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Everest : « Jamais je n’irais au sommet dans ces conditions-là », dit Bernard Voyer

Des alpinistes sur le mont Everest.

Des alpinistes approchent du sommet du mont Everest. Les conditions météo et le grand nombre de permis rendent périlleuse l'ascension de la montagne. (Archive)

Photo : AFP / Pemba Dorje Sherpa

Vincent Champagne

Quand il voit la longue file d'alpinistes en train de monter à la queue leu leu le dernier tronçon menant au sommet de l'Everest, l'aventurier Bernard Voyer, qui a conquis le « toit du monde » il y a 20 ans tout juste, se rappelle qu'ils étaient neuf cette journée-là sur la montagne. Pas une centaine.

« Jamais je n’irais au sommet dans ces conditions-là », lâche-t-il. Trop de monde. Se trouver dans la « zone de la mort », à plus de 7600 m d’altitude, est déjà suffisamment difficile.

S’il faut en plus gérer un embouteillage d’alpinistes qui, tous, souhaitent réaliser leur rêve, le danger se multiplie. « Quand il y a beaucoup de monde, le temps de montée est trop long », dit Bernard Voyer.

L’encombrement sur l’Everest est en partie responsable des dix décès survenus cette semaine sur la plus haute montagne de la planète, portant à 18 le nombre de victimes depuis le début de la saison, selon des organisateurs d’expédition.

Mercredi, plus de 200 alpinistes ont profité d’une fenêtre météo propice à l’ascension pour se lancer à l’assaut du sommet de 8848 m, obligeant les grimpeurs à attendre plusieurs heures avant d’y parvenir.

Deux Indiens, un Autrichien et un Népalais ont succombé en moins de 48 heures, lors de la montée ou de la descente. Un Américain a perdu connaissance au sommet. Il n’est jamais revenu à lui.

« La fameuse photo, où on voit cette lignée de gens, c’est environ 100 mètres sous le sommet, explique Bernard Voyer. Les alpinistes peuvent en voir d’autres au sommet qui sont en train de célébrer. Mais faire 100 m, ça prend une heure. » En temps « normal ».

Le chemin d’accès est si étroit que deux personnes ne peuvent s’y croiser, explique l’alpiniste Mario Dutil, qui a lui aussi atteint le sommet de l’Everest, en 2004.

« L’arête finale qui mène au sommet est très pointue, précise-t-il. C’est environ 50 cm de large. C’est comme un one way, on ne peut y aller que dans un sens. »

Lorsque les premiers alpinistes ont atteint le sommet, d’autres sont arrivés derrière et ont commencé à faire la file. Ceux qui étaient en haut ont été piégés. Ils ne pouvaient pas descendre, parce que le chemin était obstrué par ceux qui voulaient monter.

Mario Dutil, alpiniste
Une longue file d'alpinistes s'étire près du sommet de l'Everest.

On aperçoit sur cette photo de Nirmal Purja les dizaines d'alpinistes qui ont dû attendre pendant de nombreuses heures avant d'atteindre le sommet de l'Everest en raison de l'achalandage intense sur la piste.

Photo : Radio-Canada / @nimsdai/Project Possible

Trop peu d’oxygène

« Ils sont morts comment? demande Bernard Voyer. Ils sont morts d’épuisement. »

« Il n’y a pas assez d’oxygène à cette altitude-là pour survivre, ajoute-t-il. Le corps humain n’a pas la capacité de s’adapter. »

Mario Dutil lance une image forte pour expliquer ce que représente la raréfaction de l’oxygène à 8850 m d’altitude. « Mettez-vous un sac de poubelle sur la tête, un élastique autour du cou, une paille dans la bouche, et courez 10 km de jogging. Ça ressemble à ça. Il n’y a pas d’air. »

La distance entre le dernier camp et le sommet est d’environ 850 m, explique Mario Dutil, soit une cinquantaine de mètres à peine de plus que le mont Sainte-Anne, à Québec. « Lorsque je m’entraînais au mont Sainte-Anne, je le faisais en 40 minutes, mais lorsque je l’ai fait sur l’Everest, ça m’a pris 12 heures », raconte-t-il, pour illustrer l’effet de l’altitude sur le corps.

« Si la personne est piégée à 8850 m, sa qualité de vie diminue très rapidement. La personne devient apathique, elle veut s’asseoir, elle veut dormir, elle veut se laisser mourir là », dit M. Dutil.

À chaque respiration qu’on fait, on meurt doucement.

Mario Dutil, alpiniste

Trop de permis

Entrevue avec l'alpiniste Bernard Voyer dans les studios de Radio-Canada à Montréal.

L'aventurier Bernard Voyer a conquis l'Everest lors de sa deuxième tentative, en 1999.

Photo : Radio-Canada

Il n’y a que deux périodes dans l’année où l’ascension de l’Everest est possible, indiquent les deux alpinistes, soit quelques semaines au printemps et à l’automne.

Et au cours de ces périodes, les conditions météo ne sont pas toujours idéales. Lorsque les conditions s’annoncent favorables, il faut y aller, sans quoi il est possible que l’on doive passer son tour.

Étant donné les coûts de ces expéditions et l’entraînement qu’elles exigent, il est clair que la plupart des alpinistes ne veulent pas rater leur chance. Mais « aujourd’hui, les gens y vont en trop grand nombre », estime Bernard Voyer. Le Népal a accordé, cette saison, le nombre record de 381 permis, au coût unitaire de 11 000 $.

Le grand nombre de permis et les très courtes fenêtres météo causent donc « une congestion funeste », indique Mario Dutil.

Avec les informations de Agence France-Presse, et The New York Times

Alpinisme et escalade

Société