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  • 25e anniversaire de L’Itinéraire : le journal qui valorise les gens de la rue

    Le journal L'Itinéraire célèbre ses 25 ans

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Au début des années 90 naissait un projet communautaire qui allait révolutionner les contacts entre les Montréalais et les personnes en situation d'itinérance. Le journal L'Itinéraire est issu d'une volonté de réinsérer socialement les marginaux. Retour sur les débuts de l'aventure.

    Faire confiance à ceux qui en ont le plus besoin

    Au Montréal ce soir du 14 avril 1992, le journaliste Daniel Carrière présente les balbutiements de cette publication.

    Les participants au projet sont réunis à l’Accueil Bonneau pour le lancement de L’Itinéraire, premier journal conçu par des gens de la rue au Canada.

    Le premier numéro est réalisé avec de modestes moyens et est consacré aux thèmes de la pauvreté, de la faim, de la solitude et de la pénurie de logements.

    Le journaliste indique que les gens en situation d’itinérance qui participent à la création du journal gagnent en autonomie. Ils possèdent entre autres la clé du local. On leur fait confiance et cela est précieux.

    Le 24 mai 1994, la version payante est lancée, les camelots reçoivent la moitié du montant pour chaque copie vendue.

    Quand j’ai commencé à m’impliquer au groupe d’entraide, le fait de prendre juste une petite responsabilité, pour moi, c’était beaucoup. Le fait de la respecter cette responsabilité-là [...] c’était beaucoup.

    Patricia Dufour, ex-toxicomane

    Un emploi pour apprendre et se valoriser

    Second regard, 29 janvier 1995

    À l’émission Second regard du 29 janvier 1995, le journaliste Gilles-Claude Thériault présente un portrait du journal L’Itinéraire et de ses artisans.

    Serge Lareault, éditeur du journal, explique que l’objectif visé était de créer une entreprise qui permet à des gens traînant un lourd passé de toxicomanie ou d’itinérance, de trouver un climat de travail propice. Un emploi pour apprendre et se valoriser.

    Les journaux de rue sont distribués par des itinérants dans plusieurs grandes villes. Nous en retrouvons à Londres, Paris, New York, San Francisco, Vancouver et Toronto.

    L’Itinéraire se distingue par l’implication des sans-logis à la création du journal.

    À L’Itinéraire, ce qui est particulier, c’est qu’ils peuvent aussi écrire dans le journal. Ils le produisent, ils l’écrivent, ils l’administrent aussi. C’est un phénomène complètement nouveau et ça ne se fait nulle part ailleurs.

    Serge Lareault, éditeur de « L'Itinéraire » de 1994 à 2014

    La publication amène les personnes vulnérables à se dépasser de plusieurs façons : en étant dans l’obligation de converser avec d’autres, en écrivant sur eux-mêmes et en se dévoilant. C’est à la fois un exercice d’introspection et de communication.

    Le journal, ça fait partie de ma vie. C’est un travail que j’ai à faire sur moi-même. C’est un travail d’ouverture vers les autres, vers le monde, mes semblables.

    Robert Beaupré, ancien collaborateur au journal « L’Itinéraire »

    Aux guidons de sa bicyclette, Johanne Poulain, responsable de la distribution du journal auprès des camelots, arpente la ville avec fierté. Le journal lui a redonné le goût de vivre.

    Si L’Itinéraire ne m’avait pas été présenté, je ne pense pas que je me serais sortie aussi facilement du gouffre où j’étais rendue. […] Plus j’ai des responsabilités, moins j’ai le goût d’aller vers ça [la drogue]. L’Itinéraire est encore très important pour moi. J’pense que je vais être là un bon bout de temps.

    Johanne Poulain, ancienne responsable de la distribution

    Un modèle d’économie sociale

    RDI économie, 12 avril 2010

    Lors de l’émission RDI économie du 12 avril 2010, Gérald Fillion présente L’Itinéraire comme un modèle d’économie sociale.

    Serge Lareault, qui a mis le projet sur pied, explique comment le magazine des gens de la rue a su épouser les particularités des personnes marginalisées.

    On a transformé les méthodes de travail pour les adapter à des handicaps, que ce soit physiques, mentaux, que ce soit la toxicomanie, l’incapacité d’être présent tous les jours au travail. […] On produit [...] avec des gens qui ne pourraient travailler nulle part ailleurs que chez nous.

    Serge Lareault

    Pour Serge Lareault, nos sociétés modernes créent de plus en plus d’exclus en raison des avancées technologiques rapides. L’Itinéraire, une entreprise d’économie sociale, mise sur le bien-être des citoyens avant de tabler sur le profit.

    Le capital que l’on a créé comme entreprise d’économie sociale, c’est de réinvestir dans les employés qui ont besoin de plus d’aide. […] par exemple avoir un psychologue à demeure pour aider les gens à se maintenir […] On offre plus de services et ça fonctionne.

    Serge Lareault

    Le média s’est modifié au fil des ans. Il est aujourd’hui plus touffu et se présente sur du papier glacé. L’Itinéraire est publié 24 fois l’an et est distribué par 150 camelots.

    L’organisme sans but lucratif a développé des projets connexes, par exemple Le Café de la Maison ronde, un restaurant qui offre des repas gratuits à des Autochtones sans abri et qui permet à ceux-ci d’acquérir une expérience de travail.

    L’Itinéraire a également élargi son réseau de distribution. Nous pouvons désormais trouver des copies non seulement à Montréal, mais aussi à Longueuil, Laval, Saint-Jérôme, Granby, Sutton et Saint-Bruno. Le magazine est également offert en ligne.

    Depuis sa création, près de 2500 itinérants ont vu leur vie changer en raison de leur implication dans le journal, qui s’écoule aujourd’hui à 24 000 exemplaires par mois.

    L’Itinéraire n'est cependant pas exempté de la crise qui secoue le monde des médias, et sa survie reste précaire.

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