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« Coupez-lui la tête! » : des élus de plus en plus visés par des propos haineux

Catherine McKenna lit sur une tablette des messages publiés sur les réseaux sociaux.

Catherine McKenna est souvent la cible de messages haineux sur le web.

Photo : Radio-Canada / Stéphane Richer

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Justin Trudeau a prédit une campagne électorale parmi les « plus ignobles et conflictuelles » de l'histoire. À quelques mois du scrutin, des élus fédéraux s'inquiètent des attaques haineuses les ciblant sur les médias sociaux et d'une dégradation du climat politique.

Je souhaite que toi et ta famille soyez atteints par la maladie de Lou Gehrig.

Une citation de : Anonyme

Je suggère de mettre un sac de plastique sur ta tête et le serrer autour de ton cou. Ça n'aurait pas de prix!

Une citation de : Anonyme

Voilà le type de messages reçus par la ministre de l'Environnement Catherine McKenna.

« Quel âge aviez-vous lorsque vous avez volé votre premier bateau de pirate? », demande un internaute au ministre de l'Immigration Ahmed Hussen, d'origine somalienne, sur Twitter.

Jagmeet Singh en conversation.

Jagmeet Singh est aussi la cible de critiques dures.

Photo : Radio-Canada / Stéphane Richer

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, n'est pas en reste. Deux femmes associées à la droite ultraconservatrice ont appelé à sa décapitation l'été dernier dans une vidéo diffusée sur Facebook.

« Singh, envoyez-le à la guillotine. Coupez-lui la tête! », disait l'une d'elle en riant.

Ciblé par de nombreuses menaces de mort depuis ses débuts en politique, il s'inquiète de voir les attaques haineuses prendre de l’ampleur sur les médias sociaux.

Je ne pense pas à ma sécurité, mais j'ai peur pour les autres candidats, pour les autres candidates en particulier, pour les femmes, parce qu'il y a un élément de sexisme que je vois provenant de la droite.

Une citation de : Jagmeet Singh

La ministre de l'Environnement, Catherine McKenna, a déjà demandé une protection supplémentaire lorsqu'une pierre a été lancée sur son bureau de circonscription en 2017.

Aujourd’hui, elle craint l'impact des menaces en ligne sur sa famille.

« Ce n'est pas seulement horrible pour moi, car j'ai des enfants. J'ai trois enfants, s'ils voyaient ça. Je sais qu'il y a des choses qui sont dites sur les médias sociaux. J'essaie de ne pas les regarder, mais j'ai des enfants qui eux sont sur les médias sociaux », explique-t-elle.

Des militants de la droite l'avaient déjà surnommée la « Barbie du climat ». Les attaques se sont intensifiées en plein débat sur la tarification du carbone.

« Il y a des gens qui détestent vraiment l'action sur les changements climatiques, mais aussi ils détestent les femmes. C'est vraiment étrange, mais il y a une connexion », explique la ministre.

Leona Alleslev assise sur une chaise dans son bureau.

Leona Alleslev a dû faire face à des propos acerbes lors de son passage des rangs libéraux à ceux des conservateurs.

Photo : Radio-Canada / Stéphane Richer

L'ancienne députée libérale Leona Alleslev a reçu son lot d'injures lorsqu'elle a traversé la Chambre pour se joindre aux conservateurs en septembre dernier. Qualifiée de « traîtresse », de « véreuse et malhonnête » par des internautes, un autre lui a écrit que « son ego a pris le dessus sur son intellect ».

Mme Alleslev a pensé tout abandonner. Sa famille l'a convaincue de rester. « Ça c'est le monde dans lequel on vit maintenant », constate l'élue.

De la toile à la Chambre des communes

Tout cela est un avant-goût, croit le sociologue André Mondoux de l'École des médias de l'Université de Québec à Montréal, qui prédit une « campagne où le vivre-ensemble sera malmené » l'automne prochain.

« Il y a une radicalisation des débats dans les sociétés occidentales, la montée des extrêmes un peu partout », décrivant une époque où les opinions et les jouissances personnelles ont pris le dessus.

Les politiciens contribuent-ils au problème?

Justin Trudeau répond à une question.

Le premier ministre Justin Trudeau lors d'une période des questions à la Chambre des communes

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

La nature du discours politique alimente-t-elle l'hostilité que l'on retrouve en ligne? Aux Communes, les débats se sont avérés très partisans et peu nuancés ces derniers mois sur des sujets comme l'environnement et l'immigration notamment.

« On blâme les réfugiés, on blâme l'immigration, on crée ce terrain fertile pour la haine », déplore le chef néo-démocrate Jagmeet Singh.

Ahmed Hussen, le ministre fédéral de l'Immigration, déplore des propos tenus par Doug Ford. Début mai, le premier ministre de l'Ontario laissait entendre sur Twitter que les demandeurs d'asile irréguliers court-circuitent le système au Canada et passent devant les personnes qui ont fait une demande d'immigration, alors qu'il s'agit de processus séparés, traités par des entités différentes.

Ce qui est très troublant, c'est lorsque des personnes en position d'autorité utilisent l'immigration pour désinformer les Canadiens et propager la peur.

Une citation de : Ahmed Hussen, ministre fédéral de l'Immigration

La députée conservatrice fédérale Leona Alleslev reconnaît que les politiciens doivent tempérer leurs propos.

« Le comportement doit changer, c'est à nous de donner l'exemple », admet-elle. Toutefois, elle reconnaît que dans la joute partisane c'est « plus difficile d'être le premier » à opérer un changement de ton.

Le rôle des géants du numérique

Les Facebook, Twitter et Google de ce monde pourraient-ils en faire plus pour limiter les contenus haineux qui se retrouvent sur leurs plateformes? « Ils doivent agir », pense Catherine McKenna.

La ministre affirme avoir déjà soulevé la question avec l'une de ces entreprises directement. « Ils m'ont dit : "quand vous trouvez quelque chose qui vous dérange, demandez-nous." Qu'est-ce que je vais faire? Être jour et nuit sur mon Twitter? », demande-t-elle.

Lors d'une rencontre multilatérale sur le sujet à Paris récemment, le premier ministre Justin Trudeau a promis une nouvelle charte numérique au Canada pour lutter contre la propagation des idéologies violentes et haineuses en ligne.

Il promet de nouvelles obligations et des sanctions pour les géants du web dans le but de les forcer à mieux filtrer leur contenu.

Le sociologue André Mondoux est en faveur de règles plus strictes. Plus largement, il croit qu'une réflexion collective s'impose sur la manière de débattre des enjeux les plus délicats.

« J'espère que c'est le début d'une prise de conscience. L'idée, c'est qu'il faut retrouver l'art de dialoguer ensemble », conclut-il.

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