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Les piétons sont plus à risque dans les quartiers défavorisés

Tiphanie Roquette

Il est 21 h 30, un lundi d'avril. Un homme de 38 ans traverse une avenue à un feu rouge. Une voiture le heurte et le tue.

La vitesse du véhicule, l'âge du conducteur et de la victime, la météo ce jour-là sont autant d'indices analysés pour comprendre cette mort tragique. Mais il y a un facteur qui n'est jamais souligné et qui pourrait pourtant jouer un rôle dans ce drame : le revenu médian du quartier dans lequel l'accident s'est produit.

L’organisation à but non lucratif Sustainable Calgary a ainsi cartographié les accidents concernant des piétons en 2016 (cercles orange) et les a surimposés sur une carte de la métropole albertaine divisée par le revenu ménager médian après impôts.

Le résultat montre clairement un lien. En dehors du centre-ville, les accidents se concentrent dans des quartiers où le revenu médian est inférieur à 74 000 $.

« Il y a une petite liaison entre les collisions et les revenus dans les quartiers. Ils sont liés, mais il y a plusieurs facteurs », explique la directrice de projet à Sustainable Calgary, Celia Lee.

Une carte avec des cercles rouges et des zones de couleurs différentes. Agrandir l’imageLa carte montre la répartition des accidents dont sont victimes des piétons par rapport aux revenus médians à Calgary. Photo : Sustainable Calgary

Mêmes résultats à Montréal et à Toronto

L’organisation ne tient pas ces résultats pour acquis. La météo, l'âge des victimes, la présence de passages piétons sont autant de facteurs qui pourraient aussi avoir une influence sur ces résultats. Sont-ils dus à un plus grand volume de piétons dans ces quartiers? La chercheuse de l’Université de Calgary Victoria Fast va donc passer l’été à explorer plus en profondeur la configuration des intersections les plus dangereuses de Calgary.

La carte confirme toutefois une corrélation observée dans d’autres villes. À Toronto, l’Université de York en partenariat avec l’Hôpital pour enfants malades et l'ICES viennent de montrer (Nouvelle fenêtre) que les enfants dans des quartiers à bas revenus courent 52 % plus de risques d'être renversés par une voiture que les enfants dans des zones plus riches.

À Montréal, le médecin spécialiste de la Santé publique Patrick Morency souligne depuis 10 ans (Nouvelle fenêtre) la présence d'un plus grand nombre de piétons blessés dans les quartiers plus pauvres.

Si les raisons ne sont pas encore très claires, Mikael St-Pierre, du Centre d’écologie urbaine de Montréal, est « sûr et certain qu’il y a un lien entre aménagement [urbain] et collision ».

Inégalité d’infrastructures

C’est une hypothèse que fait aussi Celia Lee. « On sait que, d’habitude, on voit moins d’investissements dans certains quartiers. Par exemple, les premières infrastructures cyclables ont fait leur apparition dans l’est de la ville il y a un an. Donc, on sait, par exemple, que dans le nord-est, il y a moins d’investissements », explique-t-elle. Le réseau de pistes cyclables au centre-ville est, lui, ouvert depuis quatre ans.

Une femme pose devant une carte du monde affiché au mur derrière elle. Celia Lee travaille à la création de quartiers plus conviviaux à Calgary. Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Rééquilibrer les investissements en infrastructures n’est pas chose facile. Les deux organisations qui travaillent ensemble plaident pour la création de quartiers actifs et conviviaux dans toute la ville en se basant sur l’exemple des Pays-Bas. Les idées poussent ici et là : des trottoirs plus grands, des dessins sur les routes pour faire ralentir les voitures, des pistes cyclables séparées qui rétrécissent les routes...

Ses dix ans d’avance sur la recherche ont donné un coup de pouce à Montréal. « L’intérêt est là, la sensibilité est de plus en plus grande, mais il y a encore du travail à faire parce que, évidemment, à Montréal, on a 10 000 km de routes et de trottoirs », reconnaît Mikael St-Pierre.

C’est du béton, c’est de l’asphalte, ça ne se change pas sur un dix sous.

Mikael St-Pierre, Centre d'écologie urbaine de Montréal

Détrôner la voiture

À Calgary, royaume de la voiture s’il en est un, le travail est encore plus compliqué. Le conseiller municipal Gian-Carlo Carra représente plusieurs de ces quartiers défavorisés où Sustainable Calgary a constaté une concentration d’accidents de piétons.

« Ce qu'on a dans ces quartiers, c’est une concentration de piétons dans un environnement qui n’a pas été conçu pour des piétons », constate-t-il.

Des ronds de peinture sont dessinés sur une intersection. Des gens en veste de construction se tiennent de part et d'autre de la route. Ces cercles peints dans un quartier de Calgary sont un des exemples de mesures d'apaisement de la circulation. Photo : Radio-Canada / James Young

La prise de conscience a toutefois commencé, selon lui. Les discussions pour réduire les limites de vitesse dans les zones résidentielles et prendre en compte les multiples usagers de la route se multiplient. Des blocs de béton jaunes ont été installés à 150 intersections de la ville.

C’est extrêmement cher. C’est un projet générationnel.

Gian-Carlo Carra, conseiller municipal de Calgary

Le fondateur de Vision Zéro à Calgary, Greg Hart, n’est pas très optimiste. Calgary n’a toujours pas adopté officiellement le programme, contrairement à de très nombreuses villes américaines.

« Il y a encore beaucoup de résistance dans cette ville dès que l’on parle de diminuer l’importance des voitures. [...] Nous dépensons encore de larges sommes dans des grandes artères qui augmentent le volume de voitures et très peu d’argent dans les transports en commun », déplore-t-il.

Le statu quo n’est cependant pas soutenable, selon lui. Plus les villes se densifient, plus elles devront s’adapter à tous les types d’usagers.

Qu'est-ce que Vision Zéro?

  • C'est une stratégie de sécurité routière née en Suède en 1997.
  • Les villes qui adhèrent à Vision Zéro s'engagent à documenter les effets des collisions sur la population, à réduire les limites de vitesse pour la sécurité de tous, à élaborer une stratégie communautaire de sécurité routière et à atteindre un objectif de zéro décès sur les routes.

Alberta

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