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Dans les coulisses de la fabrication de la nouvelle pièce de 2 $

La nouvelle pièce de deux dollars dévoilée lundi à Moncton au nouveau-Brunswick célèbre le 75e anniversaire du débarquement de Normandie. De g. à d. : le ministre des Anciens Combattants Lawrence MacAulay, l'ancien combattant du Jour J Alphonse Vautour, la présidente de la Monnaie royale canadienne Marie Lemay, le commandant du North Shore Regiment, le lieutenant colonel Rénald Dufour.

Photo : Radio-Canada

Thibault Jourdan

La Monnaie royale a dévoilé lundi matin, au Nouveau-Brunswick, une nouvelle pièce de 2 $ célébrant le 75e anniversaire du débarquement de Normandie. Frappée à Winnipeg, elle représente une partie du savoir-faire d'une entreprise en constante réinvention, alors que la diminution de l'utilisation de l'argent liquide menace son avenir.

En ce matin d’avril, l’une des dernières séries de pièces spéciales commémorant le jour J franchit les ultimes étapes de production. Tour à tour, à la vitesse de 750 pièces par minute, 3 millions de 2 $ ont été frappés d’un casque et de l’inscription « jour J ».

Deux cylindres avec le côté pile de la pièce et le côté face.

Deux lourds cylindres frappent les pièces en même temps afin d'imprimer les deux faces.

Photo : Radio-Canada / Thibault Jourdan

Parmi celles-ci, 2 millions sont colorées. Tout est fait automatiquement. Une machine tourne les pièces pour les mettre dans le bon sens, puis, trois par trois, les pièces sont placées dans des socles où des tampons sont appliqués pour les colorer.

« On ajoute différentes couches de peinture pour s’assurer que le motif aura la profondeur de couleurs et d’ombres qu’on veut, explique Alex Reeves, chef principal des affaires publiques à la Monnaie royale. On passe du blanc sur le casque, ensuite on ajoute du rouge pour le lettrage, puis on ajoute trois couches différentes de vert sur le casque pour lui donner de la profondeur. »

Des pièces dans des petites boîtes noires.

Les pièces sont placées trois par trois dans des socles, avant que des tampons ne viennent s'appliquer sur le côté face de la pièce, là où se trouve le casque de soldat et l'inscription : jour J.

Photo : Radio-Canada / Thibault Jourdan

Des tampons sont appliquées sur les pièces.

Des tampons viennent colorer les pièces de 2 $. Différentes couches sont appliquées pour donner la profondeur de couleurs et d’ombres voulues.

Photo : Radio-Canada / Thibault Jourdan

Le processus est répété cinq fois pour créer le motif voulu, puis les pièces sont cuites pendant une quinzaine de minutes à 150 °C pour faire en sorte que la peinture tienne pendant des années.

Comment la Monnaie royale choisit-elle les événements à commémorer?

La Monnaie prévoit plusieurs années en avance les pièces de circulation qu’elle souhaite créer pour commémorer des événements marquants dans l’histoire canadienne. Le but? Atteindre ainsi des millions de Canadiens. Néanmoins, la décision de créer une pièce sur un certain sujet relève du Cabinet fédéral, qui agit de la part du gouverneur général du Canada. La Monnaie invite ensuite des artistes canadiens à soumettre des croquis qui seront évalués, notamment en fonction de leur faisabilité sur de petites surfaces de la taille des pièces.

L'argent liquide menacé de disparaître?

Malgré la sortie de cette nouvelle pièce du jour J, l’avenir à long terme de la Monnaie royale est menacé par l’utilisation de moins en moins fréquente de l’argent liquide au Canada. Certains experts, comme Mario Lavallée, professeur de finances à l’école de gestion de l’Université de Sherbrooke, sont même catégoriques : « Je ne vois pas de futur pour la Monnaie royale. »

« On peut imaginer que le volume d’affaires de la Monnaie royale va diminuer au fil du temps puisque la monnaie liquide va disparaître », ajoute-t-il.

Mario Lavallée est assis sur une chaise.

Mario Lavallée est professeur de finances à l’école de gestion de l’Université de Sherbrooke.

