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analyse

Le nouvel ALENA, victime collatérale des tensions politiques à Washington?

Donald Trump, lors d'un point de presse, jeudi.

L'intensification du conflit qui oppose Donald Trump et la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, compromet encore davantage la ratification américaine de l'accord.

Photo : Associated Press / Andrew Harnik

Raphaël Bouvier-Auclair

La nouvelle mouture de l'ALENA faisait déjà l'objet de débats entre la Maison-Blanche et les démocrates au Congrès. Voilà que l'intensification du conflit qui oppose Donald Trump et la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, compromet encore davantage la ratification américaine de l'accord.

« La renégociation de l’ALENA a été comme un long rendez-vous chez le dentiste », disait le premier ministre du Québec, François Legault, devant des gens d’affaires de Washington, mercredi.

Après de longs mois de pourparlers, une nouvelle entente a été négociée et les trois partenaires l’ont signée. Si le gros de l’opération est chose du passé, elle n’est pas complètement terminée et des épisodes douloureux pourraient encore survenir. Le texte du nouvel accord doit encore être ratifié par les parlements des trois pays.

Le président américain Donald Trump, le premier ministre du Canada Justin Trudeau et le président mexicain Enrique Pena Nieto lors de la cérémonie de signature de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) avant le sommet du G20 à Buenos Aires, en Argentine, le 30 novembre 2018.

Le président américain Donald Trump, le premier ministre du Canada Justin Trudeau et le président mexicain Enrique Pena Nieto lors de la cérémonie de signature de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) avant le sommet du G20 à Buenos Aires, en Argentine, le 30 novembre 2018

Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Il faut dire que vendredi dernier, les promoteurs de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) ont eu une bonne raison de célébrer. Les tarifs américains imposés sur les importations canadiennes et mexicaines d’aciers et d’aluminium ont été levés. Il s’agissait d’un obstacle majeur à la ratification par certains des partenaires, dont le Canada, mais aussi par les élus démocrates et républicains au Congrès américain.

Mais voilà que, cette semaine, une nouvelle embûche (une autre) s’est dressée sur le chemin menant à l’entrée en vigueur de l’ACEUM. La Maison-Blanche et les démocrates au Congrès, joueurs clés dans l’approbation américaine de l’entente, sont entrés en conflit (un autre).

Les démocrates accusent la Maison-Blanche de faire entrave à leurs enquêtes sur l’administration. Le président Trump, lui, reproche à la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, d’avoir déclaré qu’il menait une « opération de camouflage ».

La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, jeudi.

La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, jeudi

Photo : Associated Press / J. Scott Applewhite

Résultat : les discussions autour d’un ambitieux projet d’investissements de 2000 milliards de dollars dans les infrastructures, auquel tiennent le président et les dirigeants démocrates, ont été suspendues abruptement et pour une durée indéterminée.

Des discussions interrompues

Aux États-Unis, l’importance de la collaboration entre les pouvoirs exécutif et législatif dépasse largement le seul enjeu des infrastructures. Bien d’autres projets, dont l’ACEUM, pourraient être pris en otage par l’impasse qui paralyse Washington.

Le dossier s’est d’ailleurs invité dans un point de presse du président, jeudi.

Pelosi ne comprend pas le texte, et ce, même si les syndicats, les agriculteurs sont en faveur.

Donald Trump, président des États-Unis

Depuis des mois, des élus démocrates expriment des doutes sur le contenu de l’entente, notamment par rapport à des enjeux liés à l’environnement et aux normes du travail. Plus tôt cette semaine, Nancy Pelosi a ouvert la porte à des discussions avec la Maison-Blanche pour trouver des terrains d’entente.

Une main tendue qui a vite été retirée.

« Quand le "génie extrêmement stable" agira de manière plus présidentielle, a-t-elle écrit jeudi sur Twitter [le président s’étant décrit de cette façon un peu plus tôt, NDLR], je serai heureuse de travailler avec lui sur les infrastructures, le commerce et d’autres dossiers. »

Donald Trump répète qu’il veut une entrée en vigueur rapide de l’accord. Dans un contexte où le conflit commercial entre les États-Unis et la Chine s’intensifie, l’accès aux marchés canadien et mexicain serait perçu comme une bonne nouvelle par les agriculteurs américains.

Pour atteindre son objectif, le président n’a d’autre choix que de s’entendre avec Nancy Pelosi. Mais combien de temps faudra-t-il attendre? La dernière paralysie partielle du gouvernement, la plus longue de l’histoire, a rappelé qu’à Washington, les différends peuvent s’éterniser.

Avant de pouvoir définitivement quitter le « rendez-vous chez le dentiste » évoqué par François Legault, il faudra patienter dans la salle d’attente pendant encore un moment.

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