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Theresa May démissionne : « J'ai fait tout ce que j'ai pu... »

La première ministre britannique, Theresa May, a annoncé qu'elle quittera ses fonctions le 7 juin prochain. Photo: Reuters / Toby Melville
Radio-Canada

Usée par l'inextricable casse-tête du Brexit, la première ministre britannique Theresa May a finalement jeté l'éponge vendredi. Elle a annoncé qu'elle cessera de diriger le Parti conservateur le 7 juin et qu'elle démissionnera de son poste de premier ministre lorsque son successeur aura été choisi, le 20 juillet.

Propulsée à la tête du gouvernement conservateur en juillet 2016, peu après que les Britanniques eurent voté à 52 % en faveur d'une sortie de l'Union européenne (UE), Theresa May n'a jamais réussi à rallier une classe politique profondément divisée derrière une stratégie commune pour concrétiser le Brexit.

Il est maintenant clair pour moi qu'il est dans l'intérêt du pays qu'un nouveau premier ministre dirige cet effort. Aussi, j'annonce aujourd'hui que je vais démissionner de mes fonctions de dirigeante du Parti conservateur et unioniste le vendredi 7 juin.

Theresa May, première ministre du Royaume-Uni

La première ministre britannique, qui a tout fait pour arriver à une sortie négociée de l'UE, a exprimé ses « profonds regrets » de ne pas avoir pu « livrer le Brexit » à ses concitoyens.

« Mes successeurs devront trouver un consensus au sein du Parlement », a prévenu la première ministre en leur rappelant que le référendum « était un appel profond au changement dans ce pays ».

J'ai fait tout ce que j'ai pu pour convaincre les députés de soutenir mon accord.

Theresa May, première ministre du Royaume-Uni

Malgré cet échec, Theresa May a précisé qu'elle partait sans amertume. « Je suis reconnaissante d’avoir pu servir le pays que j’aime », a-t-elle déclaré, la voix brisée par l'émotion.

Au bord des larmes, la première ministre a subitement tourné les talons avant de rentrer au 10 Downing Street sans prendre de questions des journalistes.

Un Brexit reporté sans cesse

L'accord de Brexit qu'elle a négocié avec Bruxelles a été rejeté à trois reprises par les députés, ce qui a contraint son gouvernement et l'UE à reporter la date limite pour y parvenir au 31 octobre, alors qu'il était initialement prévu le 29 mars.

Ce dénouement a contraint son gouvernement à organiser en catastrophe des élections pour choisir les députés britanniques au Parlement européen, une situation dont l'absurdité n'échappe pas aux électeurs; il est attendu que le Parti conservateur subisse de lourdes pertes.

Mardi, Mme May a présenté un plan de la « dernière chance » prévoyant une nouvelle série de compromis destinés à convaincre les parlementaires d'approuver une fois pour toutes son plan de sortie de l'UE.

En vain : le texte a fait l'objet d'un déluge de critiques tant de l'opposition travailliste que des eurosceptiques de son propre parti, entraînant ainsi la démission mercredi soir de la leader du gouvernement à la Chambre des communes, Andrea Leadsom.

Le projet de loi que Theresa May comptait faire voter la semaine du 3 juin ne figure par ailleurs pas au programme législatif annoncé jeudi par le gouvernement aux députés de la Chambre des communes britannique.

Le départ de Theresa May ne facilitera pas pour autant la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, puisque son successeur, qui sera issu des rangs conservateurs, réclamera probablement une rupture plus nette avec l'UE que le divorce à l'amiable que proposait Theresa May.

L'arrivée d'un chef de gouvernement plus intransigeant face à Bruxelles pourrait en effet accroître la probabilité d'une confrontation avec l'UE et mener à un Brexit sans accord.

