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L'Alberta évalue le rejet d'eau des sables bitumineux dans la nature

Vue aérienne de bassins de décantation près de Fort McMurray, dans l'Alberta du Nord.
Vue aérienne de bassins de décantation près de Fort McMurray, dans le Nord de l'Alberta. (archives) Photo: La Presse canadienne / Jeff McIntosh
Radio-Canada

L'Alberta lancera cet été un projet pilote, conjointement avec l'entreprise Syncrude, pour relâcher de l'eau venant des bassins de décantation des sables bitumineux dans la rivière Athabasca.

Le projet testera un nouveau procédé élaboré par Syncrude pour traiter l’eau contaminée. « La technologie mise au point par Syncrude utilise du charbon actif qui est mélangé à l’eau venant des sables bitumineux. Le mélange passe dans une série de filtres avant de pouvoir être renvoyé dans l'environnement », explique Fred Wrona, le scientifique en chef du ministère de l’Environnement et des Parcs de l’Alberta.

Une mer de boue noire.L'absence de palliatifs dans les bassins de décantation fait réagir certains groupes environnementaux et des communautés autochtones. Photo : Reuters / Todd Korol

Le projet pilote durera deux ans. Durant cette période, la toxicité de l’eau qui se trouve dans les bassins sera évaluée, et le système de traitement sera testé. « Il n’y aura pas de décharge d’eau dans la rivière pendant cette période. Nous allons tester l’eau qui est traitée et la remettre dans les bassins de décantation. Nous allons commencer cette phase cet été ou à l’automne, et normalement, le tout durera deux ans, et comprendra les tests et l’analyse des résultats », précise le scientifique.

1 billion de litres d'eaux usées

L’eau tirée de la rivière Athabasca est utilisée par l’industrie pétrolière, notamment pour séparer le bitume du sable et de l’argile ou pour produire de la vapeur pour chauffer les réservoirs. Une fois utilisée, l’eau est contaminée par des métaux lourds et d’autres produits toxiques. Comme elle ne peut pas être remise dans la nature, elle est stockée dans d’immenses bassins de décantation, qui ne sont pas toujours parfaitement étanches.

En ce moment, nous accumulons de l’eau toxique, ce qui est en soi problématique. Les animaux ou les communautés ne peuvent pas utiliser les terres où se trouvent les bassins. Nous devons trouver des solutions pour remettre ces terres en bon état.

Fred Wrona, scientifique en chef du ministère de l’Environnement et des Parcs de l’Alberta

Nina Lothian, directrice de la recherche sur les énergies fossiles à l’Institut Pembina, précise que plus de 1 billion de litres d’eau sont accumulés actuellement dans les bassins, en attendant d’être traités.

« C’est un énorme problème et une responsabilité pour l’industrie. Il va falloir s’assurer que tout est fait de manière scientifique et rigoureuse et en accord avec les communautés qui vivent dans la région, mais j’ai bon espoir qu’on pourra trouver des moyens de s’occuper de cela », dit Nina Lothian.

Pour sa part, Dale Marshall, du groupe Environmental Defense, dit qu'il n'est pas convaincu que le procédé enlèvera toutes les toxines de l'eau.

« Dans les produits chimiques, il y a des cancérogènes ou de présumés cancérogènes. J'ai de la difficulté à croire qu'on va être capable de les éliminer, mais si c'est possible, alors ce sera génial », dit-il.

Il est inquiet de l'effet potentiel du projet sur l’écosystème de la région : « Cela ressemble au vieil adage des années 1970, quand on disait que la solution à la pollution est de la diluer, en laissant des produits chimiques s'écouler lentement dans la rivière. »

Un bassin de décantation.Un bassin de décantation de Shell, dans son usine près de Fort McMurray, en Alberta. Photo : Reuters / Todd Korol

Le gouvernement précise que le système de réglementation de l’Alberta autorise actuellement le rejet d’eau traitée venant d’industries et de municipalités, mais ne permet pas le rejet d’eau traitée provenant des sables bitumineux et qu’il faudrait ajuster le cadre législatif pour permettre ce type de rejet.

« Notre gouvernement a comme priorité de protéger l’eau et les Albertains. Je ne veux pas de rejet d’eau toxique dans l'environnement. Dans le cadre du projet pilote, la question est de savoir si l’eau restera encore toxique et je ne connais pas encore la réponse à cette question », a précisé le ministre de l'Environnement, Jason Nixon.

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