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Des personnes nées en prison exigent des excuses officielles

Photo ancienne montrant une femme et son jeune fils

Robert Burke et sa mère biologique avant son adoption.

Photo : Courtoisie / Robert Burke

CBC

Un homme né à la maison de correction Andrew Mercer, une ancienne prison pour femmes de Toronto, demande des excuses pour les conditions abusives dans lesquelles sa mère et des centaines d'autres femmes ont vécu au fil des ans.

Robert Burke, aujourd’hui âgé de 68 ans, a vu le jour derrière les barreaux de Andrew Mercer, le premier pénitencier pour femmes au Canada. Sa mère, Muriel Joan Walker, y a été emprisonnée pour être tombée enceinte alors qu’elle n’était pas mariée.

Originaire d’Ottawa, Muriel faisait partie des centaines de femmes jugées incorrigibles. Elle a donc été envoyée dans cet établissement pour y apprendre les vertus féminines.

J’ai passé les huit premiers mois de ma vie en prison avec elle, relate M. Burke, qui a obtenu les dossiers de sa mère après un an de bataille juridique. C’était horrible. On torturait et on battait les détenues.

Allégations d’abus

Les autorités ont finalement mené une enquête sur la prison en raison d’allégations d’abus, dont l’administration de drogues expérimentales aux femmes incarcérées. La mère de M. Burke aurait d’ailleurs subi ces abus, croit son fils.

Photo d'Archives montrant un ancien centre de détention. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La maison de correction Andrew Mercer a ouvert ses portes en 1872.

Photo : Courtoisie / Robert Burke

Elle aurait développé une dépendance aux drogues ainsi que des problèmes de santé mentale dans l’année suivant sa mise en liberté, selon M. Burke. Ce dernier a été finalement placé dans une famille d’accueil par le gouvernement provincial.

Elle a énormément souffert à cause des sévices et des expériences qu'elle a vécues. On lui administrait différentes drogues. Elle est sortie de là complètement dépendante, instable mentalement. Elle n’était plus elle-même.

Robert Burke

Une bataille pour la reconnaissance

Robert Burke n’est pas seul dans son combat. Depuis des années, d’anciennes détenues de la maison de correction et leurs enfants se battent pour qu’on reconnaisse officiellement les abus, la torture, le traumatisme ainsi que l’illégalité de leur incarcération.

Il est aussi impératif, selon M. Burke, que les enfants de ces femmes obtiennent un meilleur accès aux documents détaillant l’incarcération de leur mère.

J’aurais pu éviter bien de la douleur [...] si j’avais eu une meilleure compréhension de mes origines, croit-il.

Velma Demerson, décédée la semaine dernière à l’âge de 98 ans, est l’une des rares femmes à avoir reçu des excuses publiques et une compensation de la part des gouvernements provincial et fédéral.

Un homme et une femme âgée assis dehors en été. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Velma Demerson et Robert Burke se sont rencontrés en 2018 pour partager leur expérience de la maison de correction Andrew Mercer.

Photo : Courtoisie / Robert Burke

Elle a été mise sous les verrous à 19 ans parce qu’elle était tombée enceinte sans être mariée en plus d’être amoureuse d’un Chinois. Son enfant, lui aussi né en prison, lui a été retiré à l’âge de trois mois.

Le traumatisme se poursuit

La sénatrice indépendante Kim Pate, qui milite pour le droit des détenus depuis longtemps, demande elle aussi aux deux paliers de gouvernement de s’excuser pour le traitement des femmes emprisonnées à Andrew Mercer.

Elle affirme que les enfants nés dans l’établissement carcéral, qui a fermé ses portes en 1969, souffrent toujours du traumatisme causé par leur séjour.

[Des excuses] auraient une grande importance, fait-elle valoir. J’espère que les enfants trouveront un certain réconfort dans la reconnaissance du mal qui a été commis, et que tout ça n’était pas de leur faute ni de celle de leur mère.

M. Burke a pardonné aux gens qui lui ont fait du mal à lui et à sa mère, mais des excuses officielles allégeraient grandement le fardeau qu’il porte depuis longtemps.

Tu ne peux pas simplement avoir toute cette haine avec toi toute ta vie. C’est une charge trop lourde, philosophe-t-il.

Ottawa-Gatineau

Histoire