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Les travailleurs d'usines sont à bout de souffle dans la Péninsule acadienne

Une femme dehors devant la caméra
Blondine Savoie n'accepte pas que les travailleurs des usines de crabe souffrent du manque de coopération de la part des pêcheurs et du gouvernement provincial à leur égard. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Une travailleuse d'usine de la Péninsule acadienne lance un cri du coeur : les débarquements des pêcheurs se font trop rapidement pour la capacité de production et les employés d'usine travaillent jusqu'à l'épuisement.

Blondine Savoie travaille dans les usines de transformation de poisson dans la Péninsule acadienne depuis 27 ans et milite pour les travailleurs saisonniers.

Chaque année, c'est la même chose, dit-elle Les pêcheurs de crabe prennent le large au début de la saison en ayant en tête d'atteindre leur quota le plus vite possible. Résultat? Les usines débordent de crabes et leurs employés ne réussissent pas à suivre le rythme et transformer toute la ressource.

Si l'usine décide qu'elle ne prend pas le crabe parce qu'elle en a déjà assez, le pêcheur apporte son crabe ailleurs, dit-elle. Donc vraiment, c'est le pêcheur qui a tout le contrôle.

Des travailleurs dans une usine de transformation de poisson.Des travailleurs dans une usine de transformation de fruits de mer (archives). Photo : Radio-Canada / Marie Isabelle Rochon

Les travailleurs ne réussissent plus à suivre la cadence. Elle raconte qu'ils travaillent tous de 12 à 14 heures par jour, sept jours par semaine. Pourtant, ils ne réussissent pas à voir le bout.

Une affirmation appuyée par d'autres travailleurs d'usine rencontrés dans la Péninsule acadienne vendredi.

On peut faire dans les 80, 90 heures dans la semaine, lance l'un d'eux.

On vient d'avoir deux jours off, mais on a fait trois semaines straight du matin au soir, on finissait à 22 h 30, 23 h, s'exclame un autre.

Mais pour certains, surtout les jeunes, c'est une bonne nouvelle puisqu'ils ont besoin de faire des heures pour avoir accès au chômage après la saison de la pêche.

La responsabilité du gouvernement

Les pêcheurs plaident régulièrement qu'ils doivent s'empresser afin de profiter des eaux avant l'arrivée des baleines noires dans le golfe. Mais Blondine Savoie ne croit pas à cette explication.

Les pêcheurs veulent s'en débarrasser, donc ils partent moins de semaines, mais apportent de plus gros voyages de crabes. Les usines sont pleines. Puis nous, on travaille comme des malades et à la fin de tout ça, on a moins de semaines pour notre chômage, affirme-t-elle.

La responsabilité revient toutefois au gouvernement, selon Blondine Savoie. Ce dernier devrait forcer les pêcheurs et les usines à travailler conjointement, pense-t-elle. Si les pêcheurs n'avaient plus le droit de pêcher plus ce que les usines sont capables de transformer, les travailleurs auraient des horaires plus normaux et ils auraient suffisamment de semaines de travail pour toucher des prestations d'assurance-emploi.

Une licence, un permis, c'est un privilège, pas un droit. C'est le gouvernement qui peut contrôler ça et il devrait mieux contrôler les pêcheurs, dit-elle. Pourquoi pas étaler la saison pour offrir une meilleure qualité de vie aux travailleurs?

Des travailleurs « morts de fatigue »

Elle n'en peut plus de voir des collègues quitter le travail en pleurant parce qu'ils sont épuisés. Selon elle, ce ne sont pas des conditions de travail viables.

Des travailleuses et travailleurs d'usine travaillent à la chaîne afin d’apprêter le crabe.Des travailleuses et travailleurs d'usine travaillent à la chaîne afin d’apprêter le crabe (archives). Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Il y en a qui ne peuvent juste plus, ils quittent le travail en pleurant, juste plus capable de continuer parce que le corps ne veut plus suivre. Et après, ils se sentent stressés et coupables parce qu'ils manquent des heures qu'ils ne sont pas sûrs d'avoir la semaine prochaine, déplore Blondine Savoie.

Les travailleurs de son usine ne sont pas les seuls à vivre cette réalité. Plusieurs employés d'autres usines l'ont appelée en larmes pour lui demander de l'aide. Partout, explique-t-elle, les gens ont peur de parler parce qu'ils craignent de perdre leur emploi.

C'est ça qui est triste. Ils ont été habitués dans la peur, la peur de tout perdre. Il faut que ça arrête.

Blondine Savoie, travailleuse

Certains parents ne voient même pas leurs enfants de la journée. Ils partent tôt le matin, les enfants dorment. Ils arrivent tard le soir, les enfants dorment. Ça fait vraiment pitié, s'exclame Mme Savoie.

Du crabe jeté à la poubelle

Une quantité importante de crabes est jetée tous les jours parce que les pêcheurs en rapportent trop dans les usines et les travailleurs n'arrivent pas à traiter ce volume, assure Blondine Savoie.

Il y a presque autant de pertes que de production.

Blondine Savoie, travailleuse
Des crabes dans une poissonnerieTous les jours du crabe est gaspillé parce que les travailleurs ne réussissent pas à répondre à la demande. Photo : Radio-Canada

On le sort de l'eau, on l'apporte à l'usine, les usines ne peuvent pas tout le faire et le crabe lui, il ne reste pas vivant bien longtemps. Quand il meurt, on ne peut plus le transformer, dit-elle.

Ce second problème pourrait être réglé si le gouvernement apportait des changements aux règlements de la pêche au crabe, conclut Mme Savoie.

Nouveau-Brunswick

Industrie des pêches