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Justin Trudeau innocente le chef Poundmaker, 134 ans plus tard

Le premier ministre Justin Trudeau, accroupi, dépose des feuilles de tabac sur la pierre tombale du chef Poundmaker.
Le premier ministre Justin Trudeau dépose des feuilles de tabac sur la pierre tombale du chef Poundmaker, mort le 4 juillet 1886. Photo: Radio-Canada / Omayra Issa
Omayra Issa
Sophie Chevance

C'est sur le site historique de la bataille de Cut Knife, en Saskatchewan, et devant des centaines de personnes rassemblées à cette occasion, que le premier ministre Justin Trudeau a prononcé une déclaration d'innocence du chef cri Poundmaker.

Le chef avait sauvé la vie de centaines de soldats canadiens lors d’une bataille en 1885.

C’est ici qu’il a bâti sa réputation de diplomate et de chef pacifique. C’est ici qu’il s’est tenu debout pour son peuple et qu’il a fait preuve de compassion face à la persécution.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Le premier ministre a reconnu que le chef Poundmaker n’avait pas été traité de façon juste de son vivant et n’avait pas eu le respect qu’il méritait à titre de chef de sa nation. « Nous savons que les perspectives coloniales qui dominaient à cette époque ne permettaient pas un dialogue ouvert et collaboratif », a souligné Justin Trudeau.

Une poignée de main a eu lieu entre le premier ministre canadien et l’actuel chef de la Première Nation de Poundmaker, Duane Antoine. Un geste que le gouvernement canadien avait refusé de faire pendant 134 ans.

La condamnation pour trahison du chef autochtone remonte à la résistance de 1885. Inspiré par le succès de Louis Riel, le chef Poundmaker avait emmené ses troupes à Fort Battleford, aujourd’hui situé en Saskatchewan, pour négocier avec l’agent indien en place.

En réponse, le colonel William Otter a envoyé ses troupes pourchasser les Cris dans leur réserve, mais les forces gouvernementales ont dû battre en retraite.

Le chef Poundmaker, qui avait pourtant demandé à ses soldats de ne pas poursuivre les soldats du gouvernement canadien, a été jeté en prison pour trahison aux côtés de deux autres chefs autochtones.

Plan rapproché en noir et blanc du chef.Le grand chef Poundmaker, autour de 1885. Photo : Bibliothèque et Archives Canada

Les autorités canadiennes ont mené une campagne de diffamation contre Poundmaker, selon le professeur d'études autochtones à l'Université des Premières Nations du Canada, Blair Stonechild.

Le gouvernement estimait que, pour fragiliser les nations autochtones, il fallait s'attaquer à leurs chefs. C'est pour cela que c'était très important pour eux de décapiter le leadership autochtone.

Blair Stonechild, professeur d'études autochtones à l'Université des Premières Nations

Qui était Poundmaker?

Photo en noir et blanc du couple.Le grand chef Poundmaker, vu ici avec sa quatrième épouse, autour de 1884. Photo : Bibliothèque et Archives Canada

Selon Blair Stonechild, Poundmaker était un grand Cri, leader en devenir, connu de beaucoup de chefs cris qui avaient réussi à créer des alliances entre des nations. Poundmaker était aussi reconnu pour sa grande intelligence. C’était un chef charismatique, pacifique, et un diplomate.

« Il était très doué et c'était un leader charismatique. Le gouvernement voulait absolument le supprimer. John A. Macdonald le voyait comme un fauteur de troubles. Il avait peur de lui, car il savait qu’il allait défendre les intérêts de son peuple. On l'a écarté malgré tous les éléments de preuves montrant qu’il était pacifique », déclare Blair Stonechild.

Un geste historique longtemps attendu

Pauline Favel et ses soeurs, toutes descendantes du chef Poundmaker, attendaient la venue du premier ministre pour innocenter le chef Poundmaker.

Avec ces excuses, nous allons de l’avant. C’est une question de vérité et de réconciliation. Aujourd’hui est un jour de célébration.

Pauline Favel, descendante du chef Poundmaker

Plusieurs estiment que la déclaration d'innocence de Poundmaker permettra de tourner une page de l'histoire canadienne.

« C’est un grand soulagement parce que, finalement, nous entendons l’histoire du point de vue des Premières Nations, ce qui a manqué pendant plus d’un siècle », dit Milton Tootoosis, membre du conseil de bande de la communauté crie de Poundmaker et descendant du chef Poundmaker.

Le premier ministre Justin Trudeau, accompagné de représentants de la Première Nation Poundmaker. Le premier ministre Justin Trudeau présent sur le territoire du traité numéro 6 de la Première Nation de Poundmaker, au nord-ouest de Saskatoon, en Saskatchewan. Photo : Radio-Canada / Omayra Issa

Blair Stonechild a coécrit avec l'historien saskatchewanais Bill Waiser l’ouvrage Loyal till Death, qui revient sur la résistance du Nord-Ouest.

« Le fait d'innocenter Poundmaker est extrêmement important et attendu depuis très longtemps. Sa condamnation était une situation extrêmement dommageable pour les gens de la région de North Battleford. Cela a créé un climat de méfiance, de racisme et d'incompréhension, qui demeure encore visible dans les relations entre les Autochtones et les non-Autochtones », explique-t-il.

On regarde finalement l’histoire du point de vue de nos ancêtres.

Milton Tootoosis, descendant de Poundmaker

La Nation crie de Poundmaker avait demandé à Ottawa d'innocenter son ancien chef depuis plusieurs décennies. Après une longue attente, le gouvernement avait finalement annoncé qu’il allait accéder à cette requête.

Justin Trudeau s’est rendu en fin de journée à Meadow Lake pour l'investiture de Tammy Cook-Searson, candidate libérale dans Desnethé-Missinippi-Rivière Churchill. L’entrepreneure, qui s'implique depuis plus de 20 ans en politique, a notamment été chef de la Première Nation de Lac La Ronge.

Avec les informations de Gabrielle Proulx.

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