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Un carburant du Québec pour rendre les avions moins polluants?

Un avion en train d'atterrir au coucher du soleil.

L'aviation civile veut réduire son empreinte carbone.

Photo : iStock

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Un regroupement d'entreprises québécoises espère commercialiser d'ici 2024 un carburant durable pour remplacer une partie du kérosène utilisé en aviation civile. Le projet du SAF+ Consortium vise à capter le dioxyde de carbone (CO2) émis par les grandes industries afin de le transformer en combustible propre.

Le président-directeur général du consortium, Jean Paquin, parle d’une « technologie unique » qui a le potentiel de diminuer sérieusement l’empreinte carbone du transport par avion.

D’une part, en captant le CO2 à même les cheminées des entreprises polluantes, l’équipe donnera une deuxième vie à des gaz à effet de serre (GES) qui, autrement, auraient été libérés dans l’atmosphère.

D’autre part, le procédé pour transformer le CO2 en carburant sera beaucoup moins polluant que celui qui permet la production du kérosène, promet M. Paquin.

L’impact final de la molécule qui est produite et utilisée, il est 80 % moins grand que [celui de] la molécule de kérosène conventionnelle qu’on utilise maintenant dans l’aviation civile.

Une citation de : Jean Paquin, PDG du SAF+ Consortium et président de Groupe Conseil Carbone
Jean Paquin, président et cofondateur de Groupe Conseil Carbone.

Jean Paquin est le PDG du regroupement SAF+ Consortium.

Photo : Radio-Canada

Le carburant propre du SAF+ Consortium ne vise pas à remplacer complètement le kérosène, mais plutôt à s’y mélanger avant d’en substituer une partie.

Il faudra donc qu’il ait les mêmes caractéristiques que le kérosène sur le plan de la viscosité, de l’humidité ou du point d’ignition, explique M. Paquin.

Capter et nettoyer le CO2

Le projet de SAF+ Consortium en est encore à ses balbutiements; le premier échantillon du carburant doit être produit au plus tard l’an prochain.

Toutefois, l’équipe sait déjà comment s’y prendre pour capter le CO2 des grandes entreprises. C’est l'entreprise CO2 Solutions, établie à Québec et membre du consortium, qui fournit la technologie nécessaire.

Celle-ci consiste d'abord en une tour d’absorption qui est installée à même les infrastructures des entreprises polluantes. Cette tour contient une solution liquide avec un enzyme capable d’absorber le CO2 émis par les entreprises.

Des cheminées industrielles d'où on peut voir s'échapper de la fumée.

La technologie de CO2 Solutions vise à capter le CO2 directement dans les cheminées.

Photo : Reuters / Peter Andrews

Ensuite, ce liquide chargé de carbone est redirigé vers une tour de désorption où il est chauffé, ce qui permet d’extraire le CO2 à l’état pur.

« C’est un procédé qui s’applique à toutes les industries et à tous les gaz de combustion », soutient le président-directeur général de CO2 Solutions, Evan Price.

On fait le design de ces équipements-là pour tirer de 80 % à 90 % du CO2 [contenu dans un gaz de combustion].

Une citation de : Evan Price, PDG de CO2 Solutions

Une fois le CO2 extrait, un procédé chimique permettra de le transformer en gaz de synthèse, explique M. Price, puis en carburant propre pour les avions.

« Ce sont des étapes qui sont bien connues, mais la création de cette chaîne complète est innovante et très prometteuse pour l’industrie de l’aviation qui cherche des solutions pour réduire ses émissions de GES. »

Le président-directeur général de CO2 Solutions, Evan Price.

Le président-directeur général de CO2 Solutions, Evan Price, devant son système qui permet de capter le carbone.

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

À l’échelle mondiale, l’aviation civile est responsable d’environ 2 % de toutes les émissions de GES. Il s’agit cependant d’une industrie en forte croissance : l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) prévoit que le nombre de passagers pourrait doubler d’ici 2050.

C’est pourquoi l’OACI s’est fixé des objectifs pour réduire son empreinte carbone. De 2021 à 2050, par exemple, elle veut améliorer le rendement de son carburant de 2 % par année.

Pour y parvenir, elle mise notamment sur le développement de nouveaux carburants, d’où la pertinence de projets comme celui de SAF+ Consortium.

Des solutions comme ça sont essentielles pour compenser cette empreinte-là. C’est immanquable.

Une citation de : Jean Paquin, PDG de SAF+ Consortium et président de Groupe Conseil Carbone

Coup de pouce financier

Afin de poursuivre son projet, SAF+ Consortium pourra compter sur un coup de pouce financier de 2 millions de dollars de la part de Ressources naturelles Canada.

Ce montant provient du défi Visez haut, un concours du gouvernement fédéral pour développer des carburants verts en aviation. L’équipe québécoise fait partie d’une courte liste de quatre finalistes qui pourront pousser leur projet plus loin.

« Ça va nous permettre principalement d’acheter de la machinerie qu’il nous manque pour compléter la partie du processus chimique, payer les opérations, payer les coûts qui sont associés à la production du carburant », explique M. Paquin.

La prochaine étape du concours, pour SAF+ Consortium, sera de fournir un premier échantillon de 10 litres de son carburant propre en 2020. Les trois autres finalistes feront de même : Carbon Engineering (Colombie-Britannique), Enerkem (Québec) et FORGE Hydrocarbons (Alberta)

L’équipe dont le produit se distinguera remportera alors le grand prix de 5 millions de dollars. S'il gagne, le SAF+ Consortium croit être en mesure de commercialiser son carburant en 2024.

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