•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Frank Zampino se dit persécuté par l’État

L'ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal Frank Zampino, le 17 mai 2002

L'ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal Frank Zampino, le 17 mai 2002

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Gaétan Pouliot

« Atterré » et « humilié », l'ex-numéro deux de la Ville de Montréal demande l'annulation de son deuxième procès criminel pour fraude, abus de confiance et corruption dans les affaires municipales. Il estime que le gouvernement manque de compassion et s'acharne sur son cas.

« Tous les matins, avant 6 h, je tire les rideaux pour voir s’il y a une voiture [de police] devant chez moi pour m’arrêter », a témoigné Frank Zampino devant la Cour du Québec.

L’ancien président du comité exécutif de Montréal s’est présenté en homme brisé devant la juge Joëlle Roy pour appuyer sa requête en arrêt des procédures dont Radio-Canada a obtenu copie.

M. Zampino dit avoir été « extrêmement affecté » par son arrestation en septembre 2017, alors qu’il subissait son procès dans le dossier du Faubourg Contrecoeur, une affaire pour laquelle il a été acquitté de toutes les accusations l’année dernière.

« Font-ils cela pour me déstabiliser », pour me « mettre à genou »? a-t-il demandé à la cour lors de son témoignage le mois dernier, estimant qu’il s’agissait d’un manque de « compassion » du Directeur des poursuites pénales et criminelles (DPCP).

La possibilité qu’il soit arrêté une nouvelle fois en lien avec le scandale des compteurs d’eau ou dans le cadre d’une autre enquête policière le soumet à un constant « stress psychologique ».

« Quand cela va-t-il s'arrêter? » a demandé l’ex-bras droit du maire Gérald Tremblay de 2002 à 2008, ajoutant être dans les « limbes juridiques ».

Écrivez-nous

Vous avez des informations à nous transmettre? Contactez notre journaliste : gaetan.pouliot@radio-canada.ca (Nouvelle fenêtre)

Frank Zampino

L'ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal Frank Zampino

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Abus de procédures

En septembre 2017, Frank Zampino et sept autres personnes ont été accusés d'avoir participé à un cartel de firmes d'ingénierie. Ces dernières se partageaient des contrats municipaux en échange de financement politique ou d’autres avantages, selon l’enquête policière baptisée Fronde.

Fort de son acquittement dans le dossier Faubourg Contrecoeur, M. Zampino estime que les accusations dans le dossier Fronde représentent un abus de procédures et violent ses droits constitutionnels.

Ce deuxième procès criminel est tout à fait justifié, selon le Directeur des poursuites criminelles et pénales. « Parce que M. Zampino a été une personne puissante à la Ville de Montréal, ça n’en fait pas un dénominateur commun qui force le Ministère à prendre une seule et même accusation pour l'entièreté des malversations, des crimes allégués contre lui », a plaidé le procureur du DPCP Julien Tardif.

On ne peut pas mettre des pommes et des oranges ensemble. Sinon, on n’arrivera pas à prouver l'existence [du] complot.

Julien Tardif, procureur du DPCP
Une du magazine La VoceAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Frank Zampino et Gérald Tremblay à la une d’un magazine montréalais en 2005 à la suite de la réélection du tandem à la tête de la métropole québécoise.

Photo : La Voce

Persona non grata des banques

En raison des accusations successives et de la couverture médiatique qui en découle, Frank Zampino se dit victime de préjudices financiers.

« Je fais beaucoup de travail moi-même », a-t-il expliqué, soutenant travailler à sa défense « sept jours sur sept » et avoir vendu sa maison de Saint-Léonard pour couvrir ses frais juridiques.

Sa situation financière s’est « rapidement détériorée », indique la requête en arrêt des procédures. Celui qui s’est présenté comme sans emploi lors de l’audience n’aurait touché que 60 000 $ en revenus d’emploi entre 2013 et 2018.

Au surplus, des banques qui ne veulent plus de lui comme client. À la suite de son arrestation en 2012 dans le dossier du Faubourg Contrecoeur, une institution financière avec qui il faisait des affaires depuis 30 ans l’a avisé qu’elle fermerait tous ses comptes en raison du « risque de réputation ».

« Ils ont annulé ma carte de crédit », a-t-il ajouté.

Cette situation « humiliante » lui aurait causé beaucoup de problèmes, le contraignant à se retirer des entreprises familiales dont il détenait des parts ou pour lesquelles il exerçait des fonctions. Un de ses fils a même décidé de réorienter sa carrière, a-t-il expliqué les larmes aux yeux.

La juge Roy a mis en délibéré la requête en arrêt des procédures.

D’autres enquêtes

Selon des documents de cours, Frank Zampino est concerné par au moins deux autres enquêtes, soit le projet Contour qui s’intéresse à un système frauduleux d’octroi de contrats publics à des entrepreneurs et le projet Maillon, dont l’objectif est inconnu du public. Jusqu’à présent, aucune accusation n’a été déposée dans le cadre de ces enquêtes.

Projet Fronde

Alors que Gérald Tremblay était à la tête de la Ville de Montréal, Frank Zampino, avec la participation du collecteur de fonds Bernard Trépanier, a instauré un système frauduleux de partage de contrats en ingénierie en échange d’une ristourne financière d’environ 3 % au bénéfice du parti Union Montréal, soutient le DPCP à la suite d’une enquête baptisée Fronde lancée en 2009.

Les firmes participantes auraient fait bénéficier les fonctionnaires et les élus municipaux de faveurs, comme des voyages, des billets de spectacles, des repas au restaurant et des bouteilles de vin.

Le projet Fronde comporte aussi un volet d’enquête sur le scandale des compteurs d’eau à Montréal pour lequel aucune accusation n’a été portée jusqu’à présent.

Les trois hommes posent pour la caméra lors du 70e anniversaire de naissance de Bernard Trépanier

Frank Zampino, Bernard Trépanier et Rosaire Sauriol en 2009

Photo : Commission Charbonneau

Lors de la commission Charbonneau, des ingénieurs ont raconté comment des firmes de génie-conseil se partageaient d'importants contrats. À l’époque, Frank Zampino était « l'homme le plus puissant de Montréal », avait expliqué Rosaire Sauriol, ex-président de la firme Dessau.

M. Zampino a toujours clamé son innocence.

Les autres accusés dans ce dossier sont :

  • Normand Brousseau, ex-employé de HBA Technika
  • Robert Marcil, ex-directeur des travaux à la Ville de Montréal
  • Dany Moreau, ex-vice-président du Groupe SM
  • Kazimierz Olechnowicz, ex-PDG de CIMA+
  • Bernard Poulin, ex-président du Groupe SM

Bernard Trépanier, qui était aussi accusé dans ce dossier, est décédé l’été dernier. L’ex-vice-président de CIMA+ Yves Théberge a pour sa part plaidé coupable à des accusations de fraude et de corruption dans les affaires municipales.

Leur procès doit commencer le 30 septembre prochain.

Frank Zampino en 6 dates

1990 à 2008 : Maire de Saint-Léonard
2002 à 2008 : Président du comité exécutif de Montréal
2012 : Accusé dans le dossier du Faubourg Contrecoeur
2013 : Témoignage à la commission Charbonneau
2017 : Accusé d’avoir participé à un système de collusion
2018 : Acquitté dans le dossier du Faubourg Contrecoeur

Retrouvez tous les contenus de l'émission Enquête

Grand Montréal

Politique municipale