Une pancarte montre un homme tenant un fusil pointé vers une chaussure aux couleurs du drapeau britannique. Des opposants au Brexit réclament inlassablement un second référendum sur le sujet, une option qu'a toujours rejetée par Theresa May. Photo : Reuters / Toby Melville

Des élections générales anticipées réclamées

Le chef de l’opposition officielle, le travailliste Jeremy Corbyn, estime que Mme May a eu raison de jeter l'éponge. Il insiste toutefois dans un communiqué pour que celui ou celle qui lui succédera déclenche « immédiatement » des élections générales anticipées, afin de « laisser le peuple décider de l'avenir » du pays.

Elle a enfin compris ce que le pays sait depuis des mois : elle ne peut pas gouverner, pas plus que son parti divisé et en pleine désintégration.

Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste

« Le Parti conservateur a été complètement incapable de s'occuper du Brexit et il est incapable d'améliorer la vie de la population ou de s'occuper de ses besoins les plus urgents. Le Parlement est dans une impasse et les conservateurs n'offrent aucune solution aux principaux défis de notre pays », a-t-il ajouté.

La première ministre écossaise Nicola Sturgeon abonde dans le même sens. « Son départ ne va pas résoudre la pagaille que les conservateurs ont créée », dit-elle.

« Dans les circonstances actuelles, il serait malavisé qu’un autre conservateur s’installe au numéro 10 [Downing Street] sans une élection générale », souligne-t-elle.

L’ex-ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, qui fait figure de favori dans la course à la direction du parti, s’est gardé de s’avancer à ce sujet.

À couteaux tirés avec Mme May, qu’il jugeait trop timorée face à l’Union européenne, celui qui a été l’un des plus ardents défenseurs du Brexit lors de la campagne référendaire du printemps 2016 s’est retranché derrière une déclaration de circonstance.

« Une déclaration très digne de Theresa May. Merci d'avoir servi notre pays et le Parti conservateur avec dévouement. Il est maintenant temps de suivre ses recommandations : s’unir et livrer le Brexit », a écrit sur Twitter M. Johnson, qui avait songé à briguer la direction du parti à l’été 2016 avant de se retirer de la course.

L’ancien ministre responsable du Brexit Dominic Raab, le ministre de l’Environnement Michael Gove, le ministre des Affaires étrangères Jeremy Hunt et l’ex-leader des conservateurs aux Communes Andrea Leadsom sont aussi considérés comme de possibles successeurs à Theresa May.

Les aspirants ont jusqu'au 10 juin pour présenter leur candidature. Les députés conservateurs auront ensuite la tâche de choisir les deux candidatures qu'ils retiennent, avant que les membres du parti soient appelés à voter pour l'un ou l'autre.

MM. Johnson et Hunt ont confirmé leur intention de se présenter à peine quelques heures après la démission de Mme May.

Une démission qui ne « change rien » à la position de l'UE

La Commission européenne, l'organe exécutif de l'UE, n'a pas tardé à réitérer pour une énième fois que la démission de Theresa May ne « change rien » à l'accord de divorce conclu l'automne dernier avec son gouvernement. Cet accord a été rejeté à trois reprises par le Parlement britannique.

Nous respecterons le nouveau premier ministre, mais rien ne changera quant à la position adoptée par le Conseil européen pour l'accord de sortie. Le président [Jean-Claude] Juncker a appris l'annonce de la première ministre et n'a éprouvé aucune joie. Il a apprécié de travailler avec Theresa May, qu'il respecte et considère comme une femme courageuse.

Mina Andreeva, porte-parole adjointe de la Commission européenne

« Le président Juncker est prêt à établir des relations de travail avec le nouveau premier ministre, quel qu'il soit, sans pour autant arrêter ses entretiens avec Theresa May », a précisé la porte-parole de la Commission.

Le négociateur de l'UE pour le Brexit, Michel Barnier, a exprimé dans un tweet son « plein respect » pour Mme May et a salué la « détermination à travailler pour un retrait ordonné de l'UE » dont elle a fait preuve.

