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Roundup : première demande d'action collective contre Monsanto au Québec

Des bouteilles du Roundup sur une tablette.
Le Roundup est au centre de milliers de poursuites. Photo: Reuters / Yves Herman
Sophie-Hélène Lebeuf

Déjà visés par des milliers de poursuites associant l'herbicide Roundup à un type de leucémie, Bayer et sa filiale Monsanto, qui le produit, se retrouvent de nouveau au banc des accusés : une requête d'action collective a été déposée à leur endroit mardi devant la Cour supérieure du Québec, une première dans la province.

C'est plus spécifiquement Monsanto Canada, Monsanto Co., dont le siège social est au Missouri, aux États-Unis, ainsi que Bayer Inc., enregistrée au Canada, qui sont désignées comme défendeurs.

La demande est présentée au nom de Liliane Paquette et au nom des résidents du Québec qui ont reçu un diagnostic de lymphome non hodgkinien, après avoir utilisé le Roundup ou y avoir été exposés entre 1976 et la date de l'éventuelle autorisation de la demande d'action collective, et de leurs successeurs.

Jointe par Radio-Canada, la firme Dussault Lemay Beauchesne, de Québec, à l'origine de la démarche judiciaire, précise qu'aucun autre demandeur ne s'est pour l'instant joint à la requête, en raison du court délai.

Selon les documents déposés en cour, la plaignante principale, Liliane Paquette, a été exposée au Roundup approximativement de 1997 à 2005 dans une ferme à L'Assomption, dans Lanaudière, où le Roundup était utilisé. Elle n'a pas appliqué elle-même le produit, mais l'a manipulé de façon régulière en plus d'avoir été en contact avec des récoltes où l'herbicide avait été pulvérisé, est-il notamment ajouté.

La plaignante allègue avoir reçu en 2005 un diagnostic de lymphome non hodgkinien chronique, une forme de cancer du système lymphatique, de stade quatre.

« La demanderesse a subi, et continue de subir, de graves blessures corporelles ainsi que des douleurs et des souffrances », affirme la demande d'autorisation d'action collective, soumise au tribunal en anglais. La plaignante, qui n'aurait pas été en mesure de travailler depuis son diagnostic, « a également subi, et continue de subir, des dommages pécuniaires », ajoutent ses avocats.

Les défendeurs savent depuis des décennies qu'ils proclament faussement la sécurité du Roundup et du glyphosate.

Extrait de la poursuite

La poursuite accuse Monsanto et Bayer d'avoir « manqué à leurs obligations » en présentant à tort le Roundup et son ingrédient actif, le glyphosate, comme des produits sécuritaires. Elle ajoute qu'ils n'ont pas fait de mise en garde « convenable, adéquate et juste » contre les risques liés à l'utilisation du Roundup et du glyphosate, ni au fait d'y être exposé, et qu'ils ont failli à révéler l'ampleur de ces risques.

La poursuite réclame 10 millions de dollars en dommages punitifs, auxquels s’ajouteraient d'éventuels dommages pécuniaires et non pécuniaires pour chaque membre du recours collectif.

Au moment de la publication de l'article, Monsanto Canada n'avait pas donné suite à la demande d'entrevue de Radio-Canada. Dans un communiqué publié la semaine dernière, l'entreprise martelait l'innocuité du Roundup et soutenait qu'il n'était pas cancérigène.

Bayer a racheté Monsanto, fabricant du Roundup, l'an dernier pour 63 milliards de dollars.

Un déluge de poursuites

Il s'agit de la deuxième demande d'action collective présentée au pays en un peu plus d'une semaine contre le Roundup, l'herbicide le plus vendu du Canada. La première a été déposée en Saskatchewan le 15 mai.

Monsanto et Bayer font en outre face à plus de 13 400 actions en justice, aux États-Unis seulement.

Il y a 10 jours, un tribunal de Californie a ordonné à la compagnie de verser plus de 2 milliards de dollars américains à un couple qui alléguait que le Roundup était la cause de leur cancer.

C'était le troisième jugement consécutif que perdait Bayer aux États-Unis pour des poursuites similaires.

En janvier dernier, après avoir révisé les centaines d'études qui avaient justifié l'autorisation du glyphosate pour une période de 15 ans, en 2017, Santé Canada a maintenu sa décision.

Selon le site d'informations financières Bloomberg, une cinquantaine de comtés et de villes d'Amérique du Nord, dont Miami et Vancouver, ont interdit ou restreint l'utilisation du glyphosate. D'autres villes du monde ont pris la même décision. Le glyphosate est même interdit dans l'ensemble des Pays-Bas.

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