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Le chef du Bloc québécois a hâte d’en découdre

Yves-François Blanchet appuyé sur une pancarte sur laquelle est écrit « L'avenir est dans l'eau ».
Le chef du Bloc québécois en discussion avec un électeur de l'île d'Orléans. Photo: Radio-Canada / Philippe-Vincent Foisy
Philippe-Vincent Foisy

Près d'un an après le départ de Martine Ouellet, le Bloc québécois (BQ) tente toujours de convaincre les Québécois qu'il est toujours vivant et qu'il peut regagner leur coeur lors des élections d'octobre. Le nouveau chef Yves-François Blanchet mise principalement sur l'environnement pour y arriver, sans pour autant écarter la souveraineté de son discours. La Mêlée politique l'a suivi une journée sur la route.

Poser une question à Yves-François Blanchet, c’est entamer un parcours parfois sinueux, généralement long et dont la fin est incertaine.

En entrevue, le chef de parti, ex-analyste politique et ancien « goon » du Parti québécois explique, ouvre une parenthèse, insère une anecdote, attaque, revient à son sujet et n’oublie jamais d’envoyer un jab à ses adversaires politiques.

On sent – et c’est intuitif, ce n'est pas prouvable – un élan qui nous monte vers le haut.

Yves-François Blanchet

L’ancien analyste politique en lui observe les sondages. Il croit que le prochain gouvernement risque d’être minoritaire et que le Bloc québécois obtiendra entre 20 et 30 sièges.

Quand on lui fait remarquer que l'agrégateur de sondages de la CBC prévoit entre 10 et 19 sièges pour l’instant, il rétorque : « à chacun sa religion ».

« On sait qu'il va y avoir quatre partis sur le terrain. On sait que personne ne va ramasser 40 % du vote, on sait que ça ne peut plus donner 50 sièges à un seul parti politique. Je ne nous imagine pas en bas de 20 sièges », explique M. Blanchet.

Quand il évoque la possibilité que le Bloc puisse détenir la balance du pouvoir, c’est le « goon », comme il s’est déjà décrit, qui sort.

Le Bloc ne fera pas de compromis, ça va être “si tu veux ça, tu vas me donner ça”. Je ne deviendrai jamais un instrument du Canada. Les deux partis qui s'obstinent pour former le prochain gouvernement sont deux partis profondément pétroliers.

Yves-François Blanchet

Le chef de parti revient à d’autres moments pour adoucir le discours.

« L'enjeu fondamental, c'est de proposer, parce qu'on a souvent reproché au Bloc, peut-être à juste titre, de ne pas avoir un message positif et de n'être que dénonciateur », dit-il.

Il croit que la prochaine élection se jouera sur le thème de l’environnement. Un thème qui permettra au Bloc de tirer son épingle du jeu.

Sur le terrain des électeurs

Marc-Antoine Turcotte et Yves-François Blanchet devant un bâtiment de ferme.Marc-Antoine Turcotte, vice-président de la Fédération de la relève agricole du Québec , discute avec le chef du BQ. Photo : Radio-Canada / Philippe-Vincent Foisy

En route vers Québec, il s’arrête pour la toute première fois de sa vie sur l’île d’Orléans. Au menu : rencontre avec un agriculteur pour parler de gestion de l’offre et discussion avec deux militants écologistes anti-oléoduc.

Rencontrer des gens sur le terrain, « ça pète la bulle » dans laquelle les politiciens se trouvent, dit-il.

Avec les citoyens sur le terrain, Yves-François Blanchet est moins volubile, moins à l’aise qu’en entrevue ou en discours.

« Il est un peu gêné et parfois dans sa tête », explique un bloquiste.

À Québec, il retrouve son aisance lorsqu’il s’adresse à ses militants réunis pour l’investiture non contestée de l’ancienne députée Christiane Gagnon. Il monte sur la petite scène du Club social Victoria avec seulement quelques notes.

Une centaine de militants l'accueillent, pour la plupart assez âgés pour avoir voté aux deux référendums.

« Il y a de plus en plus de gens à ces assemblées », soutient un autre bloquiste.

Certains de ces militants, comme Louis Bernier et sa femme Marie-Micheline Boucher, viennent surtout entendre ce que M. Blanchet propose.

D’autres viennent soutenir Christiane Gagnon, qui a été députée bloquiste de Québec de 1993 à 2011.

Une chose les unit : la souveraineté.

« Je crois que la souveraineté va se faire un jour, je ne dis pas tout de suite, mais je suis optimiste », dit Louis Bernier, militant souverainiste depuis 1961.

Ils reconnaissaient que les dernières années ont été plutôt difficiles pour le BQ.

« C’est quasiment difficile de faire pire », lance Félix Pelletier-Belzile, un des seuls jeunes militants présents.

« C’est sûr qu’on a vécu des problèmes difficiles, mais ça va mieux. Pendant deux ou trois ans, c’était le flou total avec une certaine personne… pour ne pas la nommer », affirme Madeleine Perron, faisant référence à Martine Ouellet.

« C’était vraiment horrible, plus personne n’y croyait, mais là, ça reprend vie », soutient Louise Guillemette.

Un regain de vie que certains attribuent à l’arrivée d’Yves-François Blanchet à la tête du parti. Pourtant, le BQ n’a pris aucun virage radical quant à ses orientations.

Sur la route vers les élections générales

Mais la « régie interne » a changé. La gestion est différente, moins polarisante. Yves-François Blanchet espère que ça permettra définitivement de tourner la page sur les dernières années qui n’ont pas été les plus faciles.

« Avec l'incertitude et le malaise qui ont suivi les défaites de 2011 et de 2015, le parti s'est peut-être cherché un peu dans les extrêmes, explique M. Blanchet. Ce n'est pas nécessairement la meilleure manière de rassembler des gens, ce qui n’est clairement plus un problème aujourd'hui. Je ne dirais pas qu'il y a quelques militants qui sont plus intempestifs que d'autres, mais de façon générale, le Bloc est quelque chose de parfaitement cohérent. »

Il voit les difficultés vécues par le mouvement souverainiste avec optimisme.

« Ça a mis en lumière le courage que ça prenait pour revenir tout le monde ensemble. Ça envoie le message à nos amis du Parti québécois que, quelle que soit la crise qu'ils traversent, il est possible d'en sortir plus forts, dit-il. On devra compléter la preuve le 21 octobre [jour de l’élection fédérale]. »

D’ici là, Yves-François doit encore parcourir des milliers de kilomètres partout au Québec s’il veut donner au Bloc une chance réelle de montrer qu’il peut renverser la tendance à la baisse dans les résultats électoraux.

« J’aime mieux faire la route seul, c’est le temps de faire des téléphones, de réfléchir et d’écouter de la musique… J’aime mieux être seul que d’obliger une des trop rares ressources du parti de me servir de chauffeur, ça me semblerait abusif », dit-il.

L’ancien gérant d’Éric Lapointe qui a commencé en organisant des tournées pour les jeunes pour Jacques Parizeau dans les années 80 a l’habitude de la vie sur la route.

Au lendemain de sa visite à Québec, il prenait l’avion au petit matin pour s’envoler vers l’Abitibi, où il allait assister à l’assemblée d’investiture du 18e candidat de son parti. C’est encore bien loin du nombre de candidats présentés par les conservateurs et les libéraux.

Si Yves-François Blanchet reconnaît qu’il n’en fera « jamais assez », il espère qu’à la prochaine élection il sera poussé par un vent de changement.

Des gens assis dans une salle.Des partisans du BQ lors d'une assemblée d'investiture Québec Photo : Radio-Canada / Philippe-Vincent Foisy

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