Angela Merkel, Jean-Claude Juncker et Emmanuel Macron saluent la foule depuis un balcon.La chancelière allemande Angela Merkel, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le président français, Emmanuel Macron, lors de discussions tenues en Allemagne en juin 2018. Photo : Getty Images / Michele Tantussi

Le couple franco-allemand temporise

Le président français Emmanuel Macron a salué vendredi le « travail courageux » de Theresa May, tout en appelant à « une clarification rapide » sur le Brexit, indique une déclaration de l'Élysée.

« La France se tient prête à travailler avec le nouveau premier ministre britannique sur l'ensemble des sujets européens et bilatéraux. Notre relation avec le Royaume-Uni est essentielle dans tous les domaines », affirme le président.

Il est trop tôt pour spéculer sur les conséquences de cette décision. Les principes de l'Union européenne continueront à s'appliquer, notamment la priorité à préserver le bon fonctionnement de l'UE, ce qui nécessite une clarification rapide.

Emmanuel Macron, président français

Alors que les Français s'apprêtent à se rendre aux urnes pour les élections européennes, le président Macron a aussi profité de l'occasion pour décocher une flèche en direction du parti d'extrême droite Rassemblement national, de Marine Le Pen, en affirmant que le sort de Mme May illustre « que les votes de rejet sans projet alternatif conduisent à une impasse ».

La chancelière allemande Angela Merkel respecte la décision de Mme May de démissionner, a déclaré sa porte-parole, Martina Fietz. Cette dernière a cependant refusé de se prononcer sur les conséquences de cette démission sur le Brexit, un processus « qui dépend des évolutions de la politique intérieure britannique ».

« D'une manière générale [la chancelière] tient à ce que le gouvernement allemand soigne sa coopération étroite avec le gouvernement britannique [...] et cela restera ainsi, a-t-elle dit. Nous, et toute l'Union européenne, souhaitons trouver une bonne solution pour le Royaume-Uni ».

« Nous avons voté pour quitter l'UE », peut-on lire sur une pancarte lors d'une manifestation.De nombreux Britanniques sont prêts à ce que leur pays quitte l'Union européenne sans accord de divorce, un scénario que la communauté d'affaires cherche à éviter à tout prix. Photo : Reuters / Simon Dawson

Madrid et Dublin craignent un Brexit sans accord

Le gouvernement espagnol n'a pas caché que la démission de Mme May n'augure rien de bon pour le divorce à venir. « Un Brexit dur [sans accord, NDLR] paraît dans ces circonstances une réalité quasi impossible à arrêter », a commenté une porte-parole, du gouvernement socialiste de Pedro Sanchez, Isabel Celaa.

« Le gouvernement britannique, le Parlement britannique sont les uniques responsables d'une sortie sans accord et de ses conséquences », a-t-elle ajouté, en disant que Madrid s'attend à ce que le Royaume-Uni soit bientôt gouverné par « un nouveau leader conservateur dur » et à ce qu'il passe par « des temps difficiles ».

Les difficultés que nous traversons [...] sont un exemple clair de ce qui peut arriver si nous nous laissons emporter par les extrémismes. Nous devons faire face à cette situation, en renforçant l'Union, une UE forte grâce aux accords et aux consensus et non une Union limitée par les extrémismes, les égoïsmes, les nationalismes.

Isabel Celaa, porte-parole du gouvernement espagnol

Le premier ministre irlandais Leo Varadkar craint également que le prochain chef conservateur n'entraîne les négociations entourant le Brexit dans une phase « très dangereuse ». Les futures relations entre l'Irlande, membre de l'UE, et l'Irlande du Nord, province britannique, sont au coeur des désaccords entre parlementaires britanniques sur l'accord de divorce.

« Nous pourrions assister à l'élection d'un premier ministre eurosceptique qui veut répudier l'accord de retrait et opter pour [une sortie] sans accord », a-t-il prévenu, tout en convenant qu'il est aussi possible qu'un nouveau leader cherche à établir une relation « plus étroite » avec l'UE que ce qui est envisagé à l'heure actuelle.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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