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Le conseil innu de Matimekush s'alarme des rejets de Tata Steel

Certaines des installations de la minière Tata Steel près de Schefferville. Le minerai de fer qui y est extrait est transporté par train jusqu'à Sept-Îles où il est ensuite chargé sur des bateaux minéraliers.

Photo : Benoit Desjardins

Djavan Habel-Thurton

Le conseil innu de Matimekush-Lac John, communauté voisine de Schefferville, reproche sévèrement à la minière Tata Steel de manquer à ses engagements environnementaux. Moins d'un an après l'adoption d'une entente sur ces questions entre la communauté de Matimekush et la minière, le conseil de bande affirme que les pratiques de la compagnie n'ont pas changé.

C’est principalement la gestion de l’eau rouge qui se déverse dans la nature qui l'inquiète. Lors de la fonte des neiges, ce déversement serait accru.

C’est une des choses qui a vraiment fait mal à la nature, aux ruisseaux de chez nous.

Tshani Ambroise, chef de la Nation innue de Matimekush-Lac John

Aux dires de Tshani Ambroise, chef de la Nation innue de Matimekush-Lac John (NIMLJ), cette eau rouge coule dans des cours d’eau où vivent et se reproduisent des poissons et des castors que consomment les membres de sa communauté.

Tshani Ambroise est le chef de la communauté innue de Matimekush-Lac John.

Tshani Ambroise est le chef de la communauté innue de Matimekush-Lac John.

Photo : Radio-Canada / Facebook/Aniesh Kahentenhawii

Il y a à peu près neuf ruisseaux le long du chemin et, chaque été, ce sont des eaux rouges qui s’accumulent. Il y a des frayères de poissons dans chaque ruisseau, des frayères de touladi, explique le chef.

De son côté, Catherine De Granpré, porte-parole de Tata Steel Minerals Canada Limited (TSMC) assure que l’eau rouge qui se déverse de la mine ne représente absolument pas un risque pour la population humaine, la faune et la flore environnante.

Pour elle, la couleur de cette eau, causée par la présence de particules de fer, n’est pas aussi alarmante que le suggère Tshani Ambroise.

C’est un site minier, on s’entend, ce n’est pas un magasin de bonbons.

Catherine De Granpré, porte-parole de Tata Steel Minerals Canada Limited

À l’heure actuelle, on respecte tous nos permis, explique-t-elle.

Mme De Granpré n’a toutefois pas voulu donner de détails sur les infrastructures et les procédés mis en place par la minière pour s’assurer de la qualité des eaux rejetées ou des eaux de ruissellement.

La porte-parole garantit toutefois que des vérifications sont faites régulièrement et que les normes environnementales sont respectées.

Tout ce dont vous me parlez [par rapport aux eaux rouges], sont des points qui sont exactement dans les normes.

Catherine De Granpré, la porte-parole de Tata Steel Minerals Canada

Tata Steel Minerals Canada Limited (TSMC), appartient principalement au géant sidérurgique indien Tata Steel (78 %). Le reste des parts de la minière appartient au gouvernement du Québec, avec Ressource Québec (18 %), et à la compagnie New Millennium (4 %).

Les inquiétudes environnementales du conseil de bande de Matimekush-Lac John ne datent pas d’hier. À la fin juillet 2018, des Innus avaient bloqué l’accès à la mine, forçant la suspension de ses activités pour environ une semaine.

En plus de demandes de nature économique, les manifestants revendiquaient un meilleur contrôle environnemental de la part de la société minière, dont les installations sont situées à la frontière du Québec et du Labrador.

Dans la foulée de ces négociations, le biologiste Michel La Haye avait été embauché comme agent en environnement de la NIMLJ.

Aujourd’hui, il est des plus critiques face à la gestion environnementale de la minière.

Sur cinq ou six minières [que j’ai visitées], c’est celle avec la moins bonne gestion environnementale et la moins bonne volonté de coopération avec les premières nations aussi, évalue le biologiste.

Il y a aucun traitement d’eau actuellement, l’eau est décantée dans des bassins et relâchée en pleine nature, c’est inacceptable, conclut-il.

Alors que Tata Steel se veut rassurante, Michel La Haye, lui, avance que la qualité de l’eau qui se déverse dans le milieu naturel est inconnue.

Si on parle de toxicité, on ne le sait pas, on ne connaît pas la nature de cette eau-là, à quel niveau elle peut être toxique, parce qu’elle n’est pas caractérisée et analysée, dit-il.

Un fait que dément Catherine De Granpré, porte-parole de la minière.

Il faut qu’on monitore [sic] tout ça. […] C’est inclus dans ce qu’on dépose chaque mois aux différents gouvernements. Ce sont des choses qu’on suit en continu, explique-t-elle.

Visite d’Environnement Canada

Le biologiste a aussi formulé plusieurs plaintes au Centre national des urgences environnementales (CNUE) d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC).

ECCC explique qu’un de ses agents d’application de la loi se rendra prochainement sur le site de Tata Steel afin de vérifier la conformité de la minière avec lois en vigueur.

Cette visite était prévue depuis plusieurs mois et a été organisée pour coïncider avec la fonte des neiges pour permettre une meilleure inspection du site minier, explique ECCC par courriel.

Durant la visite, des échantillons seront recueillis et les procédés de gestion des eaux résiduelles de la mine seront analysés.

Une rencontre est également prévue entre le représentant d’ECCC et ceux de la communauté innue afin notamment d’entendre les préoccupations des citoyens.

Avec les informations de Nicolas Lachapelle et Laurence Royer

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