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Scheer promet des peines sévères pour les crimes sexuels et plus de souplesse budgétaire

Andrew Scheer prend la parole.
L'équipe d'Andrew Scheer ne nie pas les propos de Justin Trudeau en confirmant que la campagne à venir sera rude. Photo: La Presse canadienne / Ryan Remiorz
Radio-Canada

Comme s'il avait déjà amorcé sa campagne électorale, le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, a promis jeudi d'être plus sévère envers les personnes reconnues coupables de crimes sexuels, tout en admettant qu'il renonçait à ramener l'équilibre budgétaire en deux ans, comme il l'avait promis lors de sa campagne à la direction du parti, en 2017.

Andrew Scheer prône maintenant un retour à l'équilibre budgétaire en quatre à six ans, pour ne pas se faire accuser d'effectuer des compressions sitôt un gouvernement conservateur élu. Le dernier budget fédéral, présenté par les libéraux en mars dernier, prévoit un déficit de 14,9 milliards de dollars en 2018-2019 et un autre de 19,8 milliards en 2019-2020.

Le chef conservateur a par ailleurs repris un thème cher à la base électorale du parti, celui de la loi et de l'ordre, en promettant de rendre plus sévères les peines imposées pour des crimes sexuels, surtout ceux commis contre des enfants.

« Nous allons toujours mettre les droits des victimes avant ceux des criminels. Et quiconque violente ou exploite sexuellement un enfant ira derrière les barreaux très, très longtemps », a averti M. Scheer.

« Je veux m’assurer que la peine pour ces individus [qui s'en prennent à des enfants de moins de 12 ans] ne soit pas de moins de cinq ans de prison », a-t-il ajouté. Ainsi, aucune libération conditionnelle ne serait envisageable avant 20 mois.

Il a fait valoir que « la peine devrait correspondre au crime », en tenant compte de sa durée et de sa gravité.

Quelqu’un qui agresse sexuellement un enfant ne devrait pas être libre après quelques mois. Et aucune victime ne devrait entendre que son agresseur ne fera que deux ans de prison alors que l’abus a duré huit ans.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada

Le cabinet du ministre de la Justice, David Lametti, a réagi aux propos du chef conservateur.

« La peine proposée par Andrew Scheer ne protégera pas les enfants, cela va tout simplement causer des délais judiciaires et possiblement des suspensions de procédures à la suite de recours entamés par les avocats pour contester sa constitutionnalité. Cela ne protège personne », a rétorqué par courriel David Taylor, le directeur des communications du ministère de la Justice.

La notion de peines minimales a connu quelques échecs lorsqu'elle a été soumise au test des tribunaux.

En 2015, la Cour suprême du Canada a d'ailleurs jugé inconstitutionnel l'un des volets du programme « loi et ordre » du gouvernement conservateur de Stephen Harper sur la possession d'armes à feu prohibées, soulignant que la peine minimale obligatoire, qualifiée d'« implacable », est « susceptible d'empêcher le tribunal d'arrêter une peine proportionnelle » et qu'elle peut entraîner l'imposition d'une « peine injuste ».

M. Scheer compte également, s'il est porté au pouvoir l'automne prochain, rétablir et renforcer le Plan d’action national de lutte contre la traite de personnes créé par le gouvernement Harper et « inexplicablement et froidement annulé » par le gouvernement libéral en poste, qu'il a critiqué.

« Une société est jugée sur la manière dont elle protège ses plus vulnérables, a estimé M. Scheer. Sous le gouvernement actuel, le Canada est en train d’échouer. »

« La triste réalité est que, dans les quatre dernières années, le gouvernement libéral n’a présenté aucune nouvelle mesure législative concernant les crimes sexuels contre des enfants. »

« Notre gouvernement ne s’est pas engagé à retirer toutes les peines minimales obligatoires. Quand M. Scheer dit ça, c’est faux. Nous devons présenter une réforme des peines qui doit traverser le temps. En d’autres mots, une réforme qui ne sera pas rejetée par les tribunaux et qui fournira les peines appropriées pour les crimes commis », a-t-on ajouté au ministère de la Justice, en assurant que l'intérêt de l’enfant est au cœur des changements apportés par le gouvernement au droit de la famille.

Le leader conservateur a évoqué à quelques reprises l'aide supplémentaire qu'il allouerait aux organismes de soutien aux victimes, mais sans donner de précisions. Celles-ci feront l'objet d'autres annonces, a-t-il dit, en convenant qu'« il y a beaucoup de besoins ».

Un discours émotif

Andrew Scheer, dont les propos visaient clairement à soulever certaines émotions – il a qualifié les pédophiles de « monstres » –, a rappelé d'emblée qu'il est lui-même père de cinq enfants et qu'il fera « n'importe quoi pour les protéger ».

S'il a reconnu du bout des lèvres que certains agresseurs peuvent souffrir de troubles mentaux ou avoir eux-mêmes subi des abus, il a insisté sur l'« horreur » de leurs gestes.

Il s'est exprimé dans un centre communautaire de Delson, juste au sud de Montréal, en présence, entre autres, du sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu, bien connu pour le combat qu'il mène au nom des droits des victimes depuis l'enlèvement et le meurtre de sa fille Julie, en 2002.

Le chef du PCC n'a pas hésité à énumérer des exemples récents de sentences imposant des peines qu’il juge insuffisantes, où des individus qui avaient agressé sexuellement des enfants ont été condamnés, par exemple, à seulement 25 mois de détention, ce qui pourrait leur permettre d'obtenir une libération conditionnelle après n'avoir passé que huit mois derrière les barreaux.

C’est révoltant, ça ne protège pas le public, ça ne respecte pas les victimes, et ça doit cesser.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada

M. Scheer a aussi signalé que le Québec est la province où le plus grand nombre d'adolescentes « sont envoyées vers les autres provinces pour des fins de prostitution », mentionnant au passage la populaire émission de TVA Fugueuse.

Et il a mentionné le récent décès à Granby d'une fillette âgée de seulement 7 ans.

Scheer dévoile lentement son jeu

Andrew Scheer précise petit à petit les positions que défendra sa formation lors des élections prévues pour le 21 octobre.

La semaine dernière, il s'est engagé à permettre au Canada d'atteindre l'indépendance énergétique en une dizaine d'années, en misant sur l'exploitation du pétrole d'ici, « pour mettre fin aux importations de pétrole étranger une bonne fois pour toutes ».

Il a aussi dit vouloir mettre en place un guichet unique d'approbation des projets, qui inclurait les provinces et les nations autochtones, et dans lequel la participation du gouvernement fédéral serait limitée, le tout devant réduire les coûts, les délais et le nombre d'interférences qui empêchent leur réalisation.

La stratégie environnementale des conservateurs demeure floue, pour l'instant.

On sait que M. Scheer souhaite augmenter les incitatifs favorisant les énergies propres, fixer pour le pays des cibles « ambitieuses » mais « réalistes » en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et mettre un terme aux déversements des eaux usées de plusieurs municipalités dans les cours d'eau. Mais pas tellement plus.

Il a jusqu'ici davantage critiqué le bilan du gouvernement Trudeau.

Sur la scène internationale, le chef conservateur préconise une approche généralement plus musclée que celle du gouvernement libéral. Il estime que Justin Trudeau se berce d'illusions quant à ses chances d'« amadouer » les autorités chinoises et que le Canada doit se tourner vers d'autres partenaires commerciaux.

Ottawa doit aussi mieux tenir tête à Moscou, croit-il.

Et il compte reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël.

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