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L'été arrive, les tornades aussi

Au milieu d'une terre agricole, une colonne d'air s'élève vers un ciel à moitié blanc et à moitié gris foncé.

Une tornade est apparue le 4 mai 2019 près de Letellier, dans le sud du Manitoba.

Photo : Photo soumise par Jessica Giesbrecht

Mathilde Monteyne

La saison des tornades a commencé en Amérique du Nord. Rien que mercredi, au moins sept personnes ont été tuées par des tornades, selon Météo Média, qui indique que le centre des États-Unis est plongé dans une série de dépressions très instables ces derniers jours. Qu'en est-il au Manitoba?

« Pour nous, la saison commence un peu plus tard », dit Natalie Hasell, météorologue de sensibilisation aux alertes pour Environnement Canada. Si le début de ce mois a déjà vu passer une tornade près de Letellier, dans le sud de la province, c’est surtout de juin à août qu’il faut se montrer vigilant.

« C’est vraiment la période où on a le plus d’orages violents », explique la météorologue, en précisant que la tornade fait partie des phénomènes météorologiques pouvant être engendrés par les orages.

Les Prairies constituent la région la plus active en matière de tornades au Canada, en particulier dans le sud. « [Parce] qu’on se rapproche de l’Équateur et qu’on a donc plus de chaleur », précise Natalie Hasell. En moyenne, les Prairies subissent de 30 à 45 tornades par an, avec 8 à 12 pour le Manitoba.

La météorologue attire toutefois l’attention sur deux éléments. Tout d’abord, le fait que les données disponibles concernent les tornades signalées, c’est-à-dire les endroits généralement peuplés. « Il faut avoir une population pour nous dire s’il y a quelque chose qui se passe », explique-t-elle en ajoutant qu’elle soupçonne qu’il y a davantage d’activités liées aux orages dans le nord qu’on pourrait le penser.

À partir de quand une tornade est-elle dangereuse?

Ensuite, Natalie Hasell attire l’attention sur l’échelle de Fujita améliorée, notée EF, qui comprend 6 niveaux. « Ce qu’il faut comprendre avec l’échelle qu’on utilise, c’est qu’elle évalue les dommages causés par les vents, mais pas l’intensité du vent en lui-même », ni les dégâts potentiels.

Une tornade est dangereuse tout le temps.

Natalie Hasell, météorologue de sensibilisation aux alertes pour Environnement Canada

« Si une tornade passe dans un champ, et qu’aucun édifice n’est touché, on ne devrait pas avoir une intensité associée à la tornade », explique-t-elle. En revanche, si on place la même tornade dans une ville, où il y a beaucoup plus d’infrastructures, elle pourrait se situer n’importe où sur l’échelle, selon les infrastructures qu’elle aura touchées.

« On devrait considérer toute tornade comme potentiellement dévastatrice », dit la météorologue.

Comment prévoit-on une tornade?

Pour savoir où et quand une tornade est susceptible de se produire, les spécialistes observent l’humidité de l’air, l’instabilité de l’atmosphère ou encore la présence potentielle d’un mécanisme déclencheur d’un mouvement vertical dans l’atmosphère.

« Ces trois facteurs vont nous dire si on va voir des orages », précise Natalie Hasell. Ensuite, le profil des vents donnera une idée du type d’orage qui surviendra.

Ce sont également des paramètres observés par le chasseur de tornades Pierre-Marc Doucet, qui n’hésite pas à transmettre les informations qu’il recueille afin que les autorités puissent lancer des alertes.

Cette semaine, ce cofondateur du site web Xtremchasequebec, une équipe québécoise de chasseurs de tornades, s’est rendu en Oklahoma, aux États-Unis, dans ce qu’on nomme « l’allée des tornades », qui comprend les états centraux du pays. « C’est l’endroit au monde où il y a le plus de tornades », explique-t-il.

Parcourant les routes avec son camion muni d’Internet, Pierre-Marc Doucet observe les images satellites et les différents paramètres susceptibles de provoquer le phénomène. « À partir de là, on prend des décisions, on va là où on croit que le potentiel de temps violent va être le plus important », dit-il. Sur place, il prend des photos, fait des vidéos et transmet des rapports aux autorités locales.

« On leur dit ce qu’on voit exactement au sol. C’est pris très au sérieux là-bas, les stations de télévision, les stations radio, quand les alertes sont lancées, tout coupe et ça passe en continu à la radio ou à la télé », raconte Pierre-Marc Doucet, ajoutant que la population a généralement le temps de se mettre à l’abri.

À quoi peut-on s’attendre à l’avenir?

En 15 ans de chasse de tornades, Pierre-Marc Doucet n’observe pas d’augmentation du nombre de tornades. « Les études liées aux changements climatiques montrent [toutefois] que les modèles météo vont être de plus en plus longs. Donc, si on prévoit du beau temps, ça se peut qu’il reste plus longtemps, et le contraire est aussi vrai », dit-il.

Si le nombre de tornades est actuellement élevé aux États-Unis, cela s'explique, selon lui. « Justement, on est dans une séquence de dépression qui dure. Les dépressions se succèdent et ça, ça va créer beaucoup de tornades », affirme-t-il.

Pierre-Marc Doucet précise toutefois que leur nombre est très variable selon les années, ce qui est aussi l'avis de Natalie Hasell, selon qui il faudrait prendre du recul pour observer des évolutions significatives qui seraient liées à des changements climatiques.

En revanche, l’humidité joue un rôle important dans la formation des orages, dit-elle. Aussi, selon les années, la variation de ce facteur suivant les régions peut-elle provoquer des changements.

Natalie Hasell conclut en rappelant que le public peut transmettre des informations par téléphone, au 1 800 239-0484, envoyer un courriel à ec.storm.ec@canada.ca, ou encore utiliser le mot-clic #mbstorm sur Twitter.

Manitoba

Météorologie