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analyse

Le conflit Pékin-Washington va-t-il plonger l'économie mondiale en récession?

Donald Trump gesticule avec sa main droite alors qu'il parle derrière un lutrin dans une pièce de la Maison-Blanche.

La politique protectionniste de Donald Trump maintient l’incertitude et pousse des entreprises à reporter des investissements à plus tard, souligne Gérald Fillion.

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Gérald Fillion

C'est un véritable cri du coeur qui a été lancé par le FMI cette semaine à l'endroit des deux plus grandes puissances économiques du monde, les États-Unis et la Chine, qui se livrent ce qui ressemble de plus en plus à une guerre commerciale. La croissance mondiale est en jeu, puisque 40 % de l'activité économique sur la planète dépend de ces deux pays. D'autant que, depuis trois ans, 60 % de la hausse du PIB mondial relève de l'activité aux États-Unis et en Chine.

« La nouvelle escalade pourrait sérieusement détériorer le climat d’affaires et la confiance des marchés financiers, perturber les chaînes de production et compromettre la reprise de la croissance mondiale prévue en 2019 », selon l’économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI), Gita Gopinath.

Cette escalade est arrivée rapidement. Alors que le président des États-Unis envoyait des signaux positifs sur la conclusion prochaine d’une entente commerciale, d’un coup sec, la relation s’est brouillée. Les Américains ont accusé les Chinois de revenir sur certains de leurs engagements. Pékin a rétorqué que les États-Unis menaçaient la souveraineté de la Chine.

Depuis, le ton monte et les deux parties ont cessé de négocier. Jeudi, le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, s’en est pris violemment au géant des télécommunications Huawei en déclarant que son PDG mentait à la face du monde entier en affirmant que son entreprise ne travaille pas pour le gouvernement chinois et ne se livre pas à des activités d’espionnage.

« Nous avons besoin d'un seul système permettant d'échanger de l'information, a dit Mike Pompeo. Mais ce système doit avoir les valeurs de l'Occident : règle de droit, protection de la propriété intellectuelle, transparence, ouverture, etc. Ce ne peut pas être un système basé sur les principes d'un régime communiste autoritaire. »

Le président Trump a déclaré que Huawei était une entreprise dangereuse. Pékin a répliqué en affirmant que les États-Unis propageaient des informations inventées. « Ces derniers temps, a déclaré Lu Kang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, certains responsables politiques américains ont continuellement inventé des rumeurs sur Huawei, mais n'ont jamais produit les éléments de preuve demandés par plusieurs pays. »

Des centaines de milliards en jeu

Depuis les manifestations réprimées dans le sang de la place Tiananmen, le PIB de la Chine a été multiplié par 30. La valeur de l’activité économique est aujourd’hui 30 fois plus grande qu’il y a 30 ans, la Chine est maintenant la deuxième puissance économique de la planète.

C’est aussi le principal créancier des États-Unis. Pékin détient plus de 1100 milliards de dollars d’obligations américaines.

La Chine, par ailleurs, a exporté pour 539 milliards de dollars américains de biens aux États-Unis en 2018. C’est une intense relation commerciale que vivent les deux pays.

Des entreprises comme Nike, Adidas et Puma demandent notamment à l’administration Trump de retirer les chaussures de la liste des produits fabriqués en Chine et qui pourraient être frappés de tarifs douaniers de 25 % si les États-Unis étendaient leur application à l’ensemble des biens importés de Chine.

« La proposition de tarifs douaniers additionnels de 25 % sur les chaussures serait catastrophique pour nos consommateurs, nos entreprises et l'économie américaine dans son ensemble, affirment ces entreprises dans une lettre envoyée au président. En 2017, la Chine représentait environ 41 % de toutes les importations de vêtements, 72 % de celles de chaussures et 84 % de tous les articles de voyage importés aux États-Unis. »

Ces obstacles tarifaires représentent, dans les faits, une taxe à la consommation pour les citoyens américains. Le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, l’a implicitement reconnu cette semaine en affirmant que certains produits pourraient coûter plus cher en sol américain, en raison des tarifs douaniers imposés à la frontière, qui sont payés par les importateurs américains, mais qui sont refilés aux consommateurs.

Non seulement les prix au détail grimpent plus rapidement, mais les producteurs agricoles sont touchés par la riposte chinoise, qui impose également des barrières douanières. Les exportations américaines de soja sont passées de 12 milliards de dollars américains en 2017 à 3 milliards en 2018. Washington a annoncé, jeudi, un nouveau soutien pour l’industrie agricole : 16 milliards de dollars cette année, contre 12 milliards en 2018.

Le FMI a fait passer sa prévision de croissance mondiale en 2019 de 3,7 % à 3,3 % depuis le début de l’année.

L’intérêt politique d’abord

Dans une brillante analyse publiée lundi sur le site de Bloomberg, le professeur d’économie et chroniqueur Tyler Cowen écrivait que les possibilités de voir Donald Trump remporter un deuxième mandat présidentiel sont en hausse.

« Un facteur à peine remarqué dans tout cela, écrit-il, c’est la perception croissante que la Chine représente une menace pour les intérêts occidentaux. Les citoyens américains sont bien au fait que les États-Unis sont engagés dans une guerre commerciale avec la Chine, un conflit qui va sans doute provoquer une montée du nationalisme. »

Cette situation sert parfaitement les intérêts politiques de Donald Trump, selon ce professeur, tout en plaçant les démocrates dans une situation délicate. « Les démocrates critiquent les tarifs douaniers du président Trump depuis un certain temps et il sera peut-être difficile pour eux de modifier leur message [...]. Leur soutien aux accords de libre-échange, surtout le Partenariat transpacifique, qui aurait pu servir de solution de rechange à la politique sur la Chine, complique les choses. Le résultat net, c’est que les républicains seront probablement en mesure d’utiliser l’enjeu de la Chine à leur avantage dans les prochaines années. »

Il est vrai que les États-Unis ont le soutien de plusieurs de leurs alliés dans la charge qui est livrée contre la Chine. Le capitalisme d’État, autoritaire et dirigé, exaspère plusieurs pays, qui veulent des changements structurels et la fin des violations de propriété intellectuelle et du dumping chinois dans certains secteurs.

Mais, à quel prix cette bataille est-elle menée? Le président Trump attaque la Chine, le Mexique, la Réserve fédérale, accuse tout un chacun de ralentir l’économie ou d’exploiter les États-Unis dans leurs relations commerciales.

Mais, pour l’instant, c’est davantage sa politique protectionniste qui maintient l’incertitude et qui pousse des entreprises à reporter des investissements à plus tard. Autant sa baisse d’impôt a stimulé temporairement l’économie, autant ses tarifs douaniers et sa politique belliqueuse avec ses partenaires économiques perturbent la croissance.

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