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Sport électronique : entrez dans la maison du Rebellion de Montréal

Une photo d'un jeune homme noir assis dans une chaise de bureau surdimensionnée et tenant une manette de jeu entre les mains.

Joshua Small est parti de l'Illinois pour venir jouer à Overwatch pour le Rebellion de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Craig Desson

Radio-Canada

Une dizaine de jeunes hommes sont assis devant des rangées d'ordinateurs, en ce dimanche après-midi, dans ce qui était autrefois le salon d'une maison de brique rouge de deux étages située dans l'arrondissement montréalais d'Ahuntsic-Cartierville.

Un texte de Craig Desson, pour CBC News

Ils jouent tous à Overwatch, un jeu vidéo de tir à la première personne, bien assis dans de grosses chaises de bureau noires identiques et communiquant les uns avec les autres au moyen de leurs casques d’écoute.

L’ex-salon de la maison ressemble maintenant à un croisement entre un cybercafé et un centre d’appels.

Cette pièce, c’est celle où les joueurs du Rebellion de Montréal, une équipe de sport électronique professionnelle, s’entraînent et compétitionnent avec d’autres équipes de partout dans le monde.

Le Rebellion est le club-école du Defiant de Toronto, une équipe professionnelle évoluant dans la prestigieuse Overwatch League, une ligue mondiale de sport électronique.

Depuis le mois de février, les joueurs du Rebellion, les deux entraîneurs et le directeur général vivent et s’entraînent tous dans cette maison de six chambres située sur une rue paisible.

Dans le monde des sports électroniques, une maison de ce genre est appelée « gaming house », que l’on pourrait traduire par « maison des joueurs » en français.

Les membres du Rebellion de Montréal s’entraînent à la maison au moins neuf heures par jour, six jours par semaine.

Une équipe internationale

La majorité des joueurs sont américains; plus précisément, ils viennent de la Floride, de la Californie et de l’Illinois. L’équipe compte aussi un Belge, un Danois et un Letton.

Les équipes composées de joueurs venant des quatre coins du monde sont habituelles dans le domaine des sports électroniques puisque les parties sont jouées sur Internet. Rassembler tout le monde pour de longues heures d’entraînement peut toutefois être ardu, surtout lorsque les joueurs habitent dans des fuseaux horaires différents. C’est pourquoi les équipes s’établissent généralement dans une maison des joueurs.

Une photo montrant huit jeunes hommes bras dessus, bras dessous dans le salon d'une maison.

Le Rebellion de Montréal s'est incliné à son deuxième match de séries éliminatoires contre le Fusion University, le club-école du Fusion de Philadelphie.

Photo : Radio-Canada / Craig Desson

« Quoi de mieux que de rassembler tous les joueurs au même endroit pour qu’ils puissent jouer en même temps? lance Joshua Small, un joueur de 22 ans de Chicago. Comme ça, tout le monde apprend à vraiment bien se connaître. »

Lorsqu’il était plus jeune, Joshua Small a remarqué qu’il était meilleur que ses amis aux jeux vidéo. Il a rapidement commencé à jouer de façon plus sérieuse et il se pratique maintenant à Overwatch depuis trois ans.

C’est la première fois que M. Small vit avec un groupe de personnes loin de chez lui, ce qui explique en partie sa présence à Montréal. « Je me suis dit que ce serait une belle expérience », affirme-t-il.

Le fait de jouer dans une maison des joueurs signifie aussi qu’il peut s’entraîner sur des ordinateurs haut de gamme qu’il n’aurait pas pu se procurer en restant chez lui.

Mais par-dessus tout, cette maison est un endroit où il peut se concentrer sur sa carrière professionnelle dans les jeux vidéo, entouré de personnes qui veulent la même chose. « Ça m’offre un milieu où je peux compétitionner avec d’autres et tenter de devenir le meilleur », dit-il.

Parmi les premières du genre

La maison des joueurs du Rebellion de Montréal est parmi les premières du genre au Canada. Alors qu’elles constituent un nouveau phénomène ici, ces résidences sont souvent utilisées par les équipes professionnelles de sport électronique à Los Angeles et en Corée du Sud.

Le Rebellion appartient à OverActive Media, une entreprise torontoise s’affairant à attirer des équipes de sport électronique au Canada.

OverActive paie le loyer de la maison, nourrit les joueurs et les entraîneurs et leur offre un petit salaire.

