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La libération prochaine du « taliban américain » crée des remous aux États-Unis

Portraits de John Walker Lindh avant et après son arrestation.
John Walker Lindh a été capturé en novembre 2001 lors de la guerre d'Afghanistan où il combattait aux côtés des talibans. Il est aujourd'hui âgé de 38 ans (photo de gauche). Photo: AFP/Getty Images / TARIQ MAHMOOD
Agence France-Presse

John Walker Lindh, surnommé le « taliban américain » par les médias, a retrouvé la liberté jeudi après 17 ans passés en prison, malgré l'opposition de responsables politiques qui estiment qu'il n'a pas renoncé à l'idéologie extrémiste qui l'a mené en Afghanistan.

L'homme de 38 ans a quitté la prison de haute sécurité de Terre Haute, dans l'Indiana, tôt dans la matinée, a confirmé à l'AFP l'administration pénitentiaire fédérale.

Sa libération est « inexplicable et dépasse l'entendement », a estimé Mike Pompeo, l'ex-patron de la CIA que le président Donald Trump a nommé l'an dernier secrétaire d'État américain.

John Lindh avait été capturé fin novembre 2001, lors de l'offensive militaire menée par les États-Unis après les attentats du 11 Septembre, et condamné à 20 ans de prison par un tribunal américain en octobre 2002.

John Walker Lindh avait plaidé coupable d'avoir « rendu des services aux talibans » et combattu aux côtés des insurgés, tout en assurant n'avoir pas pris les armes contre son propre pays.

Converti à l'islam, il avait admis avoir fait « une erreur » en rejoignant les combattants islamistes et avait condamné « sans ambiguïté » le terrorisme lors de son procès.

Deux hommes à la barde longue sont assis dans la boîte d'un camion.John Walker Lindh peu de temps après son arrestation, en novembre 2001, en Afghanistan. Photo : The Associated Press

Concert de protestations

Mais des responsables politiques ont protesté contre sa libération anticipée pour bonne conduite, estimant qu'il restait un danger pour la société.

« D'après ce que je comprends, il menace toujours les États-Unis d'Amérique et il croit toujours au djihad qu'il a mené et qui a tué un grand Américain », l'agent d'élite de la CIA Johnny Spann, a regretté M. Pompeo.

Il y a quelque chose de profondément troublant et de mal là-dedans.

Mike Pompeo, secrétaire d'État américain

La semaine dernière, les sénateurs Richard Shelby et Maggie Hassan s'étaient inquiétés des « implications en matière de sécurité pour nos citoyens et les communautés qui accueilleront des individus comme John Walker Lindh qui continuent à appeler ouvertement à la violence extrémiste ».

Et Alison Spann, la fille de l'agent de la CIA, a demandé à Donald Trump de bloquer sa libération anticipée, estimant qu'il n'était « pas un prisonnier repenti ».

En 2017, la revue Foreign Policy avait cité un rapport du Centre national antiterroriste affirmant qu'en mars 2016 il « continuait à prôner la guerre sainte mondiale, à écrire ainsi qu'à traduire des textes extrémistes violents ».

Selon Alexander Meleagrou-Hitchens, spécialiste de l'extrémisme à l'Université George Washington, il s'est rapproché d'Ahmad Musa Jibril, un prédicateur salafiste qui avait été incarcéré plusieurs années à Terre Haute.

La chaîne NBC a aussi révélé mercredi soir le contenu d'une lettre écrite par John Walker Lindh en février 2015, dans laquelle il affirmait que le groupe État islamique faisait un « travail incroyable ».

Taliban américain

Un Afghan retient un homme dont les bras sont liés derrière son dos par les coudes.Un combattant de l'Alliance du Nord escorte John Walker Lindh à la prison de Mazar-i-Sharif en décembre 2001. Photo : Reuters / Stringer .

Né dans une famille catholique, il s'est converti à l'islam à l'adolescence, qu'il a passée près de San Francisco, en Californie.

Il est parti au Yémen à 17 ans, en 1998, pour y étudier l'arabe, avant de se rendre au Pakistan puis de rejoindre les talibans en Afghanistan en 2001, quatre mois avant les attentats du 11 Septembre, pour selon lui lutter contre l'Alliance du Nord du commandant Massoud.

Il avait passé plusieurs semaines dans un camp d'entraînement d'Al-Qaïda pour s'initier au maniement des armes et des explosifs.

Après sa capture, il avait été détenu avec d'autres talibans dans une prison près de Mazar-i-Sharif, dans le nord du pays.

Le jeune homme avait alors été interrogé par Johnny Spann. Mais celui-ci avait été tué peu après lors d'une mutinerie, devenant le premier Américain mort dans la « guerre contre le terrorisme » lancée par l’ex-président George W. Bush.

L'avocat de Lindh, Bill Cummings, a indiqué à CNN qu'il devrait s'installer en Virginie, où il sera placé sous un strict régime de liberté conditionnelle pendant trois ans.

Ses activités sur Internet seront notamment surveillées en permanence; il ne pourra pas communiquer en ligne dans une autre langue que l'anglais sans permission, et ne pourra pas entrer en contact avec des extrémistes ou consulter « des contenus véhiculant extrémisme ou opinions terroristes ».

Il ne pourra pas non plus voyager à l'étranger sans autorisation d'un juge, alors qu'il a obtenu en 2013 la nationalité irlandaise.

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