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Quel rôle jouerait la droite radicale au Parlement européen?

Des manifestants brandissent des drapeaux dans la rue.

Une manifestation anti-migrants organisée par le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) et par d'autres formations de droite le 16 septembre 2018, dans la ville de Köthen, en Allemagne.

Photo : Getty Images / Carsten Koall

Yanik Dumont Baron

Lors de la campagne en vue des élections européennes, il a beaucoup été question de la montée en puissance des partis d'extrême droite. Une crainte revient souvent : que leur présence au Parlement européen n'entraîne la destruction de l'Union européenne. Faut-il craindre ces partis? Décryptage avec une spécialiste allemande.

Notre correspondant en Europe s'entretient avec Claire Demesmay, directrice du programme franco-allemand de l'Institut allemand de politique étrangère (DGAP).

En Allemagne, le parti qui fait peur, c’est l’AfD (Alternative für Deutschland, ou l'Alternative pour l'Allemagne. C’est un parti de droite radicale. Est-il anti-Europe?

Au départ, ce parti souhaitait que les pays les plus faibles, comme la Grèce, sortent de la zone euro. Le parti a évolué. Aujourd'hui c'est un parti qui est de plus en plus anti-islam, anti-migrations, anti-politique d'asile. Cette dimension identitaire a été renforcée en 2015, au moment où de nombreux réfugiés et demandeurs d'asile sont venus en Allemagne.

Ce qui compte pour l’AfD, c'est de défendre les intérêts de l'Allemagne, les intérêts des Allemands, et surtout pas d'aller aider d'autres pays. C'est du chacun pour soi à l'intérieur de l'Europe.

En termes fiscaux, en termes économiques, de protection des frontières, sur les sujets un petit peu sensibles, la revendication de l'AfD, c'est que le gouvernement s'occupe de l'Allemagne. C'est ce qu'on entendait déjà en France dans les années 80, avec le Front national qui disait « la France aux Français ».

Qui appuie l’AfD?

C'est un parti qui a une clientèle très, très diverse, qui recrute dans pratiquement tous les partis politiques établis, sauf chez les Verts.

Si on devait faire le portrait-robot de l'électeur de l'AfD, on dirait qu'il est plutôt masculin, plutôt classe moyenne inférieure, d'âge moyen, dans les 40-50 ans.

Il y a quelque chose qu'on retrouve très souvent chez les électeurs de l'AfD, c'est une crainte de l'avenir. La crainte du déclassement, la peur d'une évolution de la société qui va vraiment trop vite. La peur de ne pas suivre et d'en faire les frais à titre personnel ou à titre familial.

Ça rappelle ce que disaient les électeurs de Donald Trump…

Oui, il y a en effet des parallèles qu'on trouve aussi dans d'autres pays européens. C'est cette peur d'une classe moyenne qui, tout à coup, se voit face à des évolutions sociétales avec les questions du vivre-ensemble, de sécurité. Ces gens ressentent une fragilité. En réaction, ils attendent une fermeture, réagissent de façon extrêmement défensive.

Claire Demesmay sourit à l'objectif.

Claire Demesmay, directrice du programme franco-allemand de l'Institut allemand de politique étrangère (DGAP)

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Aux États-Unis, en 2016, il y avait aussi un vote antisystème qui a favorisé Donald Trump, un candidat n’étant pas un politicien traditionnel. Est-ce qu’il y a un peu de ça aussi en Allemagne?

Oui, c’est quelque chose d'assez récurrent, ce sentiment de fossé entre d'un côté le peuple et de l'autre ses dirigeants. Au sein de l'AfD, il y a une phrase qui revient très, très souvent : « ceux-là d’en haut ». Ceux d’en haut, ce sont les dirigeants politiques, les dirigeants administratifs, les intellectuels, qui sont censés ne pas comprendre la population, ne pas comprendre le peuple.

C’est l'idée d'un peuple qui serait homogène, uni, qui serait détenteur d'une certaine vérité. Donc, un peuple qui aurait une certaine sagesse que ceux qui sont au pouvoir n’ont plus ou qu'ils ont perdue.

L’AfD parle de faire alliance au Parlement européen avec les autres partis de droite radicale, comme celui de Marine Le Pen en France ou celui de Matteo Salvini en Italie. Plusieurs craignent que ces partis ne tentent de détruire l'Union européenne de l'intérieur. Ça vous semble juste?

C’est un peu caricatural, mais ce sont des partis qui s'opposent à cette Union européenne telle qu'elle est. Ils prônent une Europe des nations, donc une coopération entre des États-nations. Ils refusent la dimension fédérale qu'on a aujourd'hui en Europe et vers laquelle on est allés de plus en plus au fil des ans.

C'est une alliance de nationalistes qui, par définition, travaillent pour eux-mêmes, pour leur nation. Une telle alliance a toujours été compliquée, parce qu'elle suppose de coopérer avec d'autres.

Cela dit, ce sont des partis qui se connaissent mieux que les autres années, qui se sont rapprochés. Donc, oui, ils vont peser dans le prochain Parlement européen.

Au point de faire bloc, comme le souhaite Matteo Salvini?

Sur la politique migratoire, sur une politique d'asile commune, là, oui très clairement, on va voir apparaître des alliances (entre partis de droite radicale). Après, je ne pense pas que ça bloque le travail du Parlement européen.

Le fait d'avoir des partis nationalistes qui s'associent, ça peut aussi contribuer à ce que les partis pro-européens travaillent plus ensemble. À ce qu’ils dépassent leurs différences idéologiques et politiques pour travailler vers davantage d'intégration européenne.

D'après les pronostics, on pense que les partis pro-européens devraient représenter la majorité au Parlement européen. Donc, on pourrait avoir un Parlement qui fonctionne. Mais la présence de facteurs bloquants devrait ralentir les processus de décision. Ça ne va pas être une partie de plaisir.

Cet entretien a été édité pour des raisons de compréhension et de concision.

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