Chris Myrick, l’assistant-entraîneur vingtenaire de l’équipe, affirme que cette organisation permet aux joueurs de se concentrer uniquement sur leur passion : s'adonner aux jeux vidéo.

« Nous sommes ici en tout temps, explique M. Myrick. Même dans nos pauses, on continue de parler du jeu. Quand tu penses à toutes les heures que tu y mets, il faut vraiment que tu aimes ça. »

Une photo montrant le salon d'une maison dans lequel les meubles habituels ont été remplacés par des chaises de bureau et des tables sur lesquelles sont posées des écrans d'ordinateur. Quatre personnes sont en train de jouer à l'ordinateur.

Le salon de la maison a été converti en centre d'entraînement pour les joueurs.

Photo : Radio-Canada / Craig Desson

Le match pour lequel les joueurs s’entraînent contribuera à déterminer s’ils décrocheront l’une des places en séries éliminatoires de l’Overwatch Contenders League, une ligue de développement jouant un rôle semblable à celui de la Ligue américaine de hockey pour la Ligue nationale de hockey (LNH).

Des centaines de milliers de dollars sont en jeu, sans compter la publicité pour les joueurs, ce qui peut augmenter leurs chances d’être recrutés par une équipe professionnelle dans l’Overwatch League.

Un lieu de travail

Tous les joueurs ayant moins de 25 ans, la maison respecte certains des clichés associés à ce groupe d’âge.

Les murs sont essentiellement dénués de décoration, des emballages de nouilles instantanées sont éparpillés dans la cuisine et, outre les tables et les chaises, les meubles se font rares.

Une photo montrant deux piles d'emballages de nouilles instantanées dans une armoire de cuisine.

Les nouilles instantanées semblent occuper une part importante de l'alimentation des joueurs.

Photo : Radio-Canada / Craig Desson

Les chambres sont réparties au deuxième étage et dans le sous-sol, et la plupart des coéquipiers partagent leur chambre. Ces pièces ressemblent à des dortoirs universitaires, avec leurs lits à une place et leurs bagages à moitié défaits.

« Nos chambres sont assez sobres… Elles servent surtout à se détendre en utilisant son téléphone ou son ordinateur portable », affirme Chris Myrick.

Lorsqu’on lui demande si la maison sert parfois à faire la fête, la réponse de M. Myrick est sans équivoque. « Il n’y a pas eu de fête ici, et même rien qui puisse s’approcher de ça, dit-il. On ne fait pas la fête, ici, mais on travaille beaucoup. »

L’exigeant horaire de travail a jusqu’ici empêché l’équipe et les entraîneurs de visiter la ville au-delà des attractions touristiques populaires.

Originaire de la Floride, Chris Myrick est toutefois parvenu à essayer la poutine, mais il admet ne pas avoir été très impressionné par ce plat traditionnel du Québec. Il dit avoir été forcé d’ajouter beaucoup de viande à son plat pour arriver à l’apprécier. « Je vois [la poutine] comme une version bâtarde des nachos, dans laquelle on remplacerait les croustilles par des frites, la salsa par de la sauce brune et le bon fromage par du fromage en grains », compare-t-il.

Direction : les séries éliminatoires

Peu de temps plus tard, l’équipe devait affronter Second Wind, une équipe de Chicago, en vue de se qualifier pour les séries.

La partie a été diffusée en direct, en ligne, et présentée à la manière d’un événement sportif majeur, avec des descripteurs, des analystes et des graphiques montrant la progression du match.

Le Rebellion a remporté l’affrontement haut la main, 3 à 1.

Par la suite, le Rebellion est sorti victorieux d’un match dans les séries, mais il s’est incliné en deuxième ronde face à Fusion University, le club-école du Fusion, l’équipe professionnelle d’Overwatch de Philadelphie.

Cette défaite a marqué la fin de la saison pour les joueurs du Rebellion, qui ont font leurs bagages et sont retournés vivre chacun de leur côté.

Après environ trois mois de jeu ininterrompu, la maison des joueurs est maintenant vide. Mais pas pour longtemps : la prochaine saison débute au cours du mois de juin.

Joshua Small s’attend à revenir jouer pendant l’été. Il souligne qu’il n’est pas près d’oublier l’expérience qu’il a vécue en vivant dans une maison des joueurs. « Je ne pensais jamais que j’aurais la chance de jouer dans une pièce avec un groupe d’amis, explique-t-il. J’ai appris des choses que je n’aurais jamais pu apprendre si je n’étais pas venu à Montréal. »

Avec les informations de CBC

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