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Trump veut contourner le Congrès pour vendre des armes à l’Arabie saoudite

Donald Trump montre un tableau des armes vendues à l'Arabie saoudite en compagnie du prince saoudien Mohammed ben Salmane Al-Saoud.

Donald Trump montre un tableau des armes vendues à l'Arabie saoudite en compagnie du prince saoudien Mohammed ben Salmane Al-Saoud.

Photo : The Associated Press / Evan Vucci

Agence France-Presse

L'administration américaine de Donald Trump a annoncé vendredi de nouvelles ventes d'armes à l'Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, en invoquant « l'agression iranienne » pour contourner un Congrès de plus en plus hostile à l'attitude de Riyad.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a confirmé le recours à une procédure d'« urgence » pour débloquer 22 contrats d'armement en souffrance, qui concernent également la Jordanie, pour un montant total d'environ 8,1 milliards de dollars.

Cela va « soutenir nos alliés, renforcer la stabilité du Moyen-Orient et aider ces nations à faire de la dissuasion et à se défendre de la République islamique d'Iran », a affirmé M. Pompeo, promettant de n'avoir recours qu'une seule fois à cette procédure contestée.

Accusant les élus d'avoir bloqué la fourniture de munitions et d'assistance à l'entretien d'avions militaires ces derniers mois, il a estimé que le partenariat avec ces pays arabes était une « pierre angulaire » de la « stratégie de sécurité nationale des États-Unis ».

Le Congrès américain avait approuvé au début d'avril une résolution exhortant le président Trump à cesser toute assistance à la coalition menée par l'armée saoudienne, qui intervient depuis 2015 dans la guerre au Yémen contre les rebelles houthis soutenus par Téhéran, ennemi commun de Riyad et de Washington.

Le milliardaire républicain a mis son veto à ce texte, mais il est fort probable que les élus se seraient opposés à toute nouvelle vente d'armes à l'Arabie saoudite, comme il l'ont fait récemment.

La procédure habituelle veut que les ventes d'armes ne se concrétisent que si le Congrès ne s'y oppose pas dans un délai de 90 jours après leur notification par le département d'État.

Mépris et abus de pouvoir, disent les démocrates

Les parlementaires démocrates sont immédiatement montés au créneau pour dénoncer un tour de passe-passe « sans précédent » et « inacceptable ». Le sénateur Bob Casey a évoqué un « mépris total pour le Congrès », et son collègue Chris Van Hollen, un « abus de pouvoir ».

Selon le numéro deux de la commission des Affaires étrangères du Sénat Bob Menendez, le gouvernement a « invoqué une obscure disposition » législative sur les exportations de munitions à guidage de précision pour passer outre à l'avis du Congrès, faisant référence à « des années de comportement néfaste de la part de l'Iran, mais sans expliquer clairement ce qui constitue aujourd'hui une urgence ».

La décision gouvernementale hérisse les démocrates pour plusieurs raisons, à commencer par le contexte d'escalade des tensions avec l'Iran, en cours depuis le début de mai.

L'épouvantail iranien

Alléguant des menaces d'attaques « imminentes » de la part de Téhéran ou de ses alliés régionaux contre les intérêts américains, Washington a multiplié les déploiements militaires, dépêchant dans le Golfe un porte-avions, des bombardiers B-52, un navire de guerre et des missiles Patriot. Donald Trump a aussi annoncé vendredi l'envoi de 1500 soldats supplémentaires au Moyen-Orient de manière « préventive ».

Or, bon nombre d'observateurs et d'élus d'opposition soupçonnent les plus va-t-en-guerre de l'entourage présidentiel d'exagérer les risques pour renforcer la pression sur la République islamique, voire pour provoquer une confrontation ou même un conflit.

La situation au Yémen, où la coalition saoudienne est accusée de faire de nombreuses victimes civiles dans ses frappes, est également évoquée.

Les Saoudiens ont créé l'un des pires désastres humanitaires du monde au Yémen. La guerre menée par l'Arabie au Yémen n'est pas une urgence, c'est un crime contre l'humanité.

La sénatrice démocrate Dianne Feinstein

Le débat sur les ventes d'armes au royaume saoudien fait aussi rage en Europe, où la France a refusé de les suspendre, contrairement à l'Allemagne qui les a officiellement gelées.

Enfin, le Congrès, démocrates et républicains confondus, est plus généralement remonté contre Riyad depuis l'assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en octobre dans le consulat de son pays à Istanbul, un meurtre dont le Sénat américain a unanimement attribué la responsabilité au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

« Au lieu de résister à ceux qui ont assassiné Jamal Khashoggi et travaillent contre les intérêts américains, l'administration Trump a décidé de contourner le Congrès et peut-être aussi la loi », a regretté Bob Menendez.

Le locataire de la Maison-Blanche a fait clairement savoir qu'il ne remettrait pas en cause l'alliance avec l'Arabie saoudite, notamment pour ne pas perdre de juteux contrats d'armement.

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