous devons également respecter leur vie privée. Nous sommes cependant constamment à l’affût des dernières technologies afin de leur offrir les outils et les services qui leur assurent, à eux et à leurs familles, une tranquillité d’esprit », écrit Mylène Dupéré, vice-présidente, affaires publiques et communications corporatives chez Réseau Sélection.

Elle ajoute : « Un nouvel outil sera bientôt disponible aux résidents qui le désirent. Il permettra d’aviser automatiquement une liste de personnes prédéterminée par eux en cas de chute, et ce, sans intervention de leur part. Cet appareil sera géolocalisable, même à l’extérieur de nos complexes. Il permettra également aux résidents de communiquer avec un contact d’urgence préidentifié, simplement en appuyant sur un bouton. »

La présidente de l’AQDR, Judith Gagnon, est d’avis que le gouvernement devrait envisager d'ajouter de tels systèmes dans la certification des résidences pour aînés. « Le règlement dit qu'on doit assurer la santé et la sécurité. Ça peut devenir quelque chose d'intéressant d'ajouter ce système-là dans la certification. »

Le Québec compte autour de 120 000 unités d’hébergement dans les résidences pour aînés.

Avec la collaboration de Daniel Boily

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