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Place aux voix autochtones au 43e Salon du livre de l'Abitibi-Témiscamingue

Une auteure dédicace une revue littéraire au Salon du livre de l'Abitibi-Témiscamingue.

Virginia Pésémapéo-Bordeleau dédicace un exemplaire de la revue littéraire Lettres boréales. Les étudiants en arts, lettres et communication ont consacré le huitième numéro de cette revue à l'artiste multidisciplinaire d'origine crie.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Émilie Parent Bouchard

Le 43e Salon du livre de l'Abitibi-Témiscamingue bat son plein toute la fin de semaine à Amos : quelque 40 auteurs et plus d'une soixantaine de maisons d'édition du Québec se sont donné rendez-vous au Complexe sportif d'Amos. En cette année internationale des langues autochtones proclamée par l'UNESCO, la programmation fait une place importante aux voix des premières nations.

« Tuer les mères, afin de tuer l'enfant à venir. Entends-tu, Sindy le silence de tikinagan? »

L'auteur métis Virginia Pésémapéo-Bordeleau lit des extraits de son recueil de poésie « En marche pour Sindy », en hommage à cette femme de Pikogan, Sindy Ruperthouse, disparue depuis 2014. Devant elle, une vingtaine de curieux assistent à la scène, ébranlés par la dureté de ce drame encore non résolu qui se déroule à quelques kilomètres de chez eux.

Du local à l'universel

C'est à partir des arts visuels, à partir du land art que j'avais fait à Val-d'Or, le lieu où Sindy est disparue, des jardins avec son nom partout dans Val-d'Or, on a fait des marches publiques avec la famille, on portait des robes rouges nous les femmes, c'est comme ça qu'est né le recueil, explique Virginia Pésémapéo-Bordeleau, d'abord artiste en arts visuels, qui précise du même souffle que tous les droits d'auteur qu'elle touche pour ce recueil sont versés à la famille.

C'est un sujet qui touche les gens, la disparition des femmes, l'assassinat des femmes autochtones. Et ce n'est pas juste au Canada. Il faut que ça arrête, il faut en parler, il faut dénoncer.

Virginia Pésémapéo-Bordeleau
L'artiste multidisciplinaire Virignia Pésémapéo-Bordeleau lit un poème à l'occasion d'une marche en l'honneur de Sindy Ruperthouse, disparue de Pikogan depuis avril 2014.

L'artiste multidisciplinaire Virignia Pésémapéo-Bordeleau lit un poème à l'occasion d'une marche en l'honneur de Sindy Ruperthouse, disparue de Pikogan depuis avril 2014.

Photo : Radio-Canada / Émélie Rivard-Boudreau

Passer le bâton de parole à la relève

Commission d'enquête sur les femmes disparues ou assassinées, commission Viens sur les relations entre les autochtones et certains services publics, année internationale des langues autochtones : le contexte social était tout indiqué pour que les étudiants en arts, lettres et communications du Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue se penchent cette année sur l'oeuvre de Virginia Pésémapéo-Bordeleau. Ils lui ont consacré le dernier numéro de la revue Lettres boréales, lancée officiellement lors du Salon.

Le titre de la revue, c'est réconciliation en cri [mîn a oto'tâmimitonânôch], donc on a parlé de ça, fait valoir l'enseignante Stéphanie Hébert, qui avoue elle-même s'être laissée prendre au jeu. Il y a une parole autochtone qui émerge, une littérature, une culture qu'on voit de plus en plus. Et on dirait qu'il y avait vraiment une cohérence, une espèce de coïncidence qui faisait que c'était le moment de traiter de son oeuvre, poursuit-elle, précisant que les thèmes de la dualité entre la vie et la mort, le territoire, et le métissage, qui sont chers à l'auteure, ont aussi séduit les étudiants.

L'enseignante en littérature, Stéphanie Hébert, et des étudiants du Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue dans leur kiosque au 43e Salon du livre de l'Abitibi-Témiscamingue.

L'enseignante en littérature, Stéphanie Hébert, et des étudiants du Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue dans leur kiosque au 43e Salon du livre de l'Abitibi-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Elle a un univers extrêmement riche, confirme Jérôme Barrière, futur étudiant universitaire en scénarisation et création littéraire qui s'est penché sur la spiritualité qui transpire de l'oeuvre de Pésémapéo-Bordeleau. Pour les personnes comme moi qui n'avaient pas beaucoup de connaissances sur les premières nations, ça a permis d'élargir ma vision de la manière dont ils vivent les choses. La littérature en général sert beaucoup à faire des liens. La revue a servi à créer beaucoup de ponts entre les étudiants et un monde qui est assez éloigné de nous, continue le jeune Amossois.

