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Des élèves autistes isolés dans des placards en raison de la surpopulation à la CSDM

Deux enseignantes devant l'École de L'Étincelle.
Enseignantes à l'École de L'Étincelle, Marie Contant (à gauche) et Geneviève Mérineau (à droite) craignent pour leur sécurité et celle des enfants. Photo: Radio-Canada / Thomas Gerbet
Thomas Gerbet

La pénurie de locaux est tellement grave à la Commission scolaire de Montréal (CSDM) que l'école spécialisée de L'Étincelle n'a même plus d'endroit sécuritaire pour isoler ses élèves autistes en crise. Les enfants sont placés dans de petits placards dangereux et pas du tout adaptés. Malgré les accidents qui se multiplient, l'appel à l'aide envoyé par le personnel au ministre de l'Éducation du Québec est resté sans réponse depuis deux mois.

À l'école primaire de L'Étincelle, l'atmosphère est explosive. Même la Commission scolaire reconnaît « la gravité de la situation », une « urgence » et « des enjeux de sécurité qui deviennent incontrôlables ».

Depuis l'an dernier, en raison d'une population record d'élèves autistes et des locaux qui débordent, le personnel doit utiliser des placards comme salles d'apaisement pour les enfants en crise.

Lorsqu'un élève doit être isolé, il est placé dans un des placards de 1,80 mètre sur 1,30 qui ferment mal, sans fenêtre ni aération et dans lesquels on retrouve des vis apparentes et des panneaux électriques.

Des placards utilisés comme salles d'apaisement à l'École de L'Étincelle comportent des panneaux électriques.Agrandir l’imageDes placards utilisés comme salles d'apaisement à l'École de L'Étincelle comportent des panneaux électriques. Photo : Courtoisie

« La sécurité des élèves et du personnel est fortement compromise », peut-on lire dans une lettre adressée au ministre de l'Éducation du Québec Jean-François Roberge, datée du 29 mars, signée par la présidente de la CSDM Catherine Harel-Bourdon et trois présidents de syndicats.

À bout de souffle et de solutions, le personnel de l'école a contacté Radio-Canada. « C'est de pire en pire chaque année, raconte l'enseignante Marie Contant. Aujourd'hui, on est au point de rupture. »

Tous les locaux qui nous servaient à prévenir les crises, à diminuer la violence, à diminuer les agressions sur nos élèves et sur nous, nous ont été enlevés pour créer des salles de classe.

Marie Contant, enseignante à l'École de L'Étincelle.

Des salles d'apaisement très loin des normes

Des élèves autistes confinés dans des placards: entrevue avec une enseignante et le ministre de l'Éducation

L'école reçoit des élèves atteints des troubles les plus graves du spectre de l'autisme. La majorité présente des comportements agressifs, ne parle pas et n'a pas acquis la propreté.

La croissance du nombre d'élèves est continue. Cette année, l'École de L'Étincelle a atteint le nombre record de 134 élèves, soit 40 % de plus qu'il y a 10 ans et plus du double par rapport à l'ouverture, en 2002.

« Plus il y a d'élèves, plus il y a de crises, constate Geneviève Mérineau, une autre enseignante. C'est un cercle vicieux. »

Les élèves sont contraints d'avoir plus d'élèves autour d'eux. Donc la tension monte. Ils ont moins d'espace pour dépenser de l'énergie et moins d'espace silencieux. Ils sont très, très sensibles au bruit.

Geneviève Mérineau, enseignante à l'École de L'Étincelle

Le gouvernement du Québec autorise et encadre les mesures de contrôle, comme le matériel de contention et les chambres d'isolement. Mais les salles d'apaisement utilisées à l'école de L'Étincelle ne correspondent pas du tout aux normes.

Elles devraient être deux fois plus grandes, ventilées et fenestrées pour voir partout à l'intérieur de la pièce. Elles ne devraient pas non plus contenir des éléments risquant de causer des blessures.

