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Comment les changements climatiques redéfiniront-ils le lac Saint-Pierre ?

Ce surfeur cerf-voliste est sur un champ inondé par le lac Saint-Pierre.

Ce surfeur cerf-voliste est sur un champ inondé par le lac Saint-Pierre.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Fortier

Camille Carpentier

Le lac Saint-Pierre est un écosystème unique. Peu profond, le lac rétrécit et prend de l'expansion au gré des saisons. Au printemps, ses eaux envahissent des kilomètres de terres agricoles et des secteurs habités. Alors que le niveau des mers augmente et que le climat est de plus en plus imprévisible, qu'arrivera-t-il à cet environnement si sensible aux changements?

Le lac Saint-Pierre est-il appelé à s'assécher ou à déborder? La réponse est plus complexe qu’elle n’y paraît.

Le centre de recherche américain Climate Central, qui modélise les cours d’eau de la planète en fonction de la hausse estimée du niveau des mers, prévoit que les eaux du lac engloutiront les municipalités riveraines d’ici 2100, si la planète se réchauffe de 4 degrés Celsius. Selon ce scénario, une grande partie de Louiseville, Maskinongé et Yamachiche pourrait disparaître sous les eaux.

Une carte montrant les eaux du lacs Saint-Pierre qui envahissent les terres du littoral

Le centre de recherche Climate Central prévoit une hausse importante du niveau des mers en 2100, si la planète se réchauffe de 4 degrés Celsius.

Photo : Climate Central

Environnement Canada n’a pas encore réalisé une modélisation spécifique au lac Saint-Pierre selon ces conditions. Mais aux yeux de plusieurs scientifiques contactés par Radio-Canada, le scénario du centre de recherche américain est trop simpliste.

Le directeur général d’Ouranos, Alain Bourque, croit plutôt que le débit du lac pourrait connaître des variations saisonnières plus fortes qu’à l’heure actuelle. Les tendances démontrent que les crues printanières pourraient être plus importantes et survenir plus tôt dans l’année. Par ailleurs, les étés et les automnes seront de plus en plus chauds. Cela pourrait provoquer l’assèchement saisonnier du lac au point d’en faire une rivière, croit le chercheur.

C’est peut-être un peu extrême comme descriptif, mais ça illustre l’impact sur les écosystèmes et la biodiversité qui dépendent souvent de ces lacs peu profonds, précise-t-il.

Les changements climatiques risquent de modifier les lacs et les rivières. Et le lac Saint-Pierre est un environnement particulièrement vulnérable, croit Alain Bourque.

Le lac Saint-Pierre en mai.

Le lac Saint-Pierre en mai.

Photo : Radio-Canada

Des impacts déjà perceptibles

Les municipalités riveraines ressentent déjà les effets de ces fluctuations. À Louiseville et à Yamachiche, le printemps 2019 a provoqué des inondations encore jamais vues. De l’avis du maire de Louiseville, Yvon Deshaies, les crues répétées pousseront plusieurs citoyens qui ont élu domicile sur les rives du lac et de la rivière du Loup à partir.

Dans 25 ans, il y a des gens qui ne voudront plus vivre ici. Ça va être dur à vivre, prévoit-il.

Dans le passé on avait de l'eau, mais pas comme ça.

Yvon Deshaies, maire de Louiseville

À l’inverse, l’élu remarque que durant l’été, le niveau de la rivière du Loup, qui se jette dans le lac Saint-Pierre, est de plus en plus bas. Si bien, qu’il arrive parfois que les embarcations aient du mal à naviguer.

À Yamachiche, le maire Paul Carbonneau s’inquiète de l’impact qu’auront les changements climatiques sur l’écosystème unique du lac Saint-Pierre et de son littoral.

Ça va affecter beaucoup de choses ici. Comme les espèces fauniques, la flore. Tout ça, ça va être affecté, prévient-il.

Depuis les crues de 2017, la Corporation des pilotes du Saint-Laurent doit aussi revoir ses façons de faire. Elle espère pouvoir s’adapter aux fluctuations des niveaux d’eau en formant davantage ses pilotes.

Lorsque les niveaux d'eau sont plus élevés, il y a certains repères visuels qu'on utilise pour la navigation qui peuvent être altérés ou disparaître sous l'eau, alors ça augmente le niveau de complexité, note le président de la Corporation, Alain Arseneault.

La difficile tâche de prédire l’avenir

Même si des tendances climatiques sont déjà perceptibles, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour connaître avec certitude ce que réserve l’avenir au lac Saint-Pierre et au fleuve Saint-Laurent.

Le chef de la Section hydrologie et écohydraulique du Service météorologique d’Environnement et Changement Climatique Canada, Jean Morin, explique que la tendance actuelle démontre une baisse du débit des Grands Lacs, et une hausse du niveau des océans.

Toutefois, pour savoir quels impacts auront les changements climatiques sur le lac Saint-Pierre et le fleuve Saint-Laurent, il faudrait aussi que l’on sache si cette tendance est la même pour la rivière des Outaouais, chaînon manquant de cette succession de plans d’eau. Il faudrait aussi ajouter à l’équation l'isostasie locale, soit le rehaussement de la croûte terrestre qui se remet lentement du passage de glaciers, il y a des milliers d’années. En plus de tout ça, il faut prendre en considération les barrages hydrauliques, gérés par les humains. Or, ce travail n’a pas du tout été fait jusqu’à présent, note Jean Morin.

Auparavant, on avait une bonne documentation de ce qui pouvait se produire en regardant le passé, parce que le passé était une bonne façon de gérer les risques. On ne peut plus compter autant sur les données passées pour planifier l’avenir, renchérit Alain Bourque. Il faut se préparer aux surprises autant vers le bas que vers le haut.

Mauricie et Centre du Québec

Changements climatiques