Réhabiliter l'Histoire

Je pense que mon écriture est internationale, ça touche tout le monde, pas seulement les gens de la région, renchérit la principale intéressée, de plus en plus invitée dans les rendez-vous internationaux pour son oeuvre littéraire. C'est important que l'ensemble de la population du Québec nous entende et nous connaisse. Ça a été difficile pour nous de trouver des maisons d'édition parce qu'on ne nous prenait pas au sérieux. Mais il faut donner la chance à toutes les voix de se faire entendre.

Comme Virginia Pésémapéo-Bordeleau, Natasha Kanapé-Fontaine, Naomi Fontaine, Joséphine Bacon et plusieurs autres voix autochtones ont trouvé cette écoute chez Mémoire d'encrier. Dans le contexte où la question autochtone occupe beaucoup d'espace médiatique, la responsable des communications, Anne Kichenapanaïdou, parle même de l'avant-gardisme de sa maison d'édition.

Ce n'est pas la mode, c'est une façon de réhabiliter l'histoire, plaide Mme Kichenapanaïdou, qui salue l'ouverture du directeur de publication Rodney Saint-Éloi, qui selon elle « porte les voix de la diversité » en publiant des auteurs haïtiens et noirs, arabes, mais aussi autochtones. Ces auteurs ont toujours existé, mais on en les a pas mis en valeur. Donc, je dirais que l'actualité a rattrapé la littérature et non le contraire.

Deux femmes dans le kiosque de la maison d'édition de Mémoire d'encrier au 43e Salon du livre de l'Abitibi-Témiscamingue.

La responsable des communications de Mémoire d'encrier, Anne Kichenapanaïdou, conseille la directrice générale du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or, Édith Cloutier.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Une porte d'entrée pour le rapprochement et la protection des langues

Nos auteurs sont un peu dispersés. [...] Notre idée, c'est d'avoir des tentacules à travers le Québec, d'écrivains. C'est tout à fait logique qu'on soit au Salon pour Virginia, pour encourager ses livres, poursuit Mme Kichenapanaïdou, précisant que la maison d'édition accorde aussi une importance à publier des oeuvres en langues originales ou en version bilingue, par souci de maintien des langues autochtones.

Au kiosque de Mémoire d'encrier, la directrice générale du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or fait des emplettes pour garnir sa bibliothèque. Édith Cloutier voit dans l'émergence des voix littéraires autochtones un facteur de rapprochement entre les peuples, qui va au-delà des sentiers déjà tracés.

Les gens dans un salon comme ça ont vraiment l'opportunité de découvrir un autre aspect de la culture des premiers peuples parce qu'on a souvent accès aux pow-wow, à l'artisanat, l'art. Mais par la littérature, on vient vraiment trouver une nouvelle dimension, estime-t-elle, précisant qu'il s'agit aussi d'une opportunité de protéger les langues autochtones qui risquent l'extinction.

D'abord les autochtones eux-mêmes s'affirment, occupent la place. On est devant maintenant [dans une dynamique] par et pour les autochtones. Donc, c'est une opportunité d'ouvrir plus largement le dialogue.

Édith Cloutier, directrice générale du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or
Une foule lors du 43e Salon du livre de l'Abitibi-Témiscamingue.

Le 43e Salon du livre de l'Abitibi-Témiscamingue se déroule à Amos.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

D'ailleurs, l'histoire de Sindy Ruperthouse continuera de faire s'élever les voix littéraires. Le comédien, metteur en scène et dramaturge Alexandre Castonguay est en train d'adapter les recueils Ils ont couru l’Amérique et Elles ont fait l’Amérique de Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque. Dans sa démarche, l'auteur de Rouyn-Noranda s'est promené de Vancouver à Caraquet, en passant par Winnipeg et Sudbury pour imaginer la pièce Courir l'Amérique. Dans le cadre de ce laboratoire théâtral dont on devrait voir le résultat en 2019-2020, il s'est aussi entretenu avec Virginia Pésémapéo-Bordeleau... et avec la famille de Sindy Ruperthouse.

Le 43e Salon du livre de l’Abitibi-Témiscamingue a attiré plus de 10 000 personnes selon l’organisation.

Abitibi–Témiscamingue

Autochtones