Des tuyaux avec des vis apparentes dans les salles d'apaisement utilisées à l'école de L'Étincelle pour les élèves en crise.Des tuyaux avec des vis apparentes dans les salles d'apaisement utilisées à l'École de L'Étincelle pour les élèves en crise. Ce qui est totalement contraire aux normes de sécurité. Photo : Courtoisie

De nombreux accidents de travail

« Les crises sont plus graves et plus fréquentes, et on n'a pas d'endroit efficace pour les gérer, explique l'enseignante Marie Contant, ce qui fait qu'on doit se mettre en danger pour protéger nos élèves et empêcher qu'ils s’automutilent ou qu'ils blessent d'autres enfants. »

Depuis le début de l'année scolaire, au moins 12 membres du personnel ont été en arrêt de travail à la suite d'une intervention auprès d'élèves. On dénombre surtout des blessures au dos et au cou, mais aussi un pied cassé, une commotion cérébrale et une blessure au poignet.

Ces données, qui n'incluent pas les épuisements professionnels, ont été confirmées par l'Alliance des professeures et professeurs de Montréal (APPM) et l'Association professionnelle du personnel administratif (APPA).

À la fin de mars 2019, en une seule semaine, le personnel a répertorié 150 agressions d'élèves envers le personnel. Et au début de mai, 407 agressions entre élèves en l'espace de cinq jours.

On demande à la CSDM un plafond clair et sécuritaire à la population de notre école

Marie Contant, enseignante à l'École de L'Étincelle.

Malgré le nombre de classes qui est passé de 9 à 27, il n'y a toujours qu'un seul psychologue dans l'établissement.

En décembre 2018, les 104 membres du personnel ont signé une lettre adressée à la CSDM pour lui demander d'établir un plafond de la capacité d'accueil de l'école afin de se réapproprier un local par étage.

Le ministre troublé

Invité à plusieurs reprises à réagir depuis vendredi, le cabinet du ministre de l'Éducation Jean-François Roberge ne nous a répondu qu'après la publication de cet article. « Les faits rapportés sont troublants », écrit l'attaché de presse du ministre, Francis Bouchard.

Manque d’espace ou pas, il est inacceptable de confiner des élèves vulnérables dans des placards. Point à la ligne.

Francis Bouchard, attaché de presse du ministre de l'Éducation Jean-François Roberge.

Selon le cabinet du ministre, c’est la responsabilité de la Commission scolaire d'intervenir. « Malgré le manque d’espace et la vétusté du bâtiment, le ministère de l’Éducation n’a pas reçu à ce jour de demande formelle de la CSDM pour agrandir ou rénover l’école. »

Le ministre Jean-François Roberge a l’intention de contacter la présidente de la CSDM, Catherine Harel-Bourdon, « dans les meilleurs délais ».

La Commission scolaire promet des travaux durant l'été

Frédéric Corbeil, directeur au soutien aux établissements, à la Commission scolaire de Montréal. Frédéric Corbeil, directeur au soutien aux établissements, à la Commission scolaire de Montréal Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

La CSDM promet d'agir en vue de la rentrée de septembre, mais sa marge de manoeuvre est limitée étant donné que le bâtiment est entièrement occupé.

« Je pense qu'on pourrait adapter, faire certaines modifications dans l'école, explique le directeur au soutien aux établissements, Frédéric Corbeil. Ce ne seraient pas des modifications de grande ampleur, mais elles permettraient d'optimiser l'utilisation des locaux, peut-être de dégager des espaces d'apaisement. »

Un comité d'étude a été mis en place avec des représentants de l'établissement et des membres de l'équipe des ressources matérielles de la CSDM. Un ergothérapeute participe aux rencontres.

« On pense qu'il y a peut-être des lieux qui sont mal utilisés », dit M. Corbeil. Il envisage de séparer des salles de classe en deux ou encore d'utiliser des passages où les enfants accrochent leurs manteaux.

La CSDM annonce également qu'il y aura un groupe-classe de moins à la rentrée, ce qui libérera un local. La Commission scolaire maintient également le ratio de cinq élèves par classe et d'une éducatrice spécialisée pour chaque enseignante.

Un défi toujours plus grand alors que le nombre de diagnostics de troubles du spectre de l'autisme (TSA) est en croissance dans la grande région de Montréal.

Avec la collaboration de Marie-Eve Tremblay

Éducation

Société