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Nouvelle étape de franchie pour le projet de loi des maternelles 4 ans

Un enfant lit un livre.

Tous les enfants québécois pourraient bientôt fréquenter la maternelle dès l'âge de 4 ans.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Après la laïcité, place maintenant à la maternelle 4 ans. Un autre projet phare de la CAQ a emprunté la route des commissions parlementaires, lundi, avec l'ouverture des consultations particulières sur le projet de loi qui doit concrétiser la mise sur pied de classes de maternelle accessibles à tous les enfants du Québec dès l'âge de 4 ans.

À l’heure actuelle, seules les écoles où l’indice de défavorisation se situe entre 8 et 10, sur une échelle de 10, peuvent offrir des classes de maternelle 4 ans. Il y en avait près de 400 lors de la dernière rentrée scolaire.

Le projet de loi de la CAQ vise plutôt à permettre à toutes les écoles, publiques ou privées, d’offrir le service dès l'année 2020-2021 « sans égard au milieu économique » dans lequel vivent les enfants.

Il ne sera pas obligatoire d'y inscrire les enfants, de sorte que les parents pourront continuer de les envoyer à la garderie de leur choix ou encore les garder à la maison.

Le projet de loi ne spécifie pas en toutes lettres à quel moment ces classes devront obligatoirement être offertes, mais le gouvernement insiste pour que tous les enfants aient une place dès la rentrée 2023.

La Ville de New York témoigne

Les travaux parlementaires sur le projet de loi 5 se sont donc mis en branle à 14 h, avec le témoignage de la directrice à la petite enfance au conseil d'administration pour le district 9 de la Ville de New York, Carlyn Rahynes.

Cette dernière a été l'hôte du ministre de l'Éducation Jean-François Roberge lors d'une visite dans la métropole américaine au début du mois. À son retour, le ministre avait dit être « convaincu plus que jamais » du bien-fondé de son projet de loi.

Lundi, Mme Rahynes et Rafael Alvarez, du district 7 de la Ville de New York, sont venus dire, en substance, que les maternelles 4 ans ont permis une nette amélioration du système éducatif dans la Grosse Pomme. Notamment, celui-ci coûterait moins cher aujourd'hui que la panoplie de services particuliers offerts autrefois.

Mais les partis d'opposition, à Québec, avaient chacun un bémol à apporter.

« On manque tellement d’appuis au Québec qu’il faut aller en chercher à New York pour qu'ils nous fassent part de leurs pratiques, alors qu’ils n’ont même pas un réseau de CPE », a déclaré Marwah Rizqy, porte-parole du Parti libéral du Québec en matière d’éducation.

Même son de cloche du côté du Parti québécois. « Vous savez qu’à New York, les frais moyens pour un service de garde sont de 10 000 $ par année? On ne parle pas du tout du même système qu’au Québec », a lancé Véronique Hivon, porte-parole du parti en matière d’éducation.

La porte-parole de Québec solidaire en matière d’éducation, Christine Labrie, a souligné que la loi actuelle permettait déjà au ministre de déployer les maternelles 4 ans dans des milieux regroupant jusqu'à 50 % des enfants. « Donc, si son objectif, c’est vraiment d’aider les enfants qui sont en milieu défavorisé, il devrait les prioriser », résume la députée de Sherbrooke.

L'Association québécoise de la garde scolaire, le Conseil québécois des services éducatifs à la petite enfance et la Confédération des syndicats nationaux ont aussi pu s'exprimer lundi.

Les travaux de la commission de la culture et de l’éducation de l'Assemblée nationale se poursuivront jusqu'à jeudi, et reprendront pour une ultime journée le mardi suivant.

Le ministre défend son projet

Jean-François Roberge a profité du début des consultations, lundi matin, pour balayer du revers de la main les principales critiques formulées à l'encontre de son projet de loi.

