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Pourquoi Disney refait ses plus grands succès, d’Aladdin à Mulan

Le génie et Aladdin sont debout au milieu du désert.

Une scène tirée du nouveau Aladdin

Photo : Disney

Radio-Canada

Selon votre âge, il y a peut-être quelque chose qui vous paraît familier dans ce nouveau monde présenté dans la version 2019 d'Aladdin.

En 1992, une armée d’animateurs de Disney a déployé ses forces pour créer un film qui a filé comme sur un tapis volant vers les sommets des records commerciaux.

C’était un temps de renouveau créatif pour les studios Walt Disney. La maison de Mickey Mouse a retrouvé de sa superbe en sortant à la chaîne ce qui deviendrait des classiques de l’ère moderne, comme La petite sirène (1989), La belle et la bête (1991) et Le roi lion (1994).

Aladdin est le plus récent classique d’animation de Disney à être relancé avec des acteurs en chair et en os, de nouvelles chansons, de grandes vedettes et une représentation plus juste de la culture moyen-orientale.

Le futur a un goût de déjà-vu

Plus tard cet été, la tendance à revisiter les classiques se poursuivra avec Le roi lion, mettant en vedette dans la version anglaise des célébrités telles que Donald Glover et Beyoncé.

Le lion Mufasa et son fils Simba sont sur un rocher qui surplombe la savane.

Une scène tirée du nouveau Roi lion

Photo : YouTube / Disney

Disney présentera aussi en 2020 une nouvelle version de Mulan et des 101 dalmatiens (Cruella), un film où l'actrice oscarisée Emma Stone va incarner la méchante qui terrorise les chiots.

Revêtue d'un costume rouge, Liu Yifei brandit une épée

Liu Yifei, interprète de Mulan dans le film produit par Disney

Photo : Disney

Le réalisateur Rob Marshall, qui vient tout juste de boucler Le retour de Mary Poppins, est déjà en train de retravailler La petite sirène. Et les admirateurs de Tessa Thompson devront s’abonner au service de diffusion en continu Disney+ pour voir une nouvelle version de La belle et le clochard.

Si l’image de deux chiens qui partagent le même spaghetti peut réchauffer le cœur, il y a de nombreux aspects des classiques de Disney qui n’ont pas bien vieilli. Prenons par exemple les yeux bridés et les accents exagérés des chats siamois dans La belle et le clochard, le personnage de Jim Crow dans Dumbo, sans mentionner des décennies de demoiselles en détresse.

Une partie du problème, c’est que ces films sont si bons.

Bonnie Rudner, professeure associée à l'Université de Boston

La professeure associée à l’Université de Boston Bonnie Rudner explore les bons et les moins bons aspects de Disney dans son cours sur les contes et légendes. Lorsqu’elle montre les films à ses étudiants, elle est fascinée de voir ce qui leur échappe : Le problème, c’est que c’est si bon à regarder. Moi-même, je suis complètement passionnée.

Bonnie Rudner croit que Disney se met les pieds dans les plats lorsqu’il est question de genre et de communautés ethnoculturelles. Elle donne l'exemple du Aladdin de 1992. Dans les premières lignes de la chanson Nuits d’Arabie, on peut y entendre :

On vous coupe les oreilles
Si votre air ne nous revient pas
C’est barbare, mais on se sent chez soi

En 1993, après qu’un groupe de revendication des droits des Américains d’origine arabe s'est plaint, les paroles ont été changées pour la version sur cassette, sur laquelle on peut entendre :

Cette terre de mystère
Au décor si sévère
Regorge d’histoires légendaires

Selon Bonnie Rudner, les problèmes avec Aladdin vont plus loin que ces paroles. Dans le film de 1992, tous les héros ont la peau claire, alors que le vilain Jafar et ses acolytes ont la peau plus foncée. Elle relève aussi que les habitants de la ville moyen-orientale (et fictive) d’Agrabah sont en majorité des vagabonds édentés, alors qu’Aladdin a un sourire parfait.