Photo : Radio-Canada

À l’heure actuelle, l’argent en espèces « sert à régler environ un tiers de toutes les transactions de détail effectuées au Canada », indique la Banque du Canada dans un courriel à Radio-Canada. De son côté, Paiements Canada relevait qu’en 2017 les cartes de débit et de crédit représentaient 64 % du volume des paiements effectués, tandis que les virements en ligne affichaient une hausse de volume de 48 %.

À la Monnaie royale, cependant, on n’est pas inquiet. « Les deux technologies [espèces et paiements électroniques] peuvent coexister. Je pense qu’un avenir sans liquide comporterait trop de risques pour la population », affirme Alex Reeves.

Se réinventer pour exister

Le centre de production de Winnipeg a tout de même encore plusieurs années devant lui. Dans la capitale manitobaine, 4 milliards de pièces sont produites par an, essentiellement pour des pays étrangers, comme la Nouvelle-Zélande, le Ghana, Panama ou encore Singapour.

Des pièces de 2$ sur un tapis roulant.

Une fois la peinture appliquée, les pièces passent sur un tapis roulant les emmenant dans un four où elles sont cuites pendant une quinzaine de minutes à 150 degrés Celsius. Cette étape permet de fixer la peinture et faire en sorte qu'elle tienne pendant des années.

Photo : Radio-Canada / Thibault Jourdan

Au-delà du Canada, donc, la Monnaie royale baigne dans un marché mondial concurrentiel. Face à elle, la Monnaie royale britannique, la Monnaie de Finlande, la Monnaie de Paris ou encore la Monnaie royale australienne sont des concurrents de taille.

Le saviez-vous?

La Monnaie royale a deux établissements au Canada. L'un est à Ottawa, où sont notamment fabriquées les pièces de collection, et l'autre à Winnipeg,où sont faites les pièces de monnaie en circulation. La Monnaie royale ne fabrique que les pièces, c'est la Banque du Canada qui imprime les billets utilisés tous les jours par des millions de Canadiens.

Pour rester pertinente, la Monnaie royale est constamment obligée de se réinventer. « On investit régulièrement dans la recherche et développement. Il y a toujours une partie de notre budget annuel qu’on consacre à ce domaine-là », assure Alex Reeves.

Une main tient des pièces de 2$.

La Monnaie royale a produit 3 millions de pièces de 2$ du Jour J à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Thibault Jourdan

On fait beaucoup d’efforts, pas seulement pour protéger l’intégrité des devises canadiennes, mais aussi pour offrir des solutions très efficaces à nos clients étrangers.

Alex Reeves, chef principal affaires publiques à la Monnaie royale

Cela lui permet d'élaborer de nouvelles technologies afin de se démarquer de la concurrence. Sa technique de coloration des pièces est unique au monde, mais ce n’est pas tout : d’autres techniques, pour assurer la sécurité des pièces et garantir leur crédibilité, sont mises au point par la Monnaie royale canadienne.

Alex Reeves sourit.

Alex Reeves est le chef principal des affaires publiques à la Monnaie royale.

Photo : Radio-Canada

« On a créé, par exemple, des médaillons trimétalliques qui sont encastrés ensemble au moment de la frappe, ce qui permet d’avoir une signature électromagnétique particulière de la pièce. Cela facilite son authentification » et réduit le risque de contrefaçon, révèle Alex Reeves.

Autre exemple : la Monnaie a élaboré des techniques de microgravure assez avancées. « On a pris des motifs de caribous et d'orignaux et on a réussi à graver des lettres dans la fourrure des animaux. C’est invisible à l’oeil nu », ajoute le chef principal des affaires publiques.

La Monnaie royale ne semble donc pas inquiète quant à sa survie. Le marché mondial pourrait en effet être ce qui lui garantit un avenir. « Il y a tout un univers de clients qui dépendent toujours du liquide. On peut voir une demande assez constante sur laquelle on peut se baser pour assurer l’avenir de la Monnaie », conclut Alex Reeves.

Un réceptacle avec plein de pièces de 2$.

À la fin du processus, les pièces tombent dans un réceptacle où elles refroidissent.

Photo : Radio-Canada / Thibault Jourdan

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