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L'avortement, un droit fondamental mais inégal aux États-Unis

 À Los Angeles, une manifestation pour le droit à l'avortement.

À Los Angeles, une manifestation pour le droit à l'avortement, mardi dernier. « Nous ne reviendrons pas en arrière », dit la pancarte brandie par cette manifestante.

Photo : The Associated Press / Marcio Jose Sanchez

Agence France-Presse

L'avortement est légal dans l'ensemble des États-Unis, mais les Américaines ne sont pas égales face à cette épreuve, dont la difficulté est directement liée au lieu de résidence et à la taille du porte-monnaie.

« Si vous habitez dans le Sud ou le centre du pays, l'accès est très limité. Si vous résidez dans les villes de l'Ouest ou du Nord-Est, c'est mieux », résume Elizabeth Nash, analyste au sein du centre de recherche Guttmacher Institute, qui défend le droit des femmes à avorter.

Entre la Californie (Ouest), où plus de 150 cliniques pratiquent des interruptions volontaires de grossesse (IVG), et le Mississippi (Sud) ou le Missouri (centre), où il n'y en a qu'une pour tout l'État, les disparités sont énormes.

Dans cette immense fédération, où les limites de vitesse ou l'âge légal du mariage varient aussi d'un État à l'autre, la Cour suprême a fixé en matière d'avortement « une norme minimale pour tout le pays », rappelle Meg Penrose, professeure de droit à la Texas Wesleyan School of Law.

Dans une série d'arrêts dont le premier remonte à 1973, elle a affirmé que l'avortement était un « droit fondamental » tant que le foetus n'est « pas viable », soit aux alentours de la 24e semaine de grossesse.

« En même temps, les 50 États indépendants conservent le droit d'assurer que la santé des femmes n'est pas compromise », ajoute l'universitaire. Ils peuvent donc légiférer à condition de ne pas imposer de « fardeau injustifié » aux patientes.

Ce critère est « très vague », regrette Elizabeth Nash, « il a permis la prolifération de restrictions à l'avortement », poursuit-elle. Son institut en a recensé plus de 1200 depuis 1973.

Une Américaine de l'Utah manifestait contre l'avortement, mardi dernier.

Une Américaine de l'Utah manifestait contre l'avortement, mardi dernier.

Photo : The Associated Press / Rick Bowmer

Les États conservateurs ont d'abord imposé des conditions strictes aux structures pratiquant des IVG, en exigeant qu'elles soient situées près d'un hôpital, ou qu'elles aient des salles d'opération ou des couloirs d'une certaine dimension...

D'autres, comme le Mississippi et la Caroline du Nord, ont ramené la durée légale pour avorter à 20 semaines de grossesse.

Quant aux femmes, cinq États imposent qu'elles soient « averties » d'un lien supposé entre l'avortement et le cancer du sein. Treize exigent qu'on leur parle de l'éventuelle souffrance du foetus.

Autre nerf de la guerre : l'argent. Onze États interdisent aux assurances médicales privées de rembourser les avortements.

De l'autre côté du pays (et de l'échiquier politique), 16 États puisent dans leurs fonds pour payer les IVG des femmes pauvres. Une moitié ne demande aucune autorisation parentale pour les mineures ni aucun délai de réflexion entre la première consultation et l'intervention.

Alors qu'un avortement coûte en moyenne 500 $, ces écarts accentuent les inégalités entre les femmes riches et les femmes pauvres. « S'il faut faire 200 km pour aller à la clinique et attendre trois jours avant le deuxième rendez-vous », la facture devient très lourde, souligne Mme Nash.

Les États-Unis recensent environ 15 avortements pour 1000 femmes âgées de 15 à 44 ans, un ratio comparable à ceux de la Grande-Bretagne et de la France.

Mais, selon le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), ce taux est de 6,2 pour 1000 en Alabama (Sud) et de 23,1 pour 1000 dans l'État de New York.

Outre le cadre légal, « le niveau d'éducation, de développement économique [et] la religion sont les facteurs sous-jacents » de ces disparités, rappelle Dick Howard, professeur de droit à l'Université de Virginie.

Le Sud, plus pauvre, plus rural, moins éduqué, compte beaucoup de chrétiens évangéliques, un groupe très hostile à l'avortement, souligne-t-il.

Selon un sondage Pew de 2014, près de 60 % des habitants de l'Alabama ou du Mississippi voudraient que l'avortement soit illégal, alors que 74 % des résidents du Massachusetts (Nord-Est) soutiennent la légalité des IVG.

Et les écarts pourraient encore se creuser sous l'influence des juges nommés à la Cour suprême par le président républicain Donald Trump.

Les États les plus conservateurs se sont lancés dans une vaste offensive contre l'avortement dans l'espoir que le temple du droit américain revienne sur sa décision de 1973.

Face à cet assaut, la Cour remaniée « ne va pas interdire l'avortement, mais il est probable qu'elle dise que chaque État est libre de décider », prédit Dick Howard. « Et là, on pourrait terminer avec 50 régimes différents. »

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