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Le SPVM invité à décrire les suspects autrement pour éviter le profilage racial

Pradel Content.

Pradel Content sort gagnant d'une récente décision de la Commission des droits de la personne.

Photo : Radio-Canada / Steve Rukavina

Radio-Canada

Dans une décision concernant un résident de Laval interpellé à tort pour un vol qu'il n'avait pas commis, la Commission des droits de la personne du Québec demande au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) de changer sa façon de décrire les suspects afin d'éviter le profilage racial.

Pradel Content, qui marche à l'aide d'une canne et souffre de douleurs chroniques au dos, a déposé une plainte après avoir été fouillé et « malmené » par la police en mars 2014, alors que les agents étaient à la recherche d'un homme noir portant des vêtements noirs, a expliqué Fo Niemi, du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), une organisation qui a accompagné le plaignant dans ses démarches.

M. Niemi, qui dirige le CRARR, a estimé jeudi que la description du suspect recherché était trop vague, et que la police n'avait pas de raison de s'en prendre aussi agressivement au plaignant.

Le document de la cour explique que, dans le cadre de leur enquête, les policiers ont rencontré la victime d'un vol qui a expliqué que l'homme qui tentait de l'extorquer se serait décrit comme étant « un homme noir portant des vêtements foncés ». Cette description devait aider la victime à identifier le suspect pour que ce dernier lui remette son cellulaire en échange d'un montant d'argent.

C'est sur cette description que les policiers se sont basés pour arrêter M. Content qui se trouvait aux environs du lieu de rendez-vous à l'heure prévue pour la rencontre avec le suspect. Il marchait pour se diriger à un concert accompagné de trois amis de sexe masculin, l'un étant cambodgien, l'autre noir (se prénommant Jean-Mary) et le troisième blanc.

Les deux hommes noirs ont été interceptés et M. Content a été menotté, peut-on encore lire dans le document.

« Ils l'ont malmené, même s'il a évidemment dit : "Ce n'est pas moi; j'ai une canne, faites attention" », a-t-il déploré en entrevue.

Les policiers ayant fouillé et vérifié l'identité du plaignant, celui-ci a été relâché sur place, sans excuse, a ajouté M. Niemi.

L'enquête révèle que l'intervention des policiers auprès de M. Content, d'une durée d'environ 15 minutes, n'a pas été documentée par le SPVM.

La Commission conclut que Pradel Content a été victime de profilage racial et estime que les agents de police auraient dû prendre en considération les limitations physiques du plaignant lorsqu'il a été interpellé.

Elle demande au SPVM de payer 19 000 $ en dommages et intérêts. La décision n'est toutefois pas contraignante.

La police a refusé de commenter l'affaire.

Changer l'approche policière

Le SPVM dispose maintenant d'un mois pour donner suite aux recommandations de la Commission, sans quoi la cause sera soumise au Tribunal des droits de la personne, qui a le pouvoir d'imposer des amendes à la Ville et à son service de police.

Fo Niemi espère que l'affaire aura pour conséquence de « permettre à la cour d'établir de nouveaux standards policiers par rapport à la manière dont les personnes racisées et les personnes vivant avec un handicap doivent être approchées ».

Prenant la parole aux côtés de M. Niemi en conférence de presse, Pradel Content a indiqué que l'incident de 2014 n'était pas une anomalie et qu'il était constamment harcelé par la police.

En 2017, par exemple, il a déposé une autre plainte à la Commission après avoir été présumément poussé et menotté par un agent de police de Laval dans une station-service. Ce dernier l'aurait aussi forcé à supprimer une vidéo de l'incident stockée dans son téléphone intelligent.

M. Content estime que les policiers montréalais devraient avoir l'obligation de porter sur eux une caméra portative afin qu'ils puissent être tenus responsables de leurs actes.

« J'en ai assez de me faire traiter comme un genre de nègre de seconde classe », a-t-il lâché.

La Ville de Montréal a récemment décidé de ne pas mettre une telle mesure en oeuvre, évoquant notamment le coût élevé de l'équipement.

D'après un texte Benjamin Shingler, de CBC

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