•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un projet d'hôtel de luxe devant le canal de Lachine loin de susciter l'adhésion

Un terrain avec du sable.
Plus d'un millier de citoyens s'opposent à la construction d'un hôtel sur ce terrain qui appartient à Parcs Canada. Photo: Radio-Canada
Romain Schué

Un parc à la place d'un hôtel de luxe. Tel est le souhait d'un regroupement de résidents du secteur de Griffintown, au centre-ville de Montréal, qui s'oppose à la construction d'un complexe immobilier sur un terrain de Parcs Canada, au bord du canal de Lachine. La Ville de Montréal reste également perplexe et ne compte pas autoriser une construction pour le moment.

Jeudi soir, Nicole Charron et ses voisins se sont réunis une nouvelle fois pour discuter et envisager l’avenir. Leur objectif? Convaincre Parcs Canada et les députés fédéraux d’empêcher la construction d’un projet d’hôtel sur un terrain situé au coin des rues Olier et du Séminaire.

« Un hôtel de luxe, ça reviendrait à un va-et-vient incessant dans le coin, de la circulation intense, du bruit aussi pour les gens. Et ça enlève un espace vert pour les gens de Griffintown. Les gens de Griffintown veulent avoir des parcs, pour le public, pour tout le monde », clame cette citoyenne du quartier.

« On a peur que cet espace soit oublié, que ça tombe un peu dans la "craque" », complète Ariane Cloutier, une autre résidente faisant part de sa crainte de voir « ce terrain manquer le bateau » de la revitalisation.

On veut défendre l'environnement du canal. On ne veut pas se retrouver avec un hôtel de luxe à la place d'un parc.

Nicole Charron, résidente de Griffintown

Sur l'espace concerné, depuis une décennie, s’est installée l’Association Montréal Beach (AMB), qui l'a sous-loué pour y aménager des terrains de volleyball de plage.

Des terrains de volleyballCe terrain est actuellement utilisé par l'Association Montréal Beach. Photo : Radio-Canada

« Tous les ans, on nous dit que c’est la dernière année. C’est la même chose depuis 2009 et on nous l’a encore redit », explique Rachelle Salamon, présidente de l’AMB.

Son interlocuteur est le promoteur et ingénieur montréalais George Syrovatka, qui est au coeur d’une longue saga depuis des années.

Un bail de 99 ans signé en 2002

En septembre 2002, le Centre tchèque inc., représenté par George Syrovatka, a signé un bail emphytéotique de 99 ans avec Parcs Canada, contre un montant symbolique de 1 $. L’objectif initial était d’y construire un centre consacré à la culture tchèque, accompagné de 36 chambres d’hôtel dans un immeuble de 4 étages.

Trois ans plus tard, ce promoteur a présenté une autre idée à la Ville de Montréal, responsable de l’urbanisme, et à Parcs Canada. L’idée avancée est un immeuble luxueux de 6 étages, comportant plus de 70 chambres et une piscine sur le toit. Ce projet a été refusé par Parcs Canada, qui a tenté de résilier le bail, avant d'être attaqué en justice par le promoteur.

En 2017, la Cour supérieure a finalement approuvé cet « aspect commercial pour financer le centre » avec « l’exploitation d’un hôtel sur le site ». Cependant, le promoteur doit se conformer aux plans initiaux, avec « 70 % d'occupation de cet espace pour les usages commerciaux et 30 % pour les usages culturels ou communautaires ».

Face à cette décision et à « de nouveaux plans qui correspondaient davantage au projet initial », Parcs Canada a donné son approbation au projet en août 2018, confirme par courriel Audrey Godin-Champagne, porte-parole de l'agence fédérale.

La vocation primaire de l’immeuble doit être un centre culturel où les étages, les espaces, les salles et les événements sont accessibles au public en général, et ce, pour toute la durée de l’emphytéose.

Audrey Godin-Champagne, porte-parole de Parcs Canada
Le canal Lachine.En face de ce terrain se trouve le canal de Lachine. Photo : Radio-Canada

« Pas un projet qui "fitte" avec le quartier », dit la Ville

À ce jour, aucun chantier n’a cependant débuté et aucune demande de permis n’a été déposée à l’arrondissement du Sud-Ouest, qui doit autoriser toute construction sur son territoire.

« On entend parler de ce projet dans les médias, mais rien ne nous a été présenté », explique le conseiller municipal Craig Sauvé.

« Nous sommes en train de finaliser les plans architecturaux basés sur les plans originaux qui ont été approuvés par la Cour supérieure du Québec », détaille, par courriel, le promoteur George Syrovatka, tout en précisant que son projet est unique en son genre dans le quartier.

L’administration ne compte cependant pas donner son feu vert. « Ce n’est pas conforme avec notre règlement de zonage, donc on a le choix de dire non. Ce n’est pas un projet qui "fitte" avec le quartier », juge l’élu du Sud-Ouest.

Ce projet ne nous intéresse pas. Si on accorde une dérogation, il faut qu’il y ait un gain pour la communauté. Ça n’est pas le cas.

Craig Sauvé, conseiller de Ville

Cette décision n’est cependant pas définitive, ajoute-t-il. Si Parcs Canada et le promoteur en arrivent à un compromis, l'arrondissement du Sud-Ouest pourrait changer d'avis, précise Craig Sauvé.

« Parcs Canada collabore avec l’arrondissement pour veiller à ce que les conditions de l’emphytéose soient respectées », écrit Audrey Godin-Champagne.

Avec la collaboration de Matt D'Amours, de CBC Montreal

Grand Montréal

Politique municipale