•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Trois Français ayant combattu pour l'État islamique condamnés à mort en Irak

Le drapeau noir du groupe armé État islamique
Les trois Français ont rejoints les rangs du groupe armé État islamique en Syrie. Photo: Reuters
Agence France-Presse

Trois Français ont été condamnés à mort dimanche en Irak pour appartenance au groupe armé État islamique, un verdict inédit pour des ressortissants de ce pays, selon une source judiciaire.

Il s'agit de Kévin Gonot, Léonard Lopez et Salim Machou, arrêtés en Syrie par une alliance arabo-kurde anti-EI avant d'être transférés en Irak avec neuf autres Français en février, a indiqué à l'AFP un magistrat du tribunal de Bagdad qui les a jugés.

Ils ont 30 jours pour faire appel, selon la loi irakienne, qui prévoit jusqu'à la peine de mort pour quiconque a rejoint une organisation « terroriste », qu'il ait combattu ou non.

Trois Français ont déjà été reconnus coupables d'avoir rejoint l'EI en Irak : Mélina Boughedir, 27 ans, Djamila Boutoutaou, 28 ans, et Lahcène Gueboudj, 58 ans. Tous ont été condamnés à la prison à perpétuité, équivalente à 20 ans de détention en Irak.

Une femme portant un voile sur la tête est debout à l'intérieur d'une cage en bois dans une salle d'audience d'un tribunal irakien à Bagdad.La Française Djamila Boutoutaou lors de son procès en avril 2018 Photo : Getty Images / Ammar Karim

Conditions en Irak dénoncées

Les verdicts de dimanche pourraient relancer le débat sur l'épineuse question du retour des djihadistes dans leurs pays respectifs, qui suscite un vif rejet dans l'opinion publique en Europe.

Léonard Lopez, un parisien de 32 ans converti à l'islam, a répondu aux questions du juge en arabe, après quatre mois d'interrogatoire, sur la base desquels la cour a rendu son jugement.

Contacté par l'AFP à Paris, son avocat français Nabil Boudi a annoncé interjeter appel avec son confrère irakien, dénonçant une « justice expéditive ».

« On condamne à la peine capitale un ressortissant français uniquement sur la base d'interrogatoires dans des geôles à Bagdad », a-t-il dit.

Le ministère des Affaires étrangères nous avait pourtant garanti que les Français auraient droit à un procès équitable même en Irak.

Nabil Boudi, avocat

Des défenseurs des droits de l'homme dénoncent « de vrais risques de torture » et « aucune garantie pour des procès équitables » en Irak, le 12e pays le plus corrompu au monde selon une liste de l'ONG Transparency International.

Léonard Lopez a fait partie au début des années 2000 des internautes les plus actifs sur le site djihadiste francophone de référence d'alors, Ansar Al-Haqq.

En juillet 2015, sous contrôle judiciaire, il est parti avec sa femme et leurs deux enfants à Mossoul, en Irak, puis en Syrie, selon les enquêteurs français.

Surnommé au sein de l'EI Abou Ibrahim al-Andaloussi, il a été condamné en son absence en 2018 en France à cinq ans de prison dans le dossier Ansar al-Haqq. Il est surtout connu des services de renseignement pour avoir cofondé l'association Sanabil, dissoute fin 2016 car elle contribuait sous couvert d'aide à radicaliser des détenus.

Liens avec d'autres djihadistes français connus

Kévin Gonot, 32 ans, né à Figeac, dans le sud-ouest de la France, a dit au juge « regretter » d'avoir rejoint l'EI.

Il a été arrêté en Syrie avec son demi-frère Thomas Collange, 31 ans, sa mère et son épouse, une nièce des frères Fabien et Jean-Michel Clain qui ont revendiqué les attentats de novembre 2015 à Paris avant d'être tués en Syrie.

Kévin Gonot affirme que son père, qui avait également rejoint l'EI selon ses « aveux » publiés par la justice irakienne, a été tué à Raqqa, en Syrie.

Entré illégalement en Syrie par la Turquie, selon ses dires, il a d'abord rejoint le Front al-Nosra [ex-branche d'Al-Qaïda en Syrie] avant de prêter allégeance au « calife » autoproclamé de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi.

Se faisant appeler Abou Sofiane au sein de l'EI, il a indiqué avoir été blessé au ventre lors de la bataille de Kobané, en Syrie, en 2015.

Il a assuré au juge avoir ensuite été transféré à Mossoul, « capitale » de l'EI en Irak de 2014 à 2017, pour y être hospitalisé et non pour combattre.

En France, il a déjà été condamné en son absence à neuf ans de prison, selon le Centre d'analyse du terrorisme (CAT).

État islamique, le règne de la terreur

Le troisième homme, Salim Machou, 41 ans, a appartenu à la brigade Tariq ibn Ziyad, une cellule d'Européens de l'EI que les autorités américaines décrivent comme un « vivier d'auteurs d'attaques », qui a compté jusqu'à « 300 membres ».

Salim Machou a, selon le CAT, hébergé à Raqqa Jonathan Geffroy, un Français capturé en Syrie et remis à la justice française qui a fait de nombreuses révélations, notamment sur les frères Clain.

Neuf autres Français doivent encore être jugés en Irak : Fodil Tahar Aouidat, Mustapha Merzoughi, Yassine Sakkam, Karam El Harchaoui, Vianney Ouraghi, Brahim Nejara, Bilel Kabaoui, Mohammed Berriri et Mourad Delhomme.

Dimanche, un autre tribunal de Bagdad a condamné à 15 ans de prison une Suédoise accusée d'appartenance à l'EI, selon une source judiciaire.

Récemment, Bagdad, qui a déjà condamné plus de 500 étrangers de l'EI – hommes et femmes dont aucun d'entre eux n'a jusqu'ici été exécuté –, s'est proposé de juger également le millier d'autres aux mains des Kurdes en Syrie contre deux milliards de dollars.

Moyen-Orient

International