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analyse

Guerre d’ego à la CAQ

Simon Jolin-Barrette à l'Assemblée nationale le jeudi 28 mars 2019, avec François Legault, à sa droite, qui l'applaudit et d'autres députés qui font de même à l'arrière.
Le ministre québécois de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Simon Jolin-Barrette, est applaudi par ses collègues lors du dépôt de son projet de loi sur la laïcité de l'État. Photo: La Presse canadienne / Jacques Boissinot
Martine Biron

Voici l'histoire de deux ministres de la CAQ très performants, avec des convictions profondes, mais des méthodes de travail très différentes. Deux brillants avocats qui poussent leurs dossiers, mais qui, en fin de compte, compliquent la vie du premier ministre François Legault, obligé de trancher entre deux chouchous.

D’un côté, le ministre de l’Immigration et leader parlementaire, Simon Jolin-Barrette. Il est certainement l'un des membres les plus ambitieux du Cabinet, une qualité qu’apprécie François Legault.

Mais si plusieurs admirent sa capacité à jongler avec plusieurs balles, la maîtrise de son jeu et ses talents de communication, d’autres estiment que l’homme-orchestre aime beaucoup trop jouer seul. On le dit hermétique, cachottier et contrôlant sur ses stratégies.

De l’autre côté, la ministre de la Justice, Sonia LeBel, la joueuse d’équipe, professionnelle et expérimentée, dotée d’un sens de l’humour que plusieurs apprécient.

C’est la voix du gros bon sens. Elle a l’oreille du premier ministre; elle a été l'une des premières vedettes à se joindre à la CAQ et à donner une certaine crédibilité au parti de François Legault.

C’est d’ailleurs elle qui a, de loin, les meilleures relations avec le gouvernement fédéral. Mais son style « livre ouvert » la rend très verbale et, à certains égards, vulnérable, particulièrement au bureau du premier ministre.

La ligne de fracture est apparue quand la ministre LeBel a annoncé, avant la pause parlementaire, une entente administrative avec le gouvernement Trudeau qui permettra au premier ministre Legault d’avoir son mot à dire dans la nomination du prochain juge du Québec à la Cour suprême.

Simon Jolin-Barrette, qui était porte-parole en matière de Justice quand il siégeait dans l’opposition, a fait connaître son insatisfaction. Il pense que Québec aurait pu, et pouvait, obtenir davantage de pouvoir.

Si bien qu’au moment où la ministre LeBel évoquait un accord « historique », le premier ministre donnait l’impression de la contredire en minimisant l’importance de l’entente. La vision pragmatique de Mme LeBel se heurte à la vision nationaliste de M. Jolin-Barrette. Le yin et le yang de François Legault.

La ministre de la Justice, Sonia LeBel, à l'Assemblée nationaleÀ la CAQ, la ministre de la Justice, Sonia LeBel, est la voix du gros bon sens. Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Catherine Fournier s’en mêle

Mais ce qui en a fait sourciller plus d’un, c’est le coup politique de la députée indépendante Catherine Fournier qui a nargué le gouvernement en déposant, au lendemain de l’annonce, un projet de loi sur le processus de nomination des juges du Québec à la Cour suprême.

Ce projet de loi est en fait identique, un copié-collé, à celui qu’avait rédigé et déposé Simon Jolin-Barrette, lorsqu’il était dans l’opposition. Il a été déposé en février 2016, alors que Mme Fournier n’était pas encore élue.

Même si rien n’indique qu’ils aient pu être de connivence, certains ont remarqué que le ministre et l’ex-députée péquiste, qui s’entendent plutôt bien en dehors du Salon bleu, s’amusaient, sourires en coin, de la manœuvre de cette dernière.

L’après-laïcité pour Jolin-Barrette?

Simon Jolin-Barrette n’a jamais caché qu’il aurait aimé être nommé ministre de la Justice après les élections générales. Encore une fois, le premier ministre a dû couper la poire en deux.

Sonia LeBel, qui a une longue expérience de l’appareil judiciaire, était sa candidate à la Justice. Pour combler la boulimie politique du jeune Jolin-Barrette, François Legault lui a donné le dossier de la laïcité, qu’il entend conclure le 14 juin avec l’ajournement des travaux parlementaires pour l’été.

Des bruits courent qu’il cherche déjà un nouveau défi et qu'il aurait délaissé l’idée d’occuper la Justice. L’ambitieux ministre cherche un portefeuille qui lui donnera de la visibilité.

Si Sonia LeBel peut donc dormir en paix, avis aux autres ministres.

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