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analyse

Pourquoi Andrew Scheer est-il moins pressé de revenir à l’équilibre budgétaire?

Le chef conservateur Andrew Scheer.
Le chef conservateur Andrew Scheer Photo: La Presse canadienne / Adrian Wyld
Madeleine Blais-Morin

Quand Doug Ford a présenté son tout premier budget, ce printemps, les troupes d'Andrew Scheer ont poussé un soupir de soulagement. Les coupes annoncées en Ontario étant moins draconiennes que certains auraient pu l'anticiper, les conservateurs à Ottawa risquaient moins d'être critiqués par association. Mais visiblement, Andrew Scheer sentait qu'avec sa promesse de revenir à l'équilibre budgétaire en deux ans, il était encore vulnérable aux attaques des libéraux.

Les conservateurs d’Andrew Scheer sont en tête dans les sondages depuis la saga SNC-JWR (Jody Wilson-Raybould). Et qui dit meneur, dit cible des attaques.

Une des préférées des libéraux, c’est d’agiter l’épouvantail des compressions draconiennes si les conservateurs sont portés au pouvoir en octobre prochain.

Il faut dire que, dans la course à la succession de Stephen Harper, Andrew Scheer avait promis d’atteindre le retour à l’équilibre budgétaire en deux ans. Mais où trouver des économies de près de 20 milliards de dollars annuellement?

Andrew Scheer prononce ces jours-ci des discours afin de faire connaître sa vision pour l’avenir du pays. Le premier portait sur la politique étrangère, le deuxième sur l’économie. Si le mot « déficit » est revenu huit fois, il n’a offert que peu de détails sur son plan de retour à l’équilibre budgétaire, outre le fait qu’il compte ralentir la croissance des dépenses.

À défaut d’une feuille de route précise, les libéraux avaient beau jeu de laisser planer le spectre des douloureuses compressions.

La réplique offerte par le ministre des Finances, Bill Morneau, au discours du chef conservateur était simple et n’a pas tardé : « Il va faire des compressions. Les gens vont en souffrir. Et pire, l’économie va ralentir. »

Changement d’échéancier

Pour retirer des munitions aux libéraux, le chef conservateur décide de revenir sur sa promesse. L’équilibre budgétaire ne serait plus atteint en deux ans, mais bien selon un échéancier d’environ cinq ans. Pour les détails, il faudra attendre son programme électoral.

Mais si les conservateurs prêtent ainsi moins le flanc aux attaques libérales, ils se privent du même coup d’une munition. Ils seront moins convaincants s’ils reprochaient encore à Justin Trudeau d’avoir renié sa promesse de revenir à l’équilibre budgétaire à l’intérieur d’un premier mandat.

D'autant qu’Andrew Scheer a peu d’arguments à faire valoir pour reporter son échéancier. Il note que, depuis 2017, Justin Trudeau a annoncé de nouvelles dépenses de près de 80 milliards de dollars. Il dénonce le « gâchis » laissé par le gouvernement libéral, « pire que ce que quiconque aurait cru possible ».

Or, lorsqu’il a fait sa promesse d’équilibrer le budget en deux ans, durant la course à la direction du Parti conservateur, les prévisions budgétaires pour 2019-2020 et 2020-2021 laissaient entrevoir un déficit plus grand que les prévisions actuelles.

Avant lui, les libéraux avaient fait le pari qu’ils avaient davantage à gagner qu'à perdre en abandonnant leurs promesses portant sur l’équilibre budgétaire.

C’est maintenant au tour des conservateurs de faire un calcul semblable. À la différence qu'eux semblent encore attachés à l’idée de proposer un échéancier de retour au budget équilibré, écrit à l’encre noire.

De part et d’autre, libéraux et conservateurs pourront encore s’accuser mutuellement de ne pas proposer la bonne approche, mais leur attaque n’aura plus le même mordant.

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