« Il est pauvre, dit-elle, alors où a-t-il bien pu se trouver un dentiste? »

Distribution internationale

Sean Bailey est le président de la production aux Walt Disney Studios. En entrevue avec le Los Angeles Times à propos du nouveau Aladdin, il a assuré que la compagnie essayait « de faire honneur à ce qui a fait de cette histoire une légende intemporelle, tout en s’assurant d’être au diapason avec notre époque ».

Pour la version de 2019, l'entreprise a fait un appel à l’international pour trouver sa distribution. Il a ainsi rassemblé des acteurs de multiples horizons : Aladdin est interprété par Mena Massoud, un Canadien né en Égypte, le sultan est joué par un Irano-Américain, Navid Negahban, et le nouveau Jafar est incarné par Marwan Kenzari, un acteur néerlandais aux origines tunisiennes.

Gros plan sur le visage de l'homme

L'acteur Mena Massoud

Photo : Denise Grant

Il y a également le génie, joué par Will Smith, qui a dit vouloir apporter une énergie « hip-hop » au personnage.

La princesse Jasmine a aussi droit à une mise au point; elle passe d’une femme qui se pâme devant Aladdin à une héroïne qui souhaite devenir la première femme sultan. L’ancienne Power Ranger Naomi Scott a décroché le rôle et chante une nouvelle chanson où elle défend le sort de son peuple.

La princesse Jasmine descend les marches du palais avec son tigre.

Une scène tirée du nouveau Aladdin

Photo : Disney

Féminisme ou opportunisme?

La youtubeuse Lindsay Ellis n’est pas impressionnée par la nouvelle chanson ou par cette histoire d’autonomisation de la femme. Critique de films dont les vidéos sont vues par des millions de personnes, elle décrit les changements dans la représentation des récentes héroïnes de Disney comme étant un « féminisme dénué de sens, imbriqué dans la culture pop ».

Elle juge que rien n’a changé dans l’essence du personnage, que les changements apportés « ne sont que des airs de progressisme bon marché qui n’ont aucune relation avec le réel activisme ».

La femme est assise sur une chaise d'ordinateur et s'adresse à la caméra.

La youtubeuse Lindsay Ellis

Photo : YouTube / Lindsay Ellis

Lindsay Ellis argue qu’un autre signe du manque de sincérité de Disney se trouve derrière la caméra. Elle montre du doigt le nouveau Roi lion, réalisé par Jon Favreau, et Aladdin, réalisé par Guy Ritchie. Tous des « hommes blancs qui n’ont pas fait de films intéressants, frais, depuis vraiment longtemps », selon elle.

Ces nouvelles versions des classiques de Disney sont plus que des refontes pour corriger les failles dans les histoires, d’après Todd J. Pierce, qui anime le balado Disney History Institute. Ce dernier les considère comme une stratégie internationale pour « introduire d’anciens produits dans des parties du monde en développement ».

Alors que les films de Disney sont des incontournables en Amérique du Nord et en Europe depuis plus de 80 ans, Todd J. Pierce indique qu'« ils ne sont arrivés qu'au cours des dernières décennies dans ces régions en développement ».

Pile sur la génération X

La refonte des classiques de Disney tombe à point pour une génération d'admirateurs.

Si vous aviez 10 ans quand vous avez vu le premier Aladdin et que vous l’avez aimé, explique Todd J. Pierce, vous risquez probablement d'avoir un enfant d’environ 10 ans et de vouloir voir cette nouvelle version avec lui.

Il croit que cette urgence de refaire les classiques est motivée par la reconnaissance de marque.

Mais cette urgence rappelle à la critique de films Lindsay Ellis une autre ère de Disney, lorsque les suites de films sorties uniquement sur cassette ont inondé le marché, vers la fin des années 1990 et le début des années 2000.

Je crois que ce qu’on voit maintenant est la version grand budget de ce phénomène.

Lindsay Ellis, critique de films et youtubeuse

Elle avance qu’à ce moment-là, les suites aux airs bon marché diminuaient le prestige de la marque Disney.

Maintenant, ils essaient de neutraliser ça en mettant de l'avant des réalisateurs reconnus et en injectant de grosses sommes dans la production, souligne-t-elle.

Ils cannibalisent leur propre originalité, ce qui n’est fondamentalement pas durable.

Avec les informations de CBC

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