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Postuler en montrant son handicap dans une vidéo, une stratégie gagnante

Un homme en fauteuil roulant.
Une nouvelle étude démontre qu'un CV vidéo peut aider les personnes handicapées à obtenir une entrevue d'embauche Photo: iStock
Alexandre Duval

Lorsqu'elles postulent pour un emploi, les personnes en fauteuil roulant auraient intérêt à dévoiler leur handicap dans une vidéo de présentation. Cette stratégie augmente de 38 % leurs chances d'être convoquées en entrevue d'embauche, selon une étude menée à l'Université Laval.

« C'est des effets qui sont vraiment extrêmement forts quand on considère les difficultés auxquelles font face les personnes qui vivent avec des incapacités physiques », explique le professeur au département d’économique, Charles Bellemare.

Son équipe avait déjà démontré dans une autre étude qu’à compétences égales, une personne handicapée a 54 % moins de chances d’être convoquée à une entrevue d’embauche qu’une personne ayant l’usage de ses jambes.

Charles Bellemare, professeur au département d'économique de l'Université LavalCharles Bellemare, professeur au département d'économique de l'Université Laval Photo : Radio-Canada

Cette fois, le professeur Bellemare a voulu étudier une possible solution pour augmenter ce taux de convocation : le curriculum vitae (CV) en format vidéo.

Pour ce faire, une comédienne a enregistré un faux CV vidéo d’environ 90 secondes. La candidate fictive y décrit son expérience et ses compétences pour occuper un emploi de secrétaire-réceptionniste.

Dans une première version de la vidéo, elle est assise dans une chaise ordinaire. Pour mesurer les différentes réactions des employeurs, une autre version presque identique a été enregistrée, à un détail près : la candidate apparaît en fauteuil roulant.

Un extrait du CV vidéo dans lequel la comédienne apparaît en fauteuil roulantLa comédienne a enregistré une version du CV vidéo dans une chaise ordinaire et l'autre dans un fauteuil roulant Photo : Charles Bellemare, Université Laval

Plus de 2000 CV ont ainsi été envoyés aux quatre coins du Québec, pour de réels emplois. « À peu près la moitié [des dossiers de candidature] contenaient une invitation à visionner un CV vidéo », précise le professeur Bellemare.

Il avait prévu un effet positif à la fois pour la candidate non handicapée ainsi que pour celle en fauteuil roulant. C’est ce qui s’est produit.

Avec un CV vidéo, une personne a l'opportunité de rapidement se présenter à un employeur potentiel, de démontrer sa productivité, ses capacités et déjà de faire une très bonne première impression.

Charles Bellemare, professeur au département d'économique de l'Université Laval
Le professeur Charles Bellemare regarde sur son ordinateur le CV vidéo enregistré avec une comédienne pour sa rechercheUn CV vidéo d'environ 90 secondes a été produit avec une comédienne Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Hausse impressionnante

Grâce au CV vidéo, le taux de convocation des personnes non handicapées passe de 44,6 % à 55,2 % pour une entrevue d’embauche. Il s’agit d’une hausse de 24 %.

Même si le taux de convocation des personnes en fauteuil roulant reste plus faible, l’effet du CV vidéo est proportionnellement plus grand.

En effet, avec le CV vidéo, le taux de convocation des personnes handicapées passe de 19,9 % à 27,4 %, soit un bond impressionnant de 38 %.

Ceci étant dit, il y a encore du travail à faire pour être en mesure de réduire les écarts dans les taux de convocation et donc offrir les mêmes opportunités d'intégration dans le marché du travail à ces deux segments-là de la population.

Charles Bellemare, professeur au département d'économique de l'Université Laval

Briser les mythes

Les résultats semblent tout de même indiquer que le CV vidéo est « une autre option », selon Simon April, responsable en défense des droits des personnes handicapées auprès du Comité d'action des personnes vivant des situations de handicap (CAPVISH), à Québec.

« C’est une bonne nouvelle. On ne peut pas être contre la vertu! ». Il croit cependant que le CV vidéo n’est pas une panacée. À son avis, la racine du problème reste les « mythes » que certains employeurs entretiennent.

Simon April assis devant son ordinateur à l'organisme CAPVISHSimon April, responsable en défense des droits pour l'organisme CAPVISH à Québec Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Il existe toujours des entreprises qui se demandent par exemple si un employé en fauteuil roulant sera moins performant ou s’il aura un taux d’absentéisme plus élevé, selon M. April.

On devrait sensibiliser, former un peu plus les employeurs parce que les personnes handicapées, c'est une bonne ressource […] Il y a beaucoup de personnes qui sont hautement qualifiées, qui pourraient faire de bons emplois.

Simon April, responsable en défense des droits, CAPVISH

Ceux qui décrochent

Une donnée de l’étude semble d’ailleurs confirmer qu’une vision négative du fauteuil roulant persiste chez certains patrons, malgré le CV vidéo.

Le professeur Charles Bellemare pouvait repérer à quel moment les employeurs cessaient de regarder la vidéo. Certains l’ont arrêtée exactement au moment où le fauteuil roulant apparaissait à l’écran.

C'est comme si l'entreprise avait décroché, ce qui suggère une forme de comportement discriminatoire. Une autre explication serait que l'entreprise n'est pas accessible physiquement pour les personnes en fauteuil roulant.

Charles Bellemare, professeur au département d'économique de l'Université Laval

D’ailleurs, son équipe de recherche est en train de recenser quelles entreprises ayant reçu un CV vidéo n’ont pas d’accès adapté. Ces nouvelles données permettront de déduire si cela a été un facteur dans l’arrêt du visionnement.

Pour la suite, le professeur Bellemare souhaite analyser combien d’emplois additionnels pourraient être comblés au Québec par des personnes handicapées grâce au CV vidéo.

Il veut ultimement comparer les coûts et les bénéfices, pour le gouvernement, d’une possible subvention pour que les personnes handicapées se dotent d’un CV vidéo.

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