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Voie de fait à la mosquée : la victime ne portera pas plainte

La devanture du Centre culturel islamique de Québec.
La devanture du Centre culturel islamique de Québec. Photo: Radio-Canada
David Rémillard

La victime de l'incident au Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) juge que l'histoire a pris « trop d'ampleur » ces dernières 24 heures, suscistant même une réaction du premier ministre. Le chauffeur de taxi, qui n'est pas un fidèle de la mosquée, n'entend pas porter plainte.

L'homme a accepté dimanche, au lendemain de l'incident, de témoigner sous le couvert de l'anonymat. « Ça prend trop d'ampleur cette affaire-là », a-t-il dit d'emblée lors d'un entretien téléphonique.

Selon sa version des faits, il se trouvait à proximité du CCIQ, peu avant midi samedi, lorsqu'il a été témoin d'une prise de bec près de la grande mosquée. Celle-ci était donc déjà en cours à son arrivée.

Étant de confession musulmane mais ne fréquentant pas la mosquée, « je me suis senti interpellé », a-t-il raconté.

Propos racistes

Il est donc allé voir ce qui se passait et a constaté qu'un homme injuriait un fidèle. « Ce monsieur-là a trois femmes », aurait répondu le suspect lorsque le chauffeur de taxi lui a demandé quel était le problème.

« Dès que j'ai eu un premier contact avec lui, j'ai vu qu'il n'était pas vraiment là », a poursuivi la victime, évoquant de possibles « troubles psychologiques ».

Le suspect de 47 ans aurait continué de tenir des propos intolérants par la suite. Il aurait essayé de fouiller dans les poches du chauffeur de taxi en lui demandant son passeport. Un geste profondément raciste, de l'avis de la victime.

Le prévenu aurait ensuite tenté de lui asséner un coup de poing. « Il m'a porté un petit coup de poing à la tête, une petite taloche. » C'est ce geste qui aurait mené à l'arrestation du suspect pour voie de fait.

Toujours selon sa version des faits, la victime affirme que le suspect aurait aussi tenu des propos disgracieux envers trois femmes qui se trouvaient près de la mosquée. « Il n'arrêtait pas de les insulter. C'était pas très clair ce qu'il disait. »

Malgré les propos crus et intolérants, ainsi que le geste allégué de voie de fait contre lui, le chauffeur de taxi n'a pas l'intention de porter plainte. « ll est pardonné. Ça avait l'air d'un monsieur déboussolé. On m'a dit de porter plainte, mais je ne ferai pas ça », a-t-il répété.

Ce récit de la victime n'a pas été corroboré par les autorités.

Quant à l'homme déjà aux prises avec le suspect avant l'arrivée de la victime, il a refusé de témoigner lorsque Radio-Canada l'a appelé dimanche. Ce dernier a porté plainte à la police.

Climat propice?

Si l'intention et les motifs du suspect ne semblent pas évidents selon la victime, il semble cependant clair aux yeux de certains musulmans que les langues se délient de plus en plus depuis le dépôt du projet de loi 21 sur la laïcité de l'État.

Mourad Oualli, un musulman vivant au Québec depuis 20 ans, constate une détérioration du climat social.

« C'est comme si on a ouvert une porte de tolérance aux insultes, de tolérance à la provocation. C'est déplorable », a-t-il témoigné à Radio-Canada. « Les gens n'ont pas peur de dire : « retournez chez vous! ».

Refusant de critiquer le texte de loi comme tel, l'imam Hassan Guillet croit pour sa part que c'est l'atmosphère entourant les débats qu'il faut dénoncer. « Des gens pensent que tout est permis maintenant », se désole-t-il.

Justice et faits divers