En entrevue à Radio-Canada, il a assuré qu'il écoutera attentivement les recommandations qui lui seront faites sur ce projet, qui doit à terme coûter de 400 à 700 millions de dollars par année aux contribuables, soit beaucoup plus que ce qui avait été annoncé en campagne électorale. M. Roberge n'a toutefois pas donné signe qu'il est prêt à y apporter d'importantes modifications.

On va écouter ce que tout le monde a à nous dire pour mieux réussir cette implantation. Mais on le fait pour les enfants. On est convaincus que c’est la meilleure chose à faire d’agir tôt et d’investir dans nos enfants.

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation du Québec

Le ministre s’est montré ravi de constater que divers groupes trouvent « urgent de commencer la préscolarisation de nos enfants dès l’âge de 4 ans », ce qu'ils ont exprimé dans une lettre ouverte publiée lundi dans La Presse, au motif que les écoles peuvent offrir plus de services professionnels aux enfants en difficulté.

Au nombre des signataires de la lettre se trouvent les dirigeants de l’Association québécoise du personnel de direction des écoles, de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, de l’Institut des troubles d’apprentissage, de l’Institut du développement de l’enfant et de la famille et de l’Association des orthopédagogues du Québec, et quelques professeurs d’université.

« On dit souvent qu’il y a des gens qui s’y opposent. Mais ce sont souvent des groupes de pression qui ont intérêt à s’y opposer », a commenté M. Roberge à ce sujet, sans nommer directement les syndicats ou des groupes représentant les services de garde. Les partis d'opposition critiquent aussi unanimement le projet de loi 5.

Il y en a qui sont peu nombreux, très bruyants, qui occupent l’espace public. Ça ne veut pas dire qu’ils ont raison.

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation du Québec
Jean-François Roberge, documents en main, est debout à l'Assemblée nationale.

Le ministre de l'Éducation du Québec, Jean-François Roberge, à l'Assemblée nationale

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Ni trop cher ni trop rapide, assure le ministre

Interrogé sur les principales doléances des opposants au projet de loi, Jean-François Roberge s’est appliqué, tant à Gravel le matin qu'à RDI matin, à minimiser plusieurs des arguments qu’ils mettent de l’avant.

Trop cher, le projet de la CAQ? « Il n’y a pas de meilleure place pour placer son argent » qu'en éducation, a rétorqué le ministre.

Trop rapide? « Ce n’est pas vrai […] L’an 1 de cette implantation sur cinq ans commence en septembre prochain. Et on commence assez tranquillement cette année avec 250 classes supplémentaires ». Qui plus est, l'expérience ontarienne a montré qu’il est « tout à fait raisonnable » d’implanter un tel réseau en cinq ans, a-t-il noté.

Trop peu de locaux disponibles? « Au-delà de ces classes qu’on ouvre en septembre, un recensement des locaux disponibles à la grandeur du Québec nous montre qu’il reste 709 classes libres. Des locaux vides dans nos classes primaires qu’on a chauffés pour rien tout l’hiver et qui seraient disponibles sans qu’on ait à investir pour les construire », a affirmé M. Roberge.

Le ministre a toutefois dit être conscient que la pénurie de locaux est plus criante à Montréal. « Il va falloir rénover, construire, agrandir » dans la métropole, a-t-il souligné, en assurant que cela se fera « en respectant le rythme du réseau ».

Je pense qu’on va bien respecter la capacité du système à s’installer. On va le faire dans l’ordre, sans brusquer qui que ce soit.

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation du Québec

Jean-François Roberge a cependant reconnu sans détour que la pénurie d’enseignants, aussi évoquée par les critiques du projet de loi, est un réel problème dans « plusieurs régions ».

Il a dit vouloir y faire face de « plusieurs façons », notamment en favorisant la reconnaissance de diplômes de nouveaux arrivants ou en trouvant un moyen de convaincre des titulaires de baccalauréat, en arts et en sciences notamment, à faire le saut vers l’enseignement.

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