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Pénurie d'enseignants : la CSDM suspend les retraites progressives

Les écoles du Québec multiplient les initiatives pour contourner la pénurie d'enseignants dans la province.

Photo : iStock

Radio-Canada

Aux prises avec une importante pénurie de personnel dans ses écoles, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) doit mettre un terme au programme de retraite progressive de ses enseignants. Une mesure qui, d'après la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE), pourrait toutefois créer un « cercle vicieux » et ainsi aggraver la pénurie qu'elle est censée soulager.

Selon la présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, la direction a en effet dû refuser 76 des 86 demandes d’horaires allégés ou de retraites progressives qui lui ont été soumises pour l’an prochain en raison d’un manque criant de personnel.

« On n’accepte que les dossiers pour cause humanitaire ou de santé », a précisé Mme Bourdon à l’émission Gravel le matin en prenant soin de préciser que ce n’est pas de gaîté de cœur que son administration a dû prendre une telle décision.

Le programme de retraite progressive permet aux enseignants en fin de carrière de faire des semaines de trois ou de quatre jours pour leur permettre de quitter leurs fonctions de façon progressive.

Or, c’est pour préserver la stabilité des élèves dans les classes que la CSDM a dû suspendre les horaires allégés, selon Cahterine Harel Bourdon, qui explique que des classes se sont retrouvées avec des professeurs suppléants différents chaque lundi pendant des semaines en raison de la pénurie de personnel combinée à des départs progressifs.

« Parfois, nous étions tellement en pénurie de suppléants que nous n’arrivions plus à trouver un suppléant le lundi et on se retrouvait dans ce qu’on appelle des ''remplacements d’urgence''. Ça, ça veut dire que les autres membres du personnel de l’école doivent porter le fardeau de l’enseignant qui est en retraite progressive. »

Ça fait deux ans qu’on le dit et je vois peu d’actions qui sont mises en place. La situation est très problématique.

Catherine Harel Bourdon, présidente de la Commission scolaire de Montréal

« Les parents venaient nous voir, nous écrivaient des courriels, nous appelaient pour nous dire qu’il y avait eu 11 [professeurs] titulaires différents dans la classe de leurs enfants et c’était dû à la retraite progressive. Comme employeur, ce n’est vraiment pas idéal. »

Catherine Hrel Bourdon dans un grand hall vide

Catherine Harel Bourdon, la présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM)

Photo : Radio-Canada

Un dilemme pour l'employeur

Or, la direction de la CSDM, qui compte 8000 enseignants, ne doit pas composer qu’avec des absences pour retraite progressive, il y a aussi les congés de maladie, les congés parentaux ou encore les retraits préventifs lors de grossesses. Des situations qui sont fréquentes dans un milieu de travail très féminin, précise Mme Harel Bourdon.

Bien que la suspension des retraites progressives soit une mesure temporaire, la présidente de la CSDM voit difficilement comment la situation pourrait s’améliorer à court terme si on en croit les données et prévisions de recrutement de professeurs pour l’année 2019-2020.

Il va falloir qu’il y ait des mesures qui soient mises en place par le ministre de l’Éducation avec les paliers d’éducation supérieure universitaires. À ce que je sache, il n’y a pas eu plus d’acceptations au 1er mars dans les universités. Ça m’inquiète beaucoup, car c’est quatre ans, faire un baccalauréat.

Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM

Questionnée sur les effets négatifs d’une abolition des retraites progressives pour la santé et le bien-être du personnel en place, Catherine Harel Bourdon a réitéré que la direction n’a tout simplement plus le choix compte tenu de la pénurie de main-d’œuvre qui s’abat dans le système d’éducation publique.

Actuellement, les commissions scolaires se disputent les professeurs suppléants disponibles, tellement le manque de personnel est criant, a déploré la présidente de la CSDM, qui souligne que le problème ne fait que s’aggraver d’une année à l’autre.

Une « question de survie » pour les enseignants

Josée Scalabrini, en studio

Josée Scalabrini, présidente de la FSE-CSQ

Photo : Radio-Canada / Alice Chiche

La présidente de la FSE, Josée Scalabrini, déplore que les demandes de retraite progressive ou encore de tâche allégée – comme elle en voit davantage – soient de plus en plus refusées au Québec. La FSE ne représente pas les enseignants de la CSDM, mais à peu près toute la province est aux prises avec la pénurie d'enseignants.

« On est en train de créer un cercle vicieux », a regretté Mme Scalabrini en entrevue à Midi info.

On est face à une pénurie et on prend des décisions qui vont nous amener face à une plus grande pénurie. Les enseignants ont besoin d’aide, ont besoin d’espace, ont besoin qu’on tienne compte de leur cri du coeur, et c’est tout l’inverse qu’on fait présentement.

Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement

C'est, selon elle, « pour une question de survie » que les enseignants demandent des congés ou des réductions de tâche : « Ils sentent que la surcharge de travail les mène là où ils ne veulent pas aller. » Ils sont d'ailleurs de plus en plus nombreux à se retrouver en congé d'invalidité, a souligné Josée Scalabrini.

« Notre tâche est devenue tout sauf enseigner », a-t-elle dit. « Peut-on revenir à ce qu’on aimait? Peut-on revenir à l’enseignement? »

Mme Scalabrini estime que Québec doit trouver le moyen de redonner aux jeunes le goût de devenir enseignants et rendre ses lettres de noblesse à la profession. « Pour ce faire, il va falloir donner des [meilleures] conditions, il va falloir repenser la composition de la classe. »

« Nos jeunes qui seraient d’âge à rentrer à l’université, c’est ça qu’ils ont vu, dans les dernières années : les coupures et ce que vivaient les enseignants dans les classes. »

Elle recommande au gouvernement de mieux soutenir et écouter les enseignants, de réduire la précarité en garantissant des charges complètes à ceux qui débutent leur carrière, et de ne plus prétendre que des classes sont régulières quand la majorité des enfants qui en font partie sont en difficulté.

« On a détruit notre système sur 20 ans, on ne le reconstruira pas en trois mois d’ici la prochaine rentrée », a-t-elle noté.

Grand Montréal

Éducation