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Aide d'Ottawa : les médias francophones dénoncent la lenteur du processus

Animatrice au micro d'une radio.

Animatrice au micro d'une station de radio.

Photo : Getty Images / CinematicFilm

Abdoulaye Cissoko

Les médias du pays attendent depuis des mois des détails sur la mise en oeuvre de l'aide financière annoncée par Ottawa en novembre dernier. Mercredi, le gouvernement fédéral a franchi un petit pas en précisant comment des comités d'experts seront mis en place pour guider la distribution d'un fonds de 595 millions de dollars et d'une autre enveloppe de 50 millions. Pour les médias communautaires, l'attente pour recevoir cet appui commence à être longue.

L'aide promise de 595 millions de dollars sur cinq ans pendra la forme d'un crédit d'impôt sur la masse salariale. Le gouvernement Trudeau annonce la mise sur pied d'un comité de huit membres, tous issus du secteur journalistique canadien.

Ils seront chargés, entre autres, de déterminer les critères permettant de bénéficier de l'aide gouvernementale. Ottawa affirme que le mandat du comité devrait entrer en vigueur au moment de la nomination des membres, vers la mi-juin.

Michel Vézina, président de l'Association des radios communautaires francophones de l'Ouest et des Territoires.

Michel Vézina, président de l'Association des radios communautaires francophones de l'Ouest et des Territoires.

Photo : Radio-Canada

Quant au financement de 50 millions de dollars en appui au journalisme local professionnel, annoncé dans le budget de 2018, le gouvernement dit que c'est un autre comité qui va administrer les fonds. Ce comité sera composé de représentants de sept organisations indépendantes de l'industrie médiatique.

L'Association de la presse francophone (APF), qui regroupe les journaux en milieu minoritaire, aura un représentant dans ces deux comités.

Des points d'interrogation

Michel Vézina, président des l'Association des radios communautaires de l'Ouest et des Territoires (ARCO), regrette qu'il ait fallu tout ce temps pour aboutir à cette proposition.

« On est dans un espace où les élections fédérales sont très proches. Ça laisse de nombreux points d'interrogation par rapport à cette aide, surtout qu'on sait que les conservateurs se sont beaucoup questionnés sur cette décision. On pourrait donc se retrouver devant une autre problématique après les élections », dit-il.

Michel Vezina craint que, avec la formation des comités, le délai pour obtenir l'argent ne s'allonge encore, au détriment des journaux et radios communautaires. « Tout le monde est sur la corde raide. À cause des grands médias comme Google et compagnie, la masse publicitaire a fondu et la plupart des médias passent par une période extrêmement difficile », souligne-t-il.

Selon lui, la situation est encore plus critique pour les médias francophones. En annonçant cette aide dans son dernier budget, le gouvernement fédéral indiquait que, pour y avoir accès, les médias devraient employer au moins deux journalistes permanents. Michel Vézina affirme que bon nombre de journaux et de radios communautaires ont un seul employé qui fait tout à la fois.

Il s'attend d'ailleurs à ce que le premier comité se penche sur cette question. « Il y a également le fait que la plupart de nos organismes francophones sont des organismes à but non lucratif. Ce sont des associations ou des coopératives. Alors le crédit d'impôt ne s'applique pas de la même façon dans ce cas aussi », fait remarquer le président de l'ARCO.

C’est pourquoi il espère qu'un représentant des radios communautaires siégera au sein de ce comité pour rappeler cette réalité.

Le spectre de la lourdeur administrative

Pour la directrice générale de l'APF, Linda Lauzon, les journaux des communautés francophones font face aux mêmes défis. « C'est vraiment très compliqué de poursuivre les activités et de faire un journal de qualité pour bien desservir les communautés respectives. Et le gouvernement n'a pas encore répondu à 100 % à ces réalités-là », indique-t-elle.

Elle rappelle que l'APF avait émis des réserves par rapport au critère imposant deux journalistes à temps plein.

La directrice générale de l'Association de la presse francophone, Linda Lauzon

La directrice générale de l'Association de la presse francophone, Linda Lauzon

Photo : Radio-Canada

Selon elle, la mission de l'APF au sein des comités sera justement de parler des réalités des journaux de langue officielle. « Je ne sais pas quel genre de format ça va prendre, mais c'est clair qu'il faudra reconnaître que les journaux de langue officielle ne peuvent pas être traités comme les grands journaux canadiens et n'importe quelle autre publication qui sera admissible au crédit d'impôt », note-t-elle.

Quant au financement de 50 millions de dollars, Linda Lauzon affirme que c'est loin de répondre aux besoins, tant les défis sont de taille. « Pour les médias communautaires, les besoins ont été évalués à 20 millions de dollars par année », précise-t-elle.

Elle estime cependant que le crédit d'impôt sur la masse salariale pourrait donner un sérieux coup de pouce s'il est bien adapté aux réalités des médias communautaires. « Ça va permettre d'embaucher d'autres journalistes et d'améliorer le contenu, mais il faut qu'il arrive rapidement », dit-elle.

D'après Ottawa, le premier comité d'experts remettra ses recommandations au mois de juillet.

Mais pour Linda Lauzon, cela ne veut pas forcément dire la fin du processus. « Il semble que les gens ne recevront pas leur chèque avant la fin de 2020. C'est deux ans après la période d'admissibilité et cela nous préoccupe beaucoup. Parce qu'il va falloir tenir d'ici là et pas juste vivoter », note-t-elle.

Michel Vézina redoute aussi que la lourdeur de la machine gouvernementale n'entraîne une lenteur supplémentaire, même si Ottawa affirme vouloir agir rapidement.

Il cite en exemple le volet média du programme Jeunesse Canada au travail, mis en place l'an dernier, qui voulait appuyer les médias de langue officielle en situation minoritaire en facilitant l'embauche de stagiaires.

D'après le président de l'ARCO, la mise en place de ce volet avait pris beaucoup de retard.

